John Currin et Berlinde de Bruyckere : Mariage forcé
Arts visuels

John Currin et Berlinde de Bruyckere : Mariage forcé

L’États-Unien John Currin et la Belge Berlinde de Bruyckere sont à la Fondation DHC/ART dans le Vieux-Montréal. Un mélange très surprenant!

Currin: chromos branchés

Pour évaluer une oeuvre, il est parfois bon de l’imaginer dans un autre contexte. Cela a souvent un effet décapant. Imaginons un moment que les peintures de John Currin soient placées dans une galerie commerciale d’un centre d’achat de banlieue…

Dans le milieu des arts, plusieurs dénonceraient ses oeuvres, clameraient que le peuple ne veut rien comprendre à l’art contemporain et qu’il se complaît dans le kitsch, le mauvais goût amusant… Pourtant, les tableaux de Currin sont collectionnés par des musées et des gens très branchés. Il semblerait que l’ironie dont ses tableaux sont porteurs les sauverait de la médiocrité de leur propos. Nous y voyons plutôt une manière de se moquer du goût du "peuple" tout en adhérant à ce goût, mais en croyant malgré tout y échapper. Une façon pour cette classe riche d’aimer le kitsch (sans l’assumer) en se croyant moins inculte que le "peuple" qu’elle méprise…

Pourtant, les oeuvres de Currin réitèrent plusieurs clichés que n’importe quel quidam pourrait énoncer sur l’art, dont celui de la peinture bien faite, "tellement réaliste" qu’"on croirait que c’est vrai"… Mais est-ce si étonnant qu’un peintre sache peindre?? Tel au 18e siècle le rococo, notre époque voit fleurir des formes d’art pour une classe très riche qui souhaite se divertir… À quand la révolution?

Bruyckere: réalité de la mort

Après avoir vu Currin sur quatre étages, il faudra aller voir dans seulement deux salles le travail de Berlinde de Bruyckere. Elle a attiré l’attention à la Biennale de Venise en 2003 avec Black Horse, animal déformé, sans yeux et sans sexe. Son oeuvre parle de la mort, de la violence (dans Flanders Fields, elle traitait de la guerre de 14-18), du rapport au religieux et aux souvenirs qui traversent les générations…

Certes, cela fait souvent penser (trop penser?) à Louise Bourgeois (lorsque Bruyckere fait des vitrines), à d’autres moments à Kiki Smith et à Francis Bacon (lorsqu’elle représente des corps humains ou même des chevaux), et puis aussi à la peinture religieuse des Flandres… Malgré cela, un travail qui ne manque pas d’intensité.

Bruyckere:
Currin:

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