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Investir en art : Collectionner l'art? Mais pourquoi?
Arts visuels

Investir en art : Collectionner l’art? Mais pourquoi?

Portrait d’une passion: cinq questions à Alain Tremblay, collectionneur d’art montréalais.

Issu de la culture sportive, Alain Tremblay n’est pas tombé dans l’art quand il était petit. Les voyages en Europe et les visites de musées contribuant à son éveil aux arts visuels, c’est à l’automne 1995, à l’âge de 36 ans, qu’il fait l’acquisition de sa première oeuvre. Il soutient, par contre, toujours avoir été un collectionneur: d’abord les cartes de hockey, petit, puis les voitures italiennes… D’emblée, il affirme collectionner l’art "par amour, par conviction et par passion". Le ton est donné.

Voir: Vivez-vous entouré des oeuvres dont vous faites l’acquisition?

Alain Tremblay: "Oui, je vis avec les oeuvres que j’achète. J’essaie de faire une rotation – tous les deux ans environ. Je vis dans un cinq et demi, donc je ne peux tout voir en même temps. J’en ai plus de 110, et j’organise des thématiques sur mes murs. J’ai aussi une pièce qui sert d’entrepôt. Avoir autour de moi ces images fortes, troublantes et déstabilisantes me remue. Le degré d’intimité que je développe, en les côtoyant, transcende l’aspect purement matériel: il s’exprime en une quête de sens reliée à mes valeurs."

Certains collectionneurs choisissent les oeuvres à acheter un peu comme on se monte un portefeuille boursier: en termes de risques et de profits. D’autres procèdent surtout par coups de coeur, par thématiques, par région géographique ou encore par affinités avec les artistes. Comment procédez-vous?

"Par coups de coeur. Si je n’aime pas, je n’achète pas! C’est également un conseil que je donne à toute personne désirant commencer une collection d’art. Je suis libre et je construis en fonction de ce qui m’anime, me touche et me remue. C’est avant tout humain et émotif. Avec le temps, des thèmes ont émergé: foi et spiritualité, érotisme et sexualité, environnement et nature, argent, pouvoir et richesse, cruauté, violence et guerre, solitude et aliénation. Bref, l’humain et sa condition, au 21e siècle. Je connais la plupart des 52 artistes faisant partie de ma collection, et plusieurs sont devenus des amis très proches. Ce sont des gens que j’aime, des gens en qui je crois. Évidemment, acheter de l’art de qualité demeure un excellent investissement sur le plan financier. Pour moi, c’est une façon extraordinaire de contrôler mon argent: construire humainement en enrichissant mon quotidien."

Passez-vous beaucoup de temps à "penser votre collection"? Parlez-nous un peu de votre collection, d’ailleurs.

"J’y pense, oui! Cependant, cela se fait naturellement, sans effort. J’ouvre mes yeux, mon coeur et mon intelligence. Je réfléchis, j’intériorise afin de construire. Mon côté rebelle s’exprime aussi! Ces oeuvres traduisent ce que je suis. Elles traduisent aussi mon rapport à ce monde complexe et essoufflé, axé sur la technologie, la consommation, la compétitivité, la rentabilité et le profit. L’art visuel s’avère un refuge de liberté et de réflexion. Ma collection, assez éclectique, s’appuie principalement sur le travail d’artistes d’ici dont l’âge se situe autour de la quarantaine (Martin Bureau, Sylvain Bouthillette, Marc Séguin, Rafael Sottolichio, la gang du Centre Clark…), des créateurs que je connais depuis plus d’une dizaine d’années. Avec le temps, je reste attaché et assez fidèle à cette génération. Ces peintures, dessins, gravures, sculptures et photographies interpellent ma perception du monde. L’art se fait donc témoignage. J’en suis d’ailleurs à préparer la troisième exposition issue de ma collection, qui sera présentée à la Maison de la culture Frontenac en mars: La collection branchée de Monsieur Tremblay."

Pour vous, quel est l’intérêt de ce type d’investissement par rapport à un autre?

"L’extraordinaire liberté. Gérer mon argent, construire avec mon argent. Soutenir la réflexion et la création. Croire en des personnes et en leur travail. Je respecte aussi beaucoup le travail des galeristes. Cela demeure un commerce, mais je sens la passion chez la plupart d’entre eux. Mon approche est très humaine et sincère. Je crois en l’art et en son pouvoir d’évocation afin de construire un monde réconcilié. Je ne suis pas un money maker et ce n’est pas l’appât du gain qui motive mon rapport à l’art. Bref, je gère mes affaires en toute liberté, j’y trouve du sens et cela me rend heureux! L’idée d’encourager des créateurs de talent fait aussi partie de cette démarche: l’art a une importance cruciale dans une société, ça me sidère toujours autant que des artistes extrêmement doués aient du mal à vivre de leur travail."

N’avez-vous pas de mal à vous séparer de vos oeuvres lorsque vient le temps de les revendre?

"Je vends rarement mes oeuvres. Par contre, s’il vient un temps où une oeuvre me parle moins, je la vends (j’ai vendu un bronze de Joe Fafard et une gravure de Riopelle au cours de la dernière année). Je n’ai pas de mal à m’en séparer, car j’en ai bien profité. Les oeuvres sont "vivantes", et qu’elles passent d’une main à une autre est signe de cette vie. L’important, c’est qu’elles soient appréciées, le temps de leur présence."

Cet enseignant au secondaire prend par ailleurs un véritable plaisir à emmener ses étudiants visiter des ateliers d’artistes, à leur faire manger exotique, à les trimballer au MAC… pour finir à l’OSM. "On appelle ces journées les Sorties branchées de Monsieur Tremblay. Donner du sens, donc, créer une ouverture, partager une passion, transmettre des valeurs. Voilà ce qui m’anime, voilà le moteur derrière toute cette démarche."

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