Robert Mapplethorpe : Classicisme pornographique
Arts visuels

Robert Mapplethorpe : Classicisme pornographique

Grand photographe américain décédé trop tôt, Robert Mapplethorpe fait l’objet d’une exposition au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’en janvier.

Ses œuvres dérangeaient, mais au-delà des controverses, il y avait sa volonté de mettre en images une communauté en marge, la sienne. Parmi les grands thèmes de la carrière de Robert Mapplethorpe, il y a les relations homosexuelles sadomasochistes, qu’il photographiait sans détour dans une Amérique alors républicaine et censurée.

Focus: Perfection – Robert Mapplethorpe est l’exposition que lui consacre ce mois-ci le Musée des beaux-arts de Montréal. L’événement est une exposition itinérante née à la suite d’une donation importante de la Fondation Robert Mapplethorpe (créée par le photographe peu avant sa mort afin de protéger son œuvre et de poursuivre sa vision artistique) au Los Angeles County Museum of Art et au musée JP Getty (également à Los Angeles).

En regroupant 250 œuvres de Robert Mapplethorpe, l’exposition révèle toutes les thématiques de son grand corpus. Robert Mapplethorpe a produit beaucoup de portraits, d’autoportraits, de natures mortes, et bien plus. Ses œuvres confirment un réel dévouement pour son art et le définissent comme un jeune photographe en pleine possession de ses moyens. La photographie lui aura permis de se découvrir en tant qu’humain et artiste.

Andy Warhol, 1986 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Andy Warhol, 1986 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Patti Smith, 1978 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Patti Smith, 1978 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.

«La recherche faite par les deux musées à Los Angeles et l’exposition permettent d’ancrer Robert Mapplethorpe comme un très grand photographe, mais aussi de le contextualiser à travers ses méthodes de travail et les gens qu’il a rencontrés, explique Diane Charbonneau, conservatrice des arts décoratifs modernes et contemporains et de la photographie au Musée des beaux-arts de Montréal. C’est quelqu’un qui a vécu sa passion pour l’art et sa passion pour la vie de la même façon. À travers l’exposition, on comprend bien ses deux passions et on comprend comment elles se rejoignent pour faire le personnage qu’était Mapplethorpe.»

Après des études en arts graphiques à la fin des années 60 à New York, Robert Mapplethorpe s’installe avec sa grande amie Patti Smith et s’éduque lui-même sur l’art de la photographie et du portrait. Peu à peu, après quelques années à produire des œuvres d’art mixtes et des collages, il aiguisera son œil et deviendra maître de la photographie. «Sa formation a été plutôt en sculpture, en peinture et en arts graphiques, précise Diane Charbonneau. La photo, il l’a apprise à travers les livres, en regardant la collection du Metropolitan Museum of Art. Il s’est formé un œil en regardant les grands classiques de la photographie moderne et historique. Le regard de Mapplethorpe est donc vraiment très classique. Ses compositions sont très serrées, cadrées et géométriques, et sa signature est la photographie en noir et blanc, en format carré.»

Ambitieux, Robert Mapplethorpe a émulé le modèle d’Andy Warhol et il a réussi à faire parler de lui avec du matériel choquant, à la limite de la pornographie. Mais malgré la nature controversée de ses œuvres où il traite de sadomasochisme et où tire des portraits d’hommes noirs nus, la volonté du photographe était avant tout de créer dans le respect de l’art et de son sujet.

Ken and Lydia and Tyler, 1985 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Ken and Lydia and Tyler, 1985 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Melody (Shoe), 1987 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Melody (Shoe), 1987 © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.

«C’est toujours dans une célébration du corps, croit madame Charbonneau. Ses nus sont aussi irrévérencieux qu’on peut imaginer parce que ses classiques, c’est Michel-Ange et éventuellement Rodin. C’est le nu sculpture. Sa façon de travailler est très formelle, que ce soit par sa façon d’utiliser l’éclairage ou bien ses sessions excessivement longues. Il est très exigeant pour avoir la meilleure image possible. C’est toujours dans cette notion de perfection, peu importe la photo: que ce soit la fleur, la bite ou le portrait.»

Les photos plus crues de Robert Mapplethorpe seront exposées dans une partie de l’une des salles du Musée des beaux-arts de Montréal et il y aura une affiche annonçant le contenu graphique. «Ça reste dérangeant pour plusieurs alors il faut respecter ça. Ce n’est pas pour tout un chacun», indique madame Charbonneau.

Même si une partie de son œuvre ne pourra jamais être montrée ouvertement au grand public, Mapplethorpe a définitivement sa place dans les grands musées du monde puisqu’il a su photographier une communauté alors invisible et qu’il a poussé les limites de l’art.

«Ce sont des sujets qui n’avaient jamais été abordés et c’était important de les faire avancer, indique Diane Charbonneau. Robert Mapplethorpe se sentait très à l’aise parce que lui aussi vivait dans cette marginalité et pour lui c’était important qu’elle soit reconnue. On ne parle pas de militant, mais son geste peut être vu comme tel. Il a marqué son époque.»

Et puisque le photographe est mort si jeune, à 42 ans en 1989, c’est à se demander ce qu’il aurait mis en images ces jours-ci.

Focus: perfection – Robert Mapplethorpe
Du 10 septembre 2016 au 22 janvier 2017
Au Musée des beaux-arts de Montréal

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