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Arts visuels

Premiers flashs à Montréal : un regard sur la vie de jeunes réfugiés syriens

L’année 2016 en fut une où l’enjeu des réfugiés et des déplacés de guerre a reçu une attention politique et médiatique de grande ampleur. Au Canada, alors qu’on accueillait 25 000 réfugiés syriens, apparaissaient simultanément grands débats de société, initiatives citoyennes et effort logistique afin de réussir à intégrer cette nouvelle vague d’arrivants. Si l’attention était rivée sur les réfugiés, peu savent réellement quel aura été leur quotidien après leur arrivée. En effet, aussi vite qu’elle est arrivée,  l’attention globale s’en est allée vers un autre sujet, une autre controverse.

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Crédit : Asim

C’est là qu’entre en jeu l’exposition Premiers flashs à Montréal, qui nous offre l’immense privilège d’entrer dans le quotidien de 12 jeunes Syriens arrivés à Montréal dans la dernière année. Une initiative de la photographe Amina Jalabi en partenariat avec SINGA Québec, une association d’aide aux réfugiés, l’exposition s’inspire d’un outil de recherche, le photovoice, qui associe photographie et action sociale en offrant aux participants l’occasion de témoigner eux-mêmes de leurs expériences via la photographie. Il s’agit alors de comprendre comment les groupes marginalisés conçoivent leur expérience, entrevoient leur future et expriment leurs espoirs. Pendant 6 mois, les jeunes qui participaient au projet ont donc pu exprimer leur vision de leur terre d’accueil à travers la lentille d’appareils photo donnés pour l’occasion.

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Crédit : Isam

Pour Amina Jalabi, l’exposition a donné la chance aux participants d’être vus comme des artistes contribuant à leur nouvelle société en plus d’être vus comme des photographes, capturant l’essence de Montréal à travers une toute nouvelle perspective. Le paradigme change : ce sont eux qui nous parlent d’eux-mêmes plutôt que les médias qui nous parlent d’eux. Ils ne sont plus réduits à la catégorie de réfugiés, ils gagnent en complexité. Tout ça en ayant l’occasion de développer une réflexion plus profonde, plus critique, vis-à-vis de leur situation, une sorte de prise de conscience d’eux-mêmes.

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Crédit : Motasem

À un niveau plus global, c’est dans l’universalité du langage de la photographie que l’impact de l’exposition se remarque : elle permet de rassembler les Montréalais avec ces jeunes syriens à un moment où le langage se trouve encore à être une barrière entre les deux. L’image remplace les mots, la langue devient obsolète.

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Crédit : Maria

La photographe conçoit son travail comme s’exprimant dans une optique de démocratisation de l’accès à la photographie. Alors que dans le passé seules les classes dominantes y avaient accès, les avancées technologiques des dernières décennies ont permis à tous d’avoir accès à une forme de caméra. Toutefois, l’accès à l’éducation concernant l’image et son impact reste problématique pour Jalabi, qui s’efforce de rendre le langage photographique accessible à ceux qui ont le plus besoin de partager leur réalité.

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Crédit : Maryyar

En résulte une exposition qui témoigne de l’intégration des 12 jeunes, de leurs idéaux et de leur découverte d’un pays qu’ils, espérons-le, apprendront à considérer comme le leur.

Vous avez encore 5 jours pour visiter cette touchante exposition à l’Espace La Fontaine.

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