La fondation DHC/ART fête ses 10 ans
Arts visuels

La fondation DHC/ART fête ses 10 ans

Pour son 10e anniversaire, la fondation a rassemblé le travail de 9 artistes d’ici et d’ailleurs qui s’intéressent au concept de l’offre. C’est l’occasion de réfléchir à la notion de cadeau, un thème qui soulève de nombreux questionnements, que l’on soit artiste ou non.

Offrir et recevoir accompagnent leur lot d’hésitations et d’angoisses: ce que nous offrons sera-t-il bien reçu ou aimé? Comment démontrer sa gratitude quand on reçoit un cadeau, comment agir si on ne l’aime pas? Ce thème résonne évidemment avec celui d’un anniversaire et de la mission d’une fondation ancrée dans la philanthropie. Il s’inscrit également dans l’engagement de son équipe à démocratiser l’art contemporain et à valoriser un autre modèle économique qui, en opposition à celui qui prévaut dans nos sociétés occidentales, pourrait favoriser l’idée d’une culture basée sur le bien-être commun, explique Cheryl Sim, directrice générale et commissaire: «Le modèle du profit pour le profit fera en sorte qu’à un moment donné, toutes les ressources seront épuisées. On est en train d’en vivre les effets. L’idée d’une culture du don basée sur un processus de création de connexions est primordiale. Il y a des sociétés qui le font depuis des siècles et nous avons besoin de voir que c’est possible. C’est un changement de paradigme majeur. La fondation est un microcosme de cette perception du monde.»

Steal This Book de Dora Garcia
Steal This Book de Dora Garcia

Déjà présente en 2007, au moment où la fondation ouvrait ses portes sur la rue Saint-Jean du Vieux-Montréal, Cheryl Sim a vu se préciser l’orientation artistique de l’organisme. On y trouve des expositions d’artistes multidisciplinaires (deux ou trois par année, tout au plus) provenant majoritairement de l’international. Depuis les débuts, la fondatrice et directrice du DHC/ART, Phoebe Greenberg, contribue de très près à cette programmation. Son amour pour l’art contemporain est bien connu de tous. Un peu à l’instar d’un créateur, l’intérêt qu’elle développe pour l’œuvre d’un artiste est d’abord intuitif: «Pour moi, c’est très personnel, c’est une réaction de cœur et après j’espère que la tête suit.»

Silenced, The Burning de Sonny Assu
Silenced : The Burning de Sonny Assu

À l’époque, elle avait choisi Montréal pour son contexte propice à l’émergence de jeunes artistes. On lui a souvent demandé pourquoi; la mécène voyage beaucoup et aurait pu bâtir une fondation au sein d’une autre ville: «Je pense qu’il y a une certaine énergie qui est très similaire à Berlin, c’est-à-dire qu’il y a des possibilités pour de jeunes artistes qui commencent leur carrière. Je trouve qu’on a une certaine liberté grâce à la jeunesse de la ville – Montréal a 375 ans –, comparativement à d’autres villes en Europe. On reste assez jeune, donc on n’a pas le même système qui parfois est difficile quand on commence notre carrière, comme c’est le cas à Londres ou à Paris.»

L’Offre

En réfléchissant à l’exposition-anniversaire, le don s’est rapidement imposé comme thème central pour Cheryl Sim qui, d’ailleurs, voit sa mission comme «un don que nous pouvons consommer pour transmettre davantage toute la richesse, la beauté, tout ce qui peut nous bouleverser avec l’art». Un geste qui, elle l’espère, fera grandir l’appétit du public pour l’art contemporain qui semble tranquillement se démystifier: «On est dans une bonne période, tout est permis, on a brisé tous les silos de médiums. Je peux encore avoir un moment où je suis touchée aux larmes et c’est à ce moment-là qu’on a besoin de partager la possibilité de faire vivre une telle expérience avec quelqu’un d’autre.»

Money for Art de Lee Mingwei
Money for Art de Lee Mingwei

Sa réflexion a été amorcée il y a plus de deux ans. Elle s’est structurée autour de trois angles qui caractérisent le don: offrir, recevoir et transmettre. D’une part, l’œuvre Money for Art (1994-2010) de Lee Mingwei, artiste américain né à Taiwan, en est un bon exemple. Il a amorcé son processus alors qu’il était étudiant. Il avait l’habitude de faire de l’origami dans un café pour passer le temps, explique la commissaire. Un jour, il a commencé à en créer avec des billets de banque pour les offrir à des étrangers en échange de leurs coordonnées. Mingwei a ainsi pu suivre les traces de leur utilisation; les avaient-ils conservés intacts ou ont-ils servi pour consommer des biens?

D’autre part, l’œuvre Love, Theft, Gifting and More Love (2009) du défunt plasticien américain Mike Kelley relate les péripéties d’un logo, de sa première application jusqu’à ses nombreuses réappropriations. On pourra partir avec un décalque de ce dernier et contribuer à la perpétuation de son histoire, nous confie Cheryl Sim: «L’exposition et la fondation servent de véhicule pour présenter ces œuvres. Le visiteur va, je l’espère, être nourri par ce don et faire rayonner ce qu’il a vécu pour que l’esprit du cadeau continue à circuler.»

L’offre
Du 5 octobre au 11 mars 2018