Cohen de toutes les époques
Arts visuels

Cohen de toutes les époques

Le directeur général du MAC, John Zeppetelli, l’admet d’emblée: c’est assez étrange pour un musée d’art contemporain de vouer une exposition de cinq mois à un écrivain et musicien. Cependant, le 375e anniversaire de Montréal a mis la table pour permettre cette douce dérogation.

De pair avec le commissaire Victor Shiffman, John Zeppetelli a passé des commandes à quelque 40 artistes multidisciplinaires afin qu’ils proposent de nouvelles perceptions du poète. Les démarches auprès de Leonard Cohen ont été entamées de son vivant avant le lancement de son dernier album, You Want It Darker, précise John Zeppetelli. «On avait déjà l’approbation de Cohen lui-même. Il a dit oui parce qu’il aimait l’angle que l’on prenait, c’est-à-dire une réflexion de sa présence dans la culture et le fait que ce n’était pas une exposition biographique, mais plutôt une exploration de sa présence et de son influence à travers différentes générations d’artistes. Je pense qu’il a été vraiment ému que d’autres artistes réfléchissent à lui.»

On ne fait pas référence ici à sa musique, reprise par d’innombrables interprètes, mais plutôt à la façon dont cette dernière a traversé les époques. «Je pense qu’il ne comprenait pas son influence dans la culture plus élargie. C’est un peu ça qu’on souhaitait faire. La réflexion de l’exposition a commencé comme une célébration, elle a évolué en hommage et, après sa mort, bien sûr, il y a un côté plus commémoratif qui s’est installé. L’exposition est devenue plus importante et plus urgente.»

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L’exposition s’ouvrira sur une œuvre d’archive du cinéaste George Fok qui reprend cinq décennies de concerts; un montage allant des années 1960 à nos jours. L’œuvre Leonard Cohen: Passing Through souhaite faire vivre aux visiteurs les moments forts de l’artiste, que ce soit lorsqu’il s’adressait à son public ou en mettant en parallèle son interprétation d’une même chanson à 30 et à 60 ans.

Le musée a également demandé à Ari Folman, réalisateur, scénariste et compositeur de musique israélien, connu pour son long métrage d’animation Valse avec Bachir, de créer une œuvre qui sera sa première à être exposée dans un musée. «Cohen est entré dans son imaginaire grâce à sa sœur qui, à la suite d’une rupture, a pleuré pendant des mois sur la musique de Cohen en s’enfermant dans sa chambre. Il n’entendait que les pleurs de sa sœur et les chansons de Cohen. Cohen lui-même a souffert énormément de dépression. Ari Folman a identifié la chanson la plus dépressive, Famous Blue Raincoat, et a construit une petite chambre accessible à un visiteur à la fois qui, depuis un socle, pourra regarder le plafond et la musique. Chaque parole ou chaque lettre qui défile trouvera une résonance avec une animation énigmatique.»

L’œuvre maîtresse de l’exposition est celle de Candice Breitz, artiste d’origine africaine qui a élu domicile à Berlin, et première invitée par le musée pour cette exposition. L’œuvre sonore qu’elle propose se veut une anthropologie de l’enthousiasme et du fan. Un processus qu’elle avait déjà utilisé pour rendre hommage à Bob Marley, Michael Jackson et Madonna. Réalisée avec la participation de 18 hommes montréalais âgés de plus de 65 ans, l’installation vidéo multicanal présente les enregistrements individuels de chacune des chansons de l’album I’m Your Man. «Candice a choisi cet album parce que, selon elle, il symbolise le come-back de Cohen à l’âge de 55, 56 ans, après avoir vécu un creux dans sa carrière. C’est une réflexion sur la masculinité tardive, le style tardif.» Les hommes qu’on entend dans cette œuvre chantent a capella et forment «un hommage dénudé et assez cru». Les harmonies vocales sont assurées par une chorale du Shaar Hashomayim Synagogue Choir de Westmount. «Il y a des fausses notes, c’est un chœur improbable et artificiellement mis ensemble, mais ils sont unis dans leur amour et leur dévouement à Cohen.»

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Kara Blake, The Offerings, 2017. Maquette d’installation, Matériel d’archive. Avec l’aimable permission de Tony Palmer, University of Toronto

Parmi les autres œuvres phares, on retrouve celle de l’artiste multidisciplinaire américaine Taryn Simon, déjà exposée au MAC et à la fondation DHC/art. Elle propose une photographie de la une du New York Times en date du 11 novembre 2016 où l’on retrouve une image de la première rencontre entre Trump et Obama au-dessus de la rubrique nécrologique de Cohen qui enlève son chapeau. «On ne sait pas s’il nous dit bonjour ou au revoir…» À travers cette image, Taryn Simon évoque le récit d’une époque en changement, rapporte Zeppetelli. «Quand on pense au dernier album et à la chanson-titre You Want It Darker qui est une sorte de prémonition sombre de ce qui s’en vient, c’est vraiment touchant de voir cette œuvre très simple avec énormément de résonance.»

auAu Musée d’art contemporain

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