Particules d'existence: quand le virtuel devient réel
Arts visuels

Particules d’existence: quand le virtuel devient réel

On ne sait pas vraiment à quoi s’attendre avant de découvrir l’exposition Particules d’existence au Centre Phi, accessible du 27 mars au 12 août. Seul élément tangible: la réalité virtuelle est au rendez-vous. Dehors, le soleil lance de timides rayons, le printemps est enfin là, espère-t-on. Mais tout ça, on l’occulte très vite en se plongeant au cœur des différentes installations.

L’exposition Particules d’existence compte dix installations diverses. Elle a vu le jour suite à Mondes oniriques, troisième volet de l’exposition Sensory Stories, présentée au Centre Phi l’année passée. Montréal devient progressivement un pôle central dans le développement de la réalité virtuelle. Myriam Achard, directrice des relations publiques et des communications, confie d’ailleurs avoir parcouru le monde pour découvrir les artisans de cette nouvelle exposition. La réalité virtuelle n’est déjà plus une tendance, mais bien un mode d’expression dans le monde artistique. Félix Lajeunesse de Félix & Paul Studios avance: «Tout a été réinventé. Je pense que le cinéma va continuer d’exister, mais je pense aussi qu’il va y avoir une tendance très forte à ce que la réalité digitale s’harmonise avec la réalité physique».


Roxham

Michel Huneault nous prend sobrement par la main pour nous faire voyager jusqu’à Roxham, à la frontière entre le Canada et les États-Unis. Il y a passé 16 jours entre février et juillet 2017, témoin silencieux des 180 tentatives de passage de demandeurs d’asile. «Je voulais proposer quelque chose de simple et d’accessible», précise-t-il. Bien vite, on oublie le fauteuil dans lequel on est assis pour se retrouver à Roxham où seul un fossé représente symboliquement la frontière. Des photos apparaissent et une bande-sonore se déclenche pour les 32 histoires disponibles dans l’œuvre, distillant les dialogues échangés entre les agents de la gendarmerie royale du Canada et les âmes anonymes qui cherchent à entrer sur le territoire. Le son est l’élément essentiel de l’expérience et Michel Huneault nous recommande d’ailleurs fortement le port d’écouteurs pour entendre l’intégralité des enregistrements sur le site de l’ONF. «Le son est tellement important. En l’activant, vous vous retrouvez dans ma tête au moment de la réalisation de Roxham», affirme-t-il. Il met en lumière un point d’entrée peu tangible physiquement et pourtant si fréquenté: au cours de l’année 2017, 20 000 personnes originaires de 22 pays ont tenté de fouler le sol canadien. C’est le point d’entrée irrégulière le plus fréquenté entre les États-Unis et le Canada. Une exposition de photos et d’extraits sonores gratuite vient en complément au rez-de-chaussée du Centre Phi.

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Réalisé par Michel Huneault avec Maude Thibodeau et Chantal Dumas (Canada), 2018, 10 min.


The Sun Ladies

Quelques pas plus tard, une autre installation nous transporte jusqu’en Irak où Xate Shingali a un jour perdu le goût de chanter. Face aux atrocités commises par l’État Islamique qui enlèvent des filles et des femmes pour en faire leurs esclaves sexuelles, elle a fondé une unité de combat féminine en 2014. On se sent tout petit face à leur regard si proche, digne et fier.

Réalisé par Christian Stephen et Céline Tricart (États-Unis), 2018, 7 min


Isle of Dogs: Behind the Scenes

Les studios Félix & Paul se sont frottés à l’univers unique de Wes Anderson. Pour le film Isle of Dogs, sorti en salle le 28 mars au Canada, les deux compères ont réalisé une sorte de faux making-of dans lequel on voit en premier plan les acteurs du film parler de leur rôle respectif en tant que chiens. Bill Murray, Scarlett Johansson, Jeff Goldblum ou encore F. Murray Abraham y délivrent un discours plein d’humour. Selon Félix Lajeunesse, cofondateur de Félix & Paul Studios, «c’est une véritable mise en abyme»: en effet, juste derrière nous, l’équipe de tournage s’active à fabriquer la scène qui se déroule juste devant nos yeux. On se rend donc bien compte du travail de titan qu’ont dû abattre les équipes durant le tournage à Londres qui a duré deux ans. Félix Lajeunesse y voit «un complément de l’œuvre de Wes Anderson, une sorte d’extension de son univers».  Pour lui, «il y a toujours un défi technologique qui naît d’un besoin créatif. La réalité virtuelle n’en est qu’à ses prémices et requiert encore de nouvelles avancées».

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Réalisé par Félix & Paul Studios, FoxNext VR Studio et l’équipe du film Isle of Dogs (États-Unis/Canada), 2018, 5 min


Chalkroom

Si vous avez déjà rêvé de voler librement, l’œuvre Chalkroom permet de réaliser ce fantasme. Mais attention, il faut avoir le cœur bien accroché même si l’expérience vaut quelques frissons. Au cœur de cette aventure onirique et introspective, on se retrouve plongé dans ce qui semble être une immense usine aux allures de cathédrale désaffectée. Les murs sont entièrement noirs pour mieux mettre en valeur les mots et les lettres qui volent soit de façon désordonnée ou au contraire de façon parfaitement structurée. Muni de deux manettes, on peut choisir plusieurs activités, mêlant écriture et musique. Mais surtout, il est possible de voler en toute liberté, sans gravité aucune. Réalisme garanti. Il est temps de faire le grand saut.

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Réalisé par Laurie Anderson et Hsin-Chien Huang (États-Unis/Taiwan), 2017, 15 min


In The Eyes of The Animal & Treehugger: Wawona

Au fond, dans une pièce sombre, une odeur de mousse monte jusqu’aux narines. Sommes-nous égarés en pleine forêt? Non, ce n’est que l’installation de In the Eye of the Animal. Les chaussures s’enfoncent dans un sol mou constitué de copeaux. Le siège: une souche d’arbre. Et pour couvre-chef, un casque d’envergure. On se glisse alors pendant 10 minutes dans les yeux de plusieurs animaux de la forêt. Un peu déroutant au début, on distingue pourtant rapidement les arbres, constitués de points de couleur dans un arrangement très poétique. L’installation est plutôt de nature contemplative. Restons ensuite en forêt pour se mesurer à la croissance d’un séquoia géant avec lequel on peut interagir à l’aide de deux manettes pour faire bouger le tronc et le feuillage.

Réalisé par Marshmallow Laser Feast (Royaume-Uni), 2015 & 2016, 10 minutes chaque


Fistful of Stars

Quittons ensuite la terre ferme pour s’envoler avec le télescope Hubble jusqu’à la nébuleuse d’Orion où une étoile naît, vit puis meurt devant nos yeux. Bien qu’un peu court et très contemplatif, on apprécie la musique, The Hubble Cantata, une trame musicale composée par Paola Prestini et interprétée par un orchestre de 30 musiciens, une chorale de 100 chanteurs, et deux solistes du Metropolitan Opera qui offre quelques minutes de repos et de poésie intergalactique.

Réalisé par Eliza McNitt (États-Unis), 2017, 10 minutes


Chorus

Le lien est parfois étroit entre la réalité virtuelle et l’univers du jeu vidéo. C’est sur cette relation que les créateurs de Chorus ont voulu jouer. Ici, pas d’introspection, le temps est venu de se mettre en équipe. Six braves guerrières prennent les armes pour combattre d’affreuses bibittes et des monstres impressionnants. On s’y croirait en voyant à la place de nos pulls une armure complète et les avatars fantastiques des autres joueurs. Rythmée par la musique de Justice, l’expérience, bien qu’un peu courte, promet de beaux jours à l’industrie du jeu vidéo couplé à la réalité virtuelle.

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Réalisé par Tyler Hurd (États-Unis), 2018, 9 min


Discovery Tour by Assassin’s Creed: Ancient Egypt

Immersion dans l’Égypte ancienne avec l’expansion du jeu vidéo mythique Assassin’s Creed d’Ubisoft dont on avait parlé dans cet article. Il est désormais possible de se mettre dans le peau de Cléopâtre et de chevaucher parmi les pyramides, d’y entrer flambeau à la main et de découvrir tous les secrets de la Grande Bibliothèque d’Alexandrie grâce à de très nombreuses visites guidées. Le tout documenté par des historiens dont on reconnaît le travail assez impressionnant. Pas de chronomètre et pas de but à atteindre, bref, une bonne alternative si on a pas les moyens de s’offrir un billet aller-retour pour l’Égypte.

Réalisé par Ubisoft (Montréal), 2018, 20 min


La porte du Centre Phi s’est refermée au bout de trois heures d’une immersion totale dans divers univers. Le soleil brille toujours. On cligne un peu des yeux. Retour sur Terre immédiat.

Retrouvez toute la programmation, et les informations utiles sur le site du Centre Phi.

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