Le Monstr : Ralentir le temps
Arts visuels

Le Monstr : Ralentir le temps

On pourra le voir au prochain festival Mural parmi les 18 artistes de street art qui ajouteront de la beauté urbaine sur les pierres du boulevard Saint-Laurent. Une première pour cet illustrateur soucieux des enjeux de sa génération avec une démarche mouvante et en constante évolution.

«Ce que j’aime, c’est raconter une histoire dans une seule image», lance Benjamin Tran, qui signe son travail sous le pseudonyme Le Monstr. Ses pas l’ont mené jusqu’à Montréal où il vit depuis maintenant six ans. Il faut dire que l’art coule dans les veines de ce fils de peintre qui, dès la fin de l’adolescence, entame des études en graphisme.

«Je ne travaille jamais trop avant de commencer un mur, raconte l’artiste. J’aime attendre le dernier moment pour trouver un concept pour pouvoir être satisfait.» C’est pour cela que le projet qui l’occupera durant le festival reste encore flou, même si le cadre se dessine tranquillement. Noir et blanc, illustration, Montréal; trois choses qui l’habitent. «Je n’ai pas envie de prendre trop de risques non plus, car le festival n’est pas long, avance-t-il. Le mur est pas mal gros. Si je pars dans un truc que je ne connais pas, j’ai l’impression que je pourrais avoir quelques difficultés.

L’indéfini volontaire

Sa démarche artistique répond à une envie précise, mais Benjamin Tran se considère toujours dans l’expérimentation. «Ça me laisse de la place pour faire beaucoup de choses, développe-t-il. Je n’ai pas envie de tomber dans un pattern dont je vais me resservir toute ma vie.» Au-delà de ses projets illustratifs, le jeune homme touche aussi à la sculpture, aux créations en papier mâché ou en bois.

Oeuvre réalisée dans le cadre de Under Pressure (Courtoisie de l'artiste)
Oeuvre réalisée dans le cadre de Under Pressure (Courtoisie de l’artiste)

Dans cette polyvalence de médiums, Tran cherche tout de même avec son travail à arrêter le temps. «J’essaie de représenter le temps figé, des situations où les personnages prennent leur temps, explique-t-il. J’aime me détacher de ce rythme effréné qu’on a dans la vie.» Il n’est donc pas étonnant de trouver dans ses illustrations des hommes et des femmes dans des activités quotidiennes avec le visage calme et serein de ceux qui n’ont pas cette contrainte si présente dans nos vies que l’on dit modernes.

Trait innocent

Ces mêmes créations, par cet effet paisible, dégagent une subtilité tranquille, rappelant l’innocence. «Je ne cherche pas non plus à faire passer de gros messages politiques, note-t-il. Ça va plus être dans la procuration. J’ai des traits qui sont très simples, très innocents, très ignorants, si on peut dire, le plus minimaliste possible.»

On remarque également dans les croquis de l’artiste une attention particulière à la spatialité. Les histoires amusantes de ses personnages s’incarnant dans des scènes aux perspectives originales. «Ce qui marche dans mon travail, c’est la composition, souligne Tran. Ce n’est peut-être pas le trait qui importe, mais l’équilibre du dessin.» Il s’agit d’un travail dans lequel on retrouve des références scientifiques propres à la dimension du temps de l’espace, mais l’artiste puise avant tout dans son quotidien.

Création cohérente

Dans son souci d’exploration, Benjamin Tran se donne comme but de partir régulièrement en résidence d’artiste, pour l’instant seulement en Europe. «C’est un côté de ma démarche artistique assez importante. Ça participe de mon désir de vouloir créer sur le moment.» Il a fait son plus récent arrêt à Bruxelles, où il a exposé son travail sérigraphique.

Le Club, Le Monstr (Courtoisie de l'artiste)
Le Club, Le Monstr (Courtoisie de l’artiste)

La création, Le Monstr ne veut pas la perdre de vue. Et l’une des choses qui empiète sur cela est le temps que les artistes passent à se vendre. «En ce moment, j’ai un gros rejet envers les réseaux sociaux, j’essaie d’y être moins présent, raconte-t-il. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, les artistes doivent devenir des managers d’eux-mêmes. Finalement, je trouve qu’on perd du temps à créer une image d’artiste parfaite.»

Lui, il recherche le contact humain. Comme dans ses créations où les personnages sont rarement seuls. Comme ce sera le cas dans cette célébration d’art de rue qu’est Mural qui nous invite en quelque sorte aussi à arrêter le temps, à lever les yeux de nos téléphones et à admirer ce qui se passe au-dessus de nos têtes. De jolies choses sont à prévoir avec Le Monstr au square Saint-Louis, où celui-ci élira domicile pour la durée du festival.

Festival Mural
Jusqu’au 17 juin

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