Art souterrain: Le genre en vitrine
Arts visuels

Art souterrain: Le genre en vitrine

Art souterrain est de retour avec la deuxième édition de son exposition satellitaire Vitrine sur l’art qui explore la thématique: l’art de redéfinir le genre. Jusqu’au 16 septembre, il sera possible de découvrir au détour d’un commerce de la métropole des œuvres de différents formats et propos autour de la question. 

Les expositions temporaires prennent place là où les archétypes du genre sont les plus évidents. En plein centre-ville, entre les boutiques genrées et les sollicitations publicitaires. Dans les vitrines d’espaces vacants, des œuvres éphémères s’élèvent et s’élèveront dans les prochains mois en questionnant cette idée du genre, enjeu très actuel et qui mobilise de multiples réflexions et débats.

Le contraste est criant tout en étant subtil, car les positions artistiques sont plus suggérées et les œuvres ouvertes à l’interprétation. C’est ce que suscite la série de photographies de l’artiste Carl Bouchard qu’on peut voir dans la devanture du 1388 Sainte-Catherine O. Tomber une fille. Fall a girl décortique un cauchemar d’enfant: celui de devenir une fille en tombant de l’escalier. À la tombée du jour, une projection apparaît sur le trottoir montrant le dénouement de ce rêve.

Dans les recherches précédant le choix de la thématique, l’équipe d’Art Souterrain a pris conscience que les pratiques en arts visuels évoluaient. «L’art se complexifiait et s’enrichissant énormément avec des prises de position d’artistes qui ne qui se revendiquent plus comme ayant un style masculin ou féminin. Les artistes d’aujourd’hui veulent définir leur sujet sans avoir à justifier un style», déclare le fondateur d’Art Souterrain Frédéric Loury.

Skin Deep, Catherine Chu Hua Dong
Skin Deep, Catherine Chu Hua Dong

Il s’agit d’une belle ouverture de la part des propriétaires qui prêtent leur devanture à la promotion de l’art contemporain et à un sujet ne faisant pas l’unanimité selon M. Loury. «C’est un milieu qui devient de plus en plus progressiste, explique-t-il. Il n’y a pas si longtemps, le milieu de l’immobilier était très conservateur, mais ça tend à s’ouvrir énormément et nous le démontre en participant aux projets de Vitrine sur l’art.» C’est aussi l’occasion de favoriser l’intégration d’œuvres d’art dans les espaces commerciaux.

Une sélection consciente

Au 1411 rue Peel, le travail de trois autres artistes se dévoile, cohabitant de manière imperturbable avec le quotidien citoyen. Dans Skin Deep, l’artiste montréalaise Catherine Chu Hua Dong traite de la culture de la honte entourant la sexualité dans sa série d’autoportraits. «C’est un travail dans lequel il y a une notion du visible et de l’invisible dans le fait d’assumer une sexualité notamment dans certaines cultures qui sont très réfractaires à des orientations sexuelles différentes», commente la commissaire de l’exposition Marie Perrault.

Kent  Monkman, La femme immorale, 2015, écran  vidéo  HD  6:37m,  encadré  117  cm  (46")  diagonale  édition  de  5 / Courtoisie  Pierre-François  Ouellette  art  contemporain. Un  jeune  cardinal  est  tenté  par  Miss  Chief  Eagle  Testickle  dans  la  place  Saint-Pierre.  Représentant  la  sexualité  plurielle  et  la  variance  des  genres  (des  êtres  aux  deux  esprits)  des  Amériques,  Miss  Chief  met  à  l’épreuve  les  mœurs  et  l’hypocrisie  associées  au  mantra  chrétien  «Que  celui  qui  n’a  jamais  péché  jette  la  première  pierre!»
Kent Monkman, La femme immorale, 2015, écran vidéo HD 6:37m, encadré 117 cm (46″) diagonale édition de 5 / Courtoisie Pierre-François Ouellette art contemporain. Un jeune cardinal est tenté par Miss Chief Eagle Testickle dans la place Saint-Pierre. Représentant la sexualité plurielle et la variance des genres (des êtres aux deux esprits) des Amériques, Miss Chief met à l’épreuve les mœurs et l’hypocrisie associées au mantra chrétien «Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre!»

Alone Time de JJ Levine interpelle au rez-de-chaussée du bâtiment avec sa série mettant en scène des couples, suivant de premier abord la norme hétéronormative, mais dont le rôle est joué par la même personne. Dans la ruelle adjacente se joue le projet vidéo La femme immorale de Kent Monkman, qui, à travers un alter ego, explore les stéréotypes liés à l’identité autochtone, mais aussi à l’identité de genre.

La commissaire nous avoue ne pas être une spécialiste des enjeux féministes et LGBTQ+, mais ses choix d’artistes restent proches de la réalité sociale. «La vitrine est un lieu de prédilection pour la diffusion d’un stéréotype lié au genre féminin ou masculin, où l’activité commerciale se centre dans la promotion d’un stéréotype et ça m’apparaissait important de mettre des pratiques qui exprimaient autre chose, d’autres types d’expériences ou des pratiques qui se permettaient de définir le genre de façon plus ambiguë», développe-t-elle.

Le mariage parfait

Dans les prochaines semaines, d’autres vitrines seront investies pour compléter le parcours de cette édition qui se concentrera dans le quadrilatère bordé par les rues Bleury, Sainte-Catherine, Mackay et Sherbrooke. «Un des gros défis est d’arriver à trouver une façon de présenter les artistes qui nous intéresse dans les lieux en question parce que la configuration des vitrines ne peut pas forcément accueillir n’importe quel type de médium. C’est vraiment un puzzle», relève M. Loury.

Pour faciliter les liens entre l’artiste, le lieu et le public, des médiateurs seront présents toutes les fins de semaine pour guider les visiteurs. Une première comparativement à l’édition de l’année dernière qui était consacrée à l’art des Premières Nations. D’autres activités viennent agrémenter l’expérience. Découvrir la sélection d’artistes Au pas de course le 21 juin ou la nuit durant la Nocturne du 16 août.

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L’art de redéfinir le genre

Jusqu’au 16 septembre

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