Mesnard-Demers : La ferme des animaux
Arts visuels

Mesnard-Demers : La ferme des animaux

C’est un rêve éveillé, la page d’un livre jeunesse qui se matérialise au détour d’une piste cyclable. Cet été, Les heureux naufragés d’Isabelle Demers et Fanny Mesnard dérivent jusqu’au bassin Louise pour nous dérober un sourire.

Herbes synthétiques verdoyantes, animaux en uréthane aux proportions fantaisistes, des bêtes encore nues ou peintes dans des nuances de couleurs algues marines. L’atelier qu’occupe le duo déborde d’artéfacts plus surprenants les uns que les autres. Isabelle Demers et Fanny Mesnard ont fait du JC Ricard, entrepôt d’articles souvenirs désaffecté, leur manufacture. C’est là qu’elles préparent ces sculptures, les leurs, celles qui seront assemblées sur un quai flottant face aux silos de la Bunge. L’illusion d’une île.

Le titre semble être une vague allusion à Gilligan et sa bande. Ils sont une vingtaine d’individus, un kangourou comme des lapins, des espèces de partout sur la planète, à s’entasser sur cet amas de terre qui semble s’être détaché du continent. Un ponton de 18 pieds de large sur 28 pieds de longueur qui trône au-devant de la passerelle, juste à côté de l’Espace 400e. Travaillant habituellement en solo, Demers et Mesnard signent à la fois leur première création conjointe et destinée à un lieu public. «Toutes les deux, confie Fanny, on souhaite travailler dans l’espace urbain. Toutes les deux, on a des pratiques très installatives et immersives, mais avec des objets très finis, qui s’appliquent plus au dessin. Des choses fragiles, délicates.» Une méticulosité, un souci du microdétail rarement vu dans les œuvres extérieures de (très) grand format.

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Cousues de la même étoffe, Isabelle Demers et Fanny Mesnard cultivent individuellement leur amour de la nature. Leurs univers sont similaires, hautement compatibles. Elles aspirent à l’émerveillement d’autrui, à «quelque chose de fort qui traverse les cultures» en participant à la cinquième mouture des Passages insolites. «Ça fait autant référence au Radeau de la Méduse qu’à L’arche de Noé ou à L’île du docteur Moreau. C’est quelque chose que tout le monde connaît aussi, le fantasme de l’insularité.» Isabelle renchérit, ajoutant son grain de sel: «On s’est tous déjà imaginés sur une île déserte. Ce qu’on deviendrait, où on irait, ce qu’on apporterait…»

Ces mammifères irradiés d’un bleu presque vert suggèrent, par leur couleur paranormale, une vision presque dystopique de Québec. Ils sont comme des extraterrestres, des petits bonshommes verts perdus puis encerclés par la ville. La pollution et l’étalement urbain ont eu raison d’eux, à l’instar de cet orignal qui s’était faufilé jusqu’aux faits divers des grands quotidiens locaux en 2016. Un cervidé véritable qui était resté coincé dans les eaux du fleuve avant d’être abattu par un policier prétextant un enjeu de sécurité pour les piétons et les automobilistes circulant à proximité du marché du Vieux-Port. «On devrait écrire “à la mémoire de”», propose Isabelle, mi-figue mi-raisin. «On aime bien jouer sur le côté multidimensionnel, complète sa collègue. On veut que l’œuvre soit aussi poétique que provocante.»

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Les heureux naufragés
Jusqu’au 18 octobre au bassin Louise
(Dans le cadre des 
Passages insolites)

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