Adam Basanta et la parole des machines
Arts visuels

Adam Basanta et la parole des machines

Qui est le jeune artiste visuel lauréat du prix Pierre-Ayot 2018? Adam Basanta, maître dans la création d’installations sonores et numériques, nous parle de sa relation entre sa pratique artistique et les possibilités technologiques.

En décembre dernier, Adam Basanta recevait le prix Pierre-Ayot au Musée des beaux-arts de Montréal. Une récompense, remise depuis 1996, qui souligne l’apport de jeunes artistes en arts visuels. Mais Basanta est avant tout compositeur de musique contemporaine et le chemin vers l’art numérique dans lequel il évolue est un accident récent, confie l’artiste. «Je n’ai jamais cherché intentionnellement à faire de l’art numérique. Pour moi, la technologie est un médium de notre temps et je m’exprime avec cet outil. Je ne pars jamais de l’idée préconçue de faire du travail numérique, tout dépend du concept et de l’esthétique que j’essaie de développer.»

Né en Israël et ayant grandi à Vancouver, Adam Basanta vit à Montréal depuis huit ans. Ce prix est d’autant plus significatif qu’il lui vient de sa ville d’adoption. Sans compter la célébration de son statut d’artiste de la relève qui a une place à prendre, selon lui. «Il est important d’avoir une nouvelle génération avec de nouvelles idées qui perturbent ce qui est déjà établi. C’est pourquoi il est nécessaire que les artistes, organisations, galeries et institutions prennent des risques et qu’ils encouragent les artistes émergents et créent des infrastructures, comme le prix Pierre-Ayot, pour soutenir leur pratique.»

Le travail de celui qui est fasciné par la technologie repose sur l’utilisation de celle-ci comme vocabulaire pour parler de choses profondément humaines, sociales et culturelles. «Je cherche ainsi à ébranler la fonction des outils technologiques et à interroger le rapport que nous entretenons avec ces objets.»

Pour le jeune artiste qui jouit d’une belle réputation sur la scène internationale, la portée symbolique passe foncièrement avant l’outil lui-même, qui n’est qu’un moyen d’arriver à une fin. «J’évite d’utiliser un médium technologique uniquement pour sa fonction esthétique. Je cherche généralement à créer un environnement où la technologie a une certaine autonomie et où la fonction utilitaire du médium est détournée. Pour moi, cette approche est nécessaire afin de permettre une réflexion sur notre utilisation quotidienne de ces objets, et sur la façon dont leur usage affecte le monde dans lequel nous vivons pour le meilleur et pour le pire.»

Performance active

À la dernière Biennale internationale d’art numérique (BIAN), Basanta présentait la fascinante œuvre All We’d Ever Need Is One Another, une installation qui fabrique des images grâce à une numérisation autogérée. «Une usine d’art» indépendante de l’influence humaine. L’installation générait des images envoyées à un ordinateur qui les comparait à une base de données d’œuvres d’art contemporaines. Quand l’image créée aléatoirement ressemblait à 83% à l’une de ces œuvres existantes, elle était qualifiée de réussite et devenait par le fait même une œuvre d’art. Il s’agit d’une œuvre décisive, car c’est la première fois que l’artiste se lançait dans la production d’images en deux dimensions. Une orientation qu’il compte poursuivre durant l’année 2019.

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All We’d Ever Need Is One Another   photos : Guy L’Heureaux

Cette œuvre met également en scène une composante centrale dans la pratique d’Adam Basanta: l’autonomisation de la performance. «J’aime révéler par des actions performatives machinées et orchestrées comment les outils technologiques et leur processus se manifestent en temps réel, comment ces outils performent leurs fonctions, peuvent performer en dehors de celles-ci et comment leur fonctionnalité peut aussi progresser au fil du temps.» L’artiste a développé une fascination devant l’action programmée d’une machine qui finit par créer ce qui existe déjà, allant jusqu’à remettre en question ce que l’on consomme en matière d’art.

Poésie sous-jacente

Au-delà du langage technique propre à la manipulation numérique, la manière de travailler d’Adam Basanta est profondément intuitive. Cela commence avec une idée qui prend vie sous la forme d’un casse-tête qu’il faut assembler. Une partition qu’on doit arriver à faire jouer. «J’essaie de trouver une relation poétique entre le concept et la technique, dans laquelle l’un exprime l’autre. Je travaille constamment à faire des va-et-vient entre le développement technique et conceptuel. Ma recherche n’est pas seulement intellectuelle, je m’appuie beaucoup sur mon instinct et j’improvise beaucoup. Au fur et à mesure que mon processus créatif progresse, les détails sont modifiés et l’œuvre évolue d’une manière généralement organique.»

Dans la métropole, Adam Basanta est représenté par la galerie Ellephant. Il participe actuellement à l’exposition collective Data Dating à la galerie Charlot à Paris.

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