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Daniel Corbeil : L'utopie à l'épreuve du réel
Arts visuels

Daniel Corbeil : L’utopie à l’épreuve du réel

Pour la 9e Manif d’art de Québec, l’artiste Daniel Corbeil propose Cité laboratoire, une gigantesque maquette d’une tour végétale détournant certains codes de l’architecture et des utopies survivalistes.

Adolescent, Daniel Corbeil rêvait d’une carrière de biologiste ou d’architecte. Faute d’une certaine inclination pour les mathématiques, il s’oriente plutôt vers les arts visuels mais ne perd pas de vue ces deux champs d’intérêt, qu’il intègre dans sa pratique en créant des structures improbables où le vivant tente de s’adapter. Sa Cité laboratoire, qui en sera à sa quatrième version à la biennale de Québec, a d’abord été présentée à la Maison de l’architecture du Québec en 2012, comme un clin d’œil du destin.

Vue de l'installation de l'exposition Structures végétalisées: l'utopie verte par Daniel Corbeil à la Maison de l'architectured du Québec 24 août au 03 novembre 2012
Vue de l’installation de l’exposition Structures végétalisées : l’utopie verte par Daniel Corbeil à la Maison de l’architecture du Québec (24 août au 03 novembre 2012)  photo : Alain Laforest

Originaire de l’Abitibi, l’artiste a passé son enfance à s’amuser sur d’immenses terrains de mines désaffectées, offrant un regard à la fois nostalgique et très lucide sur ce qu’il qualifie de saccage environnemental. La question du paysage et des transformations que lui impose l’humain tient donc une place prépondérante dans son travail. Ses œuvres nous amènent à réfléchir à un futur où l’humain et les différents écosystèmes devraient évoluer en milieu clos. Un propos qui s’articule parfaitement avec la thématique environnementale de la biennale: Si petits entre les étoiles, si grands contre le ciel.

Insuffler du risque

Travailler avec les végétaux comporte son lot de défis, et cette perte de contrôle plaît à l’artiste. «C’est un art où il faut toujours s’ajuster», résume-t-il avec le sourire. Cet hiver, il a donc dû redoubler d’efforts et d’ingéniosité pour faire sortir de sa dormance la mousse qui évoluera dans sa sculpture. «Maintenir le vivant dans une infrastructure, que ce soit ça ou le Biodôme, ça demande une complexité technique tellement immense. Tu ne peux pas te substituer au vivant qui a pris des millions d’années à se construire.» C’est d’ailleurs en réponse à tous les stéréotypes mis de l’avant par les projets futuristes – des utopies se manifestant inévitablement par le bonheur ostentatoire de ses habitants et une nature luxuriante – que Corbeil a voulu répondre par le concret et voir comment le vivant y évoluerait.

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Vue en coupe (détail)   photo : Michel Dubreuil

Nécessaire transparence

«Quand tu travailles la maquette, t’es en contrôle sur un monde que tu fabriques. Pour moi, c’est important que les gens puissent se mettre dans ce rôle-là, et non pas simplement en observateur d’un monde en miniature.» Pour ce faire, le sculpteur prend les visiteurs à témoin et dévoile à certains endroits les coulisses de son processus façonné par des objets trouvés qu’il incorpore à son travail, le menant parfois sur des trajectoires inattendues. Ainsi, les observateurs attentifs pourront trouver des annotations dans la tour, de même que des fragments de nid d’abeilles devenus éléments architecturaux, des petits tiroirs convertis en habitations et d’autres objets détournés de leur fonction première.

Utopie/dystopie

Quand on lui demande quelle vision sous-tend ses créations, Corbeil répond qu’il oscille entre optimisme et défaitisme: «Avec mon travail d’artiste en arts visuels, ça serait difficile de pointer l’un ou l’autre.» Cité laboratoire est-elle une structure en construction, ou le signe d’une inévitable décrépitude? L’œuvre est suffisamment ouverte pour supporter les deux hypothèses et l’artiste préfère laisser les visiteurs décider si ce qu’ils voient s’approche d’une vision idéaliste ou cauchemardesque du futur. Ainsi, si certains apprécient le côté ludique de l’œuvre, qui se rapproche de l’utopie, d’autres y dénotent une certaine mélancolie: «Ce serait triste d’être réduit à vivre dans une infrastructure comme ça, déconnectée du vivant, où le vivant est domestiqué.»

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Cité laboratoire (détail)  photo : Guy L’Heureux

Chose certaine, scruter l’imposante maquette d’une dizaine de pieds de diamètre amène le spectateur à s’interroger sur ce que l’avenir lui réserve, une réflexion qui a guidé l’artiste tout au long de sa création. Le projet est présenté avec un des dessins architecturaux qui a mené à son élaboration ainsi qu’une installation photographique intitulée Nébulosité.

Après la Manif d’art, Cité laboratoire sera transposée en plein air pour la saison estivale dans un lieu qui reste encore à déterminer. Son créateur laissera la nature prendre le contrôle de la structure avant de la documenter par sa pratique photographique, puis de la démonter pour se concentrer sur d’autres projets artistiques. La biennale de Québec constitue donc l’ultime – mais pas la moindre – occasion d’éprouver ce projet dans le réel.

Du 16 février au 21 avril
au Musée national des beaux-arts du Québec
(Dans le cadre de la Manif d’art)
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