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Joan Miró : Dans l'atelier du peintre catalan
Arts visuels

Joan Miró : Dans l’atelier du peintre catalan

Rares sont les expositions qui se consacrent à Miró en Amérique du Nord. La dernière à avoir foulé le sol québécois remonte à plus de 30 ans. Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) remédie à la situation en présentant une riche sélection d’œuvres se concentrant sur une période moins connue de la carrière du peintre catalan, celle de Majorque, l’île espagnole où il avait son atelier dans les 30 dernières années de sa vie.

Il s’agit d’une période bien particulière, car il faut dire que Miró s’était installé sur cette île dans l’idée de prendre sa retraite. Il s’agira au contraire de sa période la plus faste, celle où il produira pas moins du tiers de son œuvre. «En 1973, Miró a 80 ans et ce sera l’année la plus prolifique de toute sa carrière», indique le conservateur aux expositions André Gilbert. «Miró est plus libre, plus radical, moins conformiste, plus audacieux que jamais. C’est réellement impressionnant de voir à quel point il ne se répète pas, à quel point il modifie son style.»

C’est grâce à une collaboration avec la Miró Mallorca Fundació que le MNBAQ a mis sur pied Miró à Majorque. Un esprit libre, un corpus consacré aux années 1956 à 1981. La fondation compte environ 6000 œuvres de Miró, dont quelques centaines de peintures, et de très nombreux croquis, notes et objets de la collection de l’artiste. Fondée par le peintre lui-même et sa femme Pilar, l’organisation conserve les deux ateliers de Miró dans l’état où l’artiste y travaillait jusqu’à sa mort en 1983, et fournit au public qui les visite un éclairage unique sur le processus créatif du peintre.

C’est dans cette optique qu’a été envisagée l’exposition. C’est d’ailleurs ce qui constitue sa force: on peut observer les croquis préparatoires de certaines sculptures aux côtés des résultats finaux grâce au mobilier spécialement créé par le designer principal Jean Hazel. Même chose pour quelques-unes des huiles: avant d’apprécier les toiles terminées se déployer dans les vastes espaces du pavillon Pierre Lassonde, une vidéo d’une dizaine de minutes montre ces mêmes peintures en cours de réalisation par le peintre, amplifiant l’émotion chez le visiteur.

Joan Miró, Peinture, vers 1973. Acrylique et fusain sur toile, 216 x 173,8 cm. Fundació Pilar i Joan Miró a Mallorca (FPJM-85) © Successió Miró /SOCAN, Montréal /ADAGP, Paris (2019)

L’exposition se divise en quatre salles et une douzaine de thématiques qui témoignent des influences et de l’évolution de l’artiste. La première salle présente son attachement à ses origines catalanes, notamment son admiration pour le travail de l’architecte Antoni Gaudí. «Ce sont ses racines culturelles et ses sources d’inspiration qu’on voulait montrer dans cette section-là», détaille M. Gilbert.

La deuxième section est consacrée aux influences artistiques qui ont marqué le travail de Miró dans sa période Majorque. Alors artiste établi, le peintre voyage beaucoup et s’intéresse particulièrement à l’expressionnisme abstrait des États-Unis, incarné notamment par Jackson Pollock, et à la calligraphie japonaise. «Miró va être très impressionné par l’action painting, et sa peinture va se modifier en conséquence. Il a toujours le même vocabulaire de personnages et de formes, mais il adapte son style pour le rendre beaucoup plus direct et beaucoup plus gestuel», souligne le conservateur.

Femmes, paysages et explosion des formats

La troisième salle, la plus facile d’accès, est dédiée à l’iconographie de Miró, au vocabulaire que le moderniste qui a côtoyé Picasso a développé au cours de sa longue carrière. C’est dans cette section que sont regroupées la majorité des sculptures de l’exposition.

Joan Miró, Maternité, 1969. Bronze, 88 x 44 x 40 cm. Édition réalisée à la Fonderie Parellada (Barcelone) pour la Fundació Pilar i Joan Miró a Mallorca en 1991. Fundació Pilar i Joan Miró a Mallorca (FPJM-413) © Successió Miró /SOCAN, Montréal /ADAGP, Paris (2019).

La dernière salle, la plus spectaculaire en raison de l’abondance des très grands formats, constitue le point d’orgue à la fois du parcours du visiteur et de la carrière de l’artiste. «C’est assez formidable de voir que ce travail-là a été créé alors que l’artiste avait entre 60 et 80 ans, insiste le conservateur. Il ne s’est vraiment pas assis sur ses lauriers, bien au contraire. C’est peut-être l’une des périodes les plus audacieuses de sa carrière.»

Toutes ces thématiques dressent donc un portrait complet et nuancé de cette ultime période de création pour Miró, qui s’est consacré à son art jusqu’à la toute fin. «Miró n’a pas juste un style: il est mieux connu pour sa période surréaliste, mais toute sa vie il essaie toutes sortes de choses très différentes. Je suis content qu’on puisse voir cette période-là, qui a été moins présentée en Amérique du Nord.»

L’exposition se poursuivra jusqu’au 8 septembre, donnant la chance aux très nombreux touristes estivaux comme aux locaux de vivre une immersion dans l’atelier de Miró et de se laisser contaminer par l’énergie créatrice de l’artiste: «Je pense que ça peut tous nous inspirer, conclut André Gilbert. La vie n’est pas terminée à 65 ans, loin de là!»

Miró à Majorque. Un esprit libre
Du 30 mai au 8 septembre
Au Musée national des beaux-arts du Québec
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