BloguesLe blogue d'Aurélie Lanctôt

Représentation féminine à l’Assemblée nationale: un recul, mais.

Aïe. Ce « lendemain » doit être des plus amers pour plusieurs, cela va sans dire. La défaite cuisante du Parti québécois vient de redéfinir l’expression « [recevoir une] volée de bois vert ».

Mais considérations partisanes à part, le Parti québécois n’est pas le seul hier à avoir pris une claque. Ce matin, à l’émission de Marie-France Bazzo, Annie Desrochers faisait remarquer le déprimant recul dans la représentation féminine à l’Assemblée nationale. Hier soir, 34 femmes ont été élues. À la dissolution du gouvernement, elles étaient 41. 34 femmes pour 91 hommes, ça ne fait pas beaucoup. C’est indéniable, notre gouvernement demeure un boys club; qui plus est un boys club d’une homogénéité ethnique frappante. 34 élues, c’est 27% de l’Assemblée, et c’est un premier recul depuis 2007. Même en 2003, à l’élection de Jean Charest, on avait mieux, avec 38 élues.  Et en 2014, ce n’est pas normal qu’un seul parti (Québec Solidaire) ait présenté une liste de candidats paritaire. Pas normal d’autant plus que les autres partis n’étaient même pas près d’atteindre la parité, avec 46 candidates sur 124 pour le PQ, 35 sur 125 pour le PLQ et 27 candidates pour la CAQ (soit 21% de sa candidature). Je me permets d’ajouter: la proportionnelle et les mesures d’incitation à la parité dans les candidatures, ça presse.

Quant à notre première Première ministre (qu’il aura fallu attendre jusqu’en 2012 pour voir élue, *tousse, tousse*), elle aura eu parmi les mandats les plus courts de l’histoire du Québec; et la voilà déjà qui part, brisée. Non pas que j’aie eu, dans les derniers mois, des affinités particulières avec l’agenda politique mis de l’avant par Pauline Marois, bien au contraire. Mais il faut avouer qu’hier, sur la scène et avant même qu’elle prononce son discours de défaite, le trio de coqs Lisée-Drainville-PKP qui paradait déjà, dissimulant mal leur fébrilité, faisait peine à voir. En grandes pompes, le boys club se montrait avide de reprendre ses droits. Le malaise était manifeste à voir ces trois vautours rôder, torse bombé, le sourire en coin.

Et pour les quatre années à venir, clairement il n’y a pas de quoi appréhender avec optimisme l’éventuel coup de pouce du Parti libéral sur le front féministe. La laconique réponse soumise par le parti au questionnaire féministe du Groupe des 13  nous donne un avant-goût peu probant. Et pour avoir entendu Christine St-Pierre (ex-ministre de la condition féminine, notons), au débat féministe organisé par la FFQ le 24 mars dernier, parler du Plan Nord comme solution-à-privilégier-pour-lutter-contre-la-précarité-financière-des-femmes-en-proposant-des-emplois-de-qualité, j’entrevois que ma paume risque s’écraser brutalement sur mon front à de nombreuses reprises au cours des années à venir.

Mais. Il y a néanmoins une partie de moi qui ne peut s’empêcher de se réjouir, dans une perspective féministe. De se réjouir de la déconfiture totale de ce féminisme d’exclusion et de ressentiment qu’on a vu s’imposer  au cours des derniers mois, dans la foulée du débat sur la Charte de valeurs. De ce féminisme qui, se drapant dans un impératif « collectif » bricolé, s’est permis d’ostraciser certaines femmes en vertu de principes arbitraires. De ce féminisme d’arrière-garde, fondé sur un modèle ethnoculturel moribond et rigide, qu’on aura tenté d’enfoncer dans la gorge des Québécois en cassant du sucre sur le dos des minorités religieuses. Ce féminisme incarné avec hargne et arrogance par des Djemila Benhabib, Louise Mailloux, Evelyne Abitbol (toutes défaites) et autres « Janettes »; qui auront eu le culot  de prétendre que le féminisme était devenu avant tout l’affaires de certaines femmes, et seulement elles. Ce féminisme de « chasse aux sorcières », qui visait à départir les « bonnes » des « mauvaises » ou des « fausses » féministes, plutôt qu’à lutter avec les femmes. Ce féminisme appréhendé comme la « sanction » (vide) d’une émancipation « parachevée » (du moins à l’aune de certains standards), et non comme  force motrice pour celles qui font face à des enjeux matériels et communautaires bien réels…

Le féminisme, bien qu’on l’ait instrumentalisé éhontément tout au long de la campagne électorale et dans les mois l’ayant précédée, n’est pas réductible à un « gadget politique » dont l’État peut user à loisir. Le féminisme n’est ni un outil partisan, ni un corps figé et homogène. Le féminisme, avant tout, se vit. Il se débat, s’articule, se contredit, évolue. Mais jamais il ne devrait servir à condamner, à exclure ou à propulser bêtement un agenda politique autre.

Ce féminisme-là, hier, il s’est dégonflé; tout comme, par ailleurs, l’idée fumeuse selon laquelle pour bâtir un projet collectif, il faille se coller à la ligne dure du conservatisme identitaire. Et à ce chapitre, notons en aparté: la prochaine fois qu’on nous dira que pour faire un pays, pour se rassembler et bâtir enfin, il est légitime d’écorcher  au passage les droits fondamentaux d’un certains nombre de citoyens (comme s’il ne s’agissait que d’une « fâcheuse externalité »), je pense qu’on pourra répondre, et à raison, que non. Pour une raison bien simple et pragmatique: ça ne fonctionne pas.

Par ailleurs, il y a un autre mais considérable à ce recul de la représentation féministe à l’Assemblée nationale. Ce mais s’appelle Manon Massé. Ce gain en est un admirable pour la représentation non seulement féminine, mais féministe à l’Assemblée. S’il faudra, pendant 4 ans, mener une lutte de tranchées, à tous les niveaux, contre la machine libérale qui se remet déjà en branle, il ne faudrait néanmoins pas sous-estimer l’apport potentiel du tandem féministe composé de Françoise David et Manon Massé. Pour ça, à mon avis, il y a de quoi se réjouir.

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