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La crédibilité — Vol. 2

La question de la crédibilité (notamment médiatique) m’intéresse. Je vous avais dit que j’y reviendrais. Ce n’est sans doute pas la dernière fois.

Le Vol. 1 s’intéressait à la crédibilité des déclarations trop prévisibles ou intéressées. Cette fois-ci, la question concerne l’anonymat: Est-ce que les textes anonymes ou pseudonymes sont moins crédibles que les textes signés?

Personnellement, j’ai toujours eu l’impression que l’anonymat n’enlevait rien à la crédibilité d’un texte. Au contraire: en masquant l’identité de son auteur, le texte anonyme peut même gagner en crédibilité parce qu’il élimine la possibilité de tirer sur le messager et qu’il force (en principe) le lecteur à s’attaquer au contenu.

Sur un autre forum, j’ai déjà donné quelques exemples historiques et contemporains d’une utilisation judicieuse et utile de l’anonymat. En bref:

Aux États-Unis, les « Federalist Papers » — qui plaidaient pour la ratification de la Constitution et qui demeurent son principal outil d’interprétation — ont tous été publiés anonymement par trois auteurs distincts (dont James Madison et Alexander Hamilton).

Un des essais les plus déterminants pour la politique étrangère américaine des 60 dernières années a été publié anonymement en 1947 dans la revue Foreign Affairs. (Le véritable auteur, identifié par la suite, était George F. Kennan.)

Tout récemment, pendant la crise financière de 2008 et par la suite, plusieurs banquiers et autres acteurs de la finance ont publié anonymement des textes dans lesquels ils ont expliqué (sans crainte de représailles) comment le secteur financier a pu mener l’économie mondiale au bord du désastre, tout en proposant des solutions constructives. Voir entre autres Anonymous Banker.

Le dernier exemple est évidemment WikiLeaks (et maintenant QuebecLeaks). Peut-on réellement vouloir interdire l’anonymat sur Internet et soutenir l’action de ces sites?

Aussi intéressants soient-ils, par contre, ces exemples ne répondent pas à la question de la crédibilité auprès du public. Certains textes anonymes ont certainement marqué l’histoire, mais dans la vie de tous les jours, quelle valeur attribue-t-on aux textes et commentaires anonymes qu’on trouve partout sur Internet et quelques fois ailleurs?

Heureusement, une étude vient de se pencher sur la question. (Voir un bon résumé ici.) Et la réponse est claire: les textes anonymes ou rédigés sous un pseudonyme ont une crédibilité égale (voire légèrement supérieure) aux textes signés.

À tous les partisans de l’identification obligatoire sur Internet et autres pontificateurs de la crédibilité liée à un nom, une fonction ou un titre, je dis: et Vlan dans les dents. Sur Internet comme ailleurs, c’est le contenu qui compte, pas l’identité de l’auteur.