BloguesBrasse camarade

La solution au « problème » des commentaires anonymes

Il y a quelques jours le Conseil de presse a publié sur son site une courte capsule traitant de la question de l’anonymat des commentaires de blogues, dans laquelle Patrick Lagacé et moi sommes interviewés :

Résumé rapide:

Patrick considère qu’il est essentiellement impossible de mettre fin à l’anonymat des commentateurs sur Internet. Pour lui, toutefois, une telle interdiction serait en théorie souhaitable dans la mesure où elle relèverait le niveau des commentaires au rang des normes journalistiques. Patrick déplore par ailleurs que la majorité des commentaires sur son blogue soient sans intérêt, et qu’ils fassent possiblement fuir les commentateurs « plus intelligents, et intelligibles ».

Je partage le constat de Patrick concernant l’impossibilité pratique d’enrayer l’anonymat des commentateurs. Sauf que je considère personnellement que les dangers de l’identification obligatoire – comme frein à l’expression des opinions impopulaires, et comme ouverture aux attaques ad hominem – dépassent ses avantages théoriques. Je constate aussi que plusieurs commentaires ont peu d’intérêt et nuisent à la réputation des blogues dans certains milieux.

Mais tout ce débat est largement caduc, comme disait Patrick – non pas parce qu’il est impossible d’éliminer l’anonymat, mais parce que la solution au problème des commentaires stupides existe déjà.

Il suffit simplement d’instaurer un « tri 2.0 », où les lecteurs d’un blogue « votent » pour les meilleurs commentaires et déterminent leur position sur la page.

Les commentaires les plus approuvés se retrouvent en haut; les plus réprouvés se retrouvent en bas. En principe, donc, le commentaire le plus intéressant se retrouve sous le billet principal, et le plus stupide à la fin, où peu de lecteurs s’aventurent. Loin de décourager les commentateurs « intelligents et intelligibles », un tel système favorise en principe une course à l’excellence, puisque les contributions les plus intéressantes (ou les plus populaires) seront les plus lues. Le New York Times a le meilleur système que je connaisse; les 3-4 commentaires les plus recommandés par les usagers du site sont souvent aussi, sinon plus intéressants que le billet qu’ils commentent. Le Globe and Mail et Radio-Canada ont aussi des systèmes semblables. (Par défaut, le site du Globe ordonne les commentaires selon leur score de popularité; le site de Radio-Canada les classe en ordre chronologique mais donne la possibilité de les ordonner en fonction des « plus appréciés ».)

Chers médias, la solution aux intervenants sans valeur existe déjà: cessez simplement d’ordonner les commentaires de blogues selon la date/heure de publication, et mettez en place un système de vote. Le bon grain se séparera inmanquablement de l’ivraie, sans nécessité pour vous de jouer à la police de la bien-pensance, et sans besoin d’assujettir les commentateurs à d’évanescentes « normes journalistiques ».