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Jouons ensemble avec les sondages

 

Les premiers sondages importants de la campagne électorale sont sortis ce matin. Les chiffres se ressemblent assez, sauf pour une divergence significative dans le cas de la CAQ:

Pour les fins de l’exercice qui suit, faisons la moyenne des deux sondages:

  • PQ 32%, PLQ 30%, CAQ 24%, QS 7%, PVQ 2,5%, ON 2%

Les sondeurs et les analystes passent beaucoup de temps à distinguer le « vote francophone » de ces chiffres, parce que c’est principalement lui qui détermine le résultat de l’élection. Je n’en doute pas. Il est par ailleurs parfaitement normal, légitime et avisé de s’intéresser à cette variable cruciale pour le portrait politique du Québec.

Cela dit, nonobstant sa pertinence évidente, je n’ai jamais aimé cette distinction qui rappelle trop le « vote ethnique ». Au risque de passer pour un pauvre et pathétique citoyen du monde, je préfère les grilles d’analyse moins identitaires. Voici donc quelques autres manipulations statistiques tirées de ces sondages, juste pour le fun.

Répartition des sièges: Selon le simulateur de Too Close to Call, avec la moyenne des sondages ci-dessus, le PQ obtiendrait 63 sièges, le PLQ 45, la CAQ 16 et QS un seul. Le PQ aurait donc une (très courte) majorité d’un siège, avec 32% du vote.

Répartition des sièges dans un hypothétique système proportionnel: En imaginant un système proportionnel parfait, on obtiendrait la répartition des sièges suivante: PQ 41, PLQ 39, CAQ 31, QS 9, PVQ 3 et ON 2. (Note: puisque les pourcentages additionnés donnent 97,5%, j’ai rajouté un siège aux trois premiers partis pour arriver à 125.) Tous les partis seraient loin de la majorité; l’alliance la plus probable serait sans doute PLQ-CAQ, qui leur donnerait 70 sièges.

On note que la distortion engendrée par notre détestable mode de scrutin favorise surtout le PQ (bonus de 22 sièges) et qu’il nuit surtout à la CAQ (pénalité de 15 sièges). En pourcentage de sièges, c’est QS qui aurait le plus à gagner d’un mode de scrutin proportionnel: 800% d’augmentation de sa députation dans un système proportionnel. (Le PVQ et ON passeraient respectivement de 0 à 3, et de 0 à 2 députés, ce qui n’est pas négligeable). Dans le cas de la CAQ, un système proportionnel mènerait à 94% plus de sièges à l’Assemblée nationale. Le PQ en perdrait 35%, et le PLQ 13%.

Conclusion: des trois principaux partis, c’est le PQ qui (de loin) profite le plus du mode de scrutin actuel, et la CAQ qui en souffre le plus. Question: la CAQ aurait-elle dû inclure la réforme du système électoral dans son programme?

Vote de gauche et vote de droite: Si l’on se fie à l’axe politique gauche/droite, les partis de centre-gauche/gauche (PQ + QS+ PVQ + ON) récoltent 43,5% des voix, contre 54% pour les partis de centre/centre-droit (PLQ + CAQ). Semblerait que « les Québécois » ne s’entendent pas tout-à-fait sur « les valeurs québécoises ».

Vote progressiste et vote conservateur: Pour ce qui est de l’axe identitaire, livrons-nous à quelques pirouettes douteuses (mais on jase là, alors c’est pas grave).

Le PLQ, QS et le PVQ sont progressistes. Le PQ est conservateur. Quant à la CAQ et ON, ils sont quelque part au milieu: divisons donc leurs votes dans les deux camps. Pour le camp progressiste (PLQ + 1/2 CAQ + QS + PVQ + 1/2 ON) on obtient donc 52,5% des voix. Du côté conservateur (PQ + 1/2 CAQ + 1/2 ON), on obtient 45% d’appuis.

Si on combine les calculs fondés sur les axes gauche/droite et identitaire, on obtient une courte majorité d’électeurs de centre/centre-droit progressistes, qui rappelle vaguement le programme libéral. (Note aux grimpeurs de rideaux: la valeur statistique de ces manipulations est essentiellement nulle.)

Vote anti-PLQ et vote anti-PQ: Il y a au Québec deux importants bastions de haine politique viscérale: les détesteurs du PLQ, et les détesteurs du PQ. L’allégeance politique de ces électeurs dépend souvent de qui peut le plus efficacement bloquer l’adversaire, plutôt que de la recherche d’un idéal politique précis. Les tout-sauf-le-PLQ pourront donc voter PQ ou CAQ, et les tout-sauf-le-PQ pourront voter PLQ ou CAQ. (Je n’inclus pas les autres partis dans cette discussion parce que, sauf de rares exceptions, dans certaines circonscriptions, ils ne représentent pas vraiment de menace pour les grands partis et que leurs électeurs votent surtout par conviction.)

Dans ce jeu qui déchire les anti-PQ et les anti-PLQ, c’est la CAQ qui joue les vases communicants. Si les anti-PQ sentent que c’est la CAQ qui menace le parti maudit, ils se rueront vers elle. Même chose pour les anti-PLQ. Pour le moment, c’est 54% de voix pour les anti-PQ (PLQ + CAQ) et 56% pour les anti-PLQ (PQ + CAQ). Je ne sais pas exactement ce que veulent dire ces chiffres (probablement rien).

La CAQ comme deuxième choix: Le statut de la CAQ comme vase communicant est très clair. Selon Léger, 49% des libéraux voteraient pour la CAQ comme deuxième choix (contre 6% pour le PQ et 1% pour QS) et 28% des péquistes feraient de même (22% voteraient pour QS et 1% pour le PLQ). Le sondage CROP s’est aussi intéressé à cette question, en interrogeant les électeurs qui n’ont pas d’intention de vote ferme: 46% des péquistes mous et 41% des libéraux mous considèrent la CAQ comme deuxième choix, loin devant les autres partis.

Quelques chiffres concernant les jeunes: Selon Léger, j’ai été surpris de voir que QS fait beaucoup mieux (13%) chez les 25-34 ans que chez les 18-24 ans (8%). Même ON semble plus populaire que QS chez les 18-24 ans (il faut dire que les appuis à ON sont très fortement concentrés dans cette tranche d’âge). Chez les 18-34 ans, le PQ (surtout) et la CAQ arrivent confortablement devant le PLQ. Les appuis à la CAQ et au PQ sont par ailleurs les plus homogènes à travers les couches d’âge, alors que le PLQ trouve (sans surprise) plus d’appuis chez les électeurs plus âgés.

En voilà assez pour ce vendredi pluvieux. Rendez-vous au prochain sondage.