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“First Thursdays” des galeries branchées

Tous les premiers jeudi du mois, la plupart des galeries branchées situées sur Vyner Street, dans le East End, organisent des soirées portes ouvertes un peu comme s’il s’agissait d’un soir de vernissage avec tous les petits à côté : spectacles, bouchées et vin. Cette activité est très populaire à ce que j’ai pu en juger hier soir. Malgré une pluie soutenue, les gens visitaient abondamment les galeries. Beaucoup d’artistes sont venus visiblement pour obtenir « le contrat » d’exposition souhaité, d’autres, comme moi, y allaient par curiosité, pour y découvrir d’autres styles, discours, techniques et surtout, avoir du plaisir.

Les styles présentés étaient éclectiques, même à l’intérieur parfois des mêmes murs. Il y a avait de tout pour presque tous les goûts, allant du « wow ! » à « kessé ça ? ». Je dirais que dans l’ensemble, je n’ai pas eu de coups de cœur. Il y avait quand même une quantité étonnante d’idées originales auxquelles la technique ne rendait souvent pas justice. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié le travail de l’artiste Eleonor Fawcett et Silvia Ragel-Serrano. Leurs créations étaient techniquement impeccables, sensibles et honnêtes.

Une galerie en particulier, Fred, vaste et originale, offrait une performance d’un groupe punk-rock tout en servant vin et bière, et en présentant de nombreuses œuvres dans deux vastes salles pleines à craquer. Les organisateurs n’ont pas peur de mélanger les genres et leur audace était récompensée par la foule enthousiaste présente. Il faut dire que les propriétaires de la galerie ont aussi une compagnie de disque.

Nous étions un beau groupe, encore une fois fort diversifié. J’ai du même coup fait la connaissance de ma nouvelle voisine, Valerie Sparks, une artiste-photographe d’Australie, nouvellement arrivée, avec qui j’ai des atomes crochus. Le groupe était composé de Lea O'Loughlin (de ACME), Moz Bulbeck, photographe également australienne, Marianne Engel, Margarida Gouveia et pour compléter le tableau, Ivan Sterzinger, un designer suisse-allemand qui me fait étrangement penser, tant physiquement que par sa personnalité, au bédéiste québécois Saint-Georges.

L’observation de cette faune locale était un pur dépaysement. Un personnage en particulier représentait une sorte de croisement entre l’acteur Jean Marais et l’artiste travesti Jean Guilda. À part ce personnage, je me rendais compte qu’à force de vouloir faire « différent », la plupart des gens présents étaient homogènes. C’était une drôle d’impression difficile à définir.

Un événement comme celui-ci a non seulement l’avantage pour les galeries de promouvoir leurs poulains, mais aussi pour l’artiste que je suis de me retrouver au cœur du milieu des arts visuels londonien, de prendre pleinement le pouls de toute cette ébullition environnante. Il suffit d’ouvrir les yeux, d’observer et surtout, de garder l’esprit ouvert…