Complètement Martel

La loi du cactus

<p><a href="http://www.voir.ca/blogs/popculture_saguenay/cactus&moi.png"><img src="http://www.voir.ca/blogs/popculture_saguenay/cactus&moi.png" border="0" height="421" width="563" alt="" /></a></p><p>Je me souviendrai toujours de cette petite maison qui sentait l’encens et les années 70. C’était une masure décorée de vieilles boiseries dont quelques portes avaient été remplacées par des rideaux de billes, avec un bouddha bourgogne, bien gras, avachi sur une tablette dans le salon. </p><p>Partout où je posais le regard se trouvait un cactus. Des petits, des ronds, des longs, d’immenses cactus. J’avoue que j’étais très impressionné par toutes ces plantes grasses et revêches. L’été, la femme qui habitait là et qui prenait soin de cette flore étrange sortait le plus grand de ses protégés et le plantait au milieu d’un potager circulaire, ce qui rappelait vaguement un cadran solaire. Un surprenant paysage pour une région forestière du Québec, il va sans dire. </p><p>Outre les dimensions de certaines de ses plantes, ce qui me faisait le plus impression, c’était de voir qu’une si petite femme (la douceur incarnée!) vive dans un pareil endroit et surtout, arrive à manipuler de tels végétaux. C’est beau un cactus, mais en général, on ne touche pas. </p><p><br /><br /><b>Bientôt Capitale culturelle</b><br /><br />C’est à cette femme et à son drôle de désert que j’ai pensé, lundi dernier, lorsqu’on a annoncé que Saguenay serait l’une des trois villes canadiennes à pouvoir se vanter d’être une Capitale culturelle du Canada pour l’année 2010. </p><p>Ça se passait au Centre culturel du Mont-Jacob. Il y avait du ministre au pied carré pour cette annonce alors que les honorables représentants du cabinet Harper étaient assis à la même table que Jean Tremblay, soit Jean-Pierre Blackburn (Revenu national et Agriculture), Denis Lebel (Agence de développement économique du Canada pour les régions) et James Moore (Patrimoine canadien et Langues officielles). On a bien sûr joué le jeu auquel on s’attend en pareille situation. Qu’on est donc chanceux de les avoir, ces ministres, dans la région. Parce que sans eux, c’est certain, Saguenay n’aurait pas eu droit à une telle reconnaissance. Drôle que dans la phrase suivante, James Moore prenne un air entendu pour tenter de nous convaincre que choisir Saguenay allait de soi. </p><p>Je ne m’en vais pas briser des rêves et des illusions à grands coups de hache: ce titre accordé à Saguenay pour une année est une excellente nouvelle. D’abord et surtout parce que ça montre une reconnaissance de notre culture régionale, fût-elle filtrée par des ministres au garde-à-vous. Mais aussi, et ce n’est pas un détail, parce que l’honneur est assorti d’un portefeuille allant jusqu’à 2 millions de dollars, consacré exclusivement à des activités culturelles. Tout cet argent neuf investi dans un secteur qui en a bien besoin permettra certainement à plusieurs organismes de la ville de Saguenay de souffler un peu – enfin! </p><p>La Ville, qui consacre déjà 7 millions de dollars par année à la culture, ajoutera même un investissement de 625 000 $ au pactole. «Ça ne sera pas mis dans du béton, là!» a lancé le maire Tremblay pendant son allocution, répondant aux critiques qui lui avaient été adressées (entre autres par moi) lors de l’ouverture de divers grands chantiers pour parer les effets dévastateurs de la crise économique.</p><p>Personne ne doutera de la passion et de l’énergie consacrées au projet par Sylvie Gaudreault, conseillère à la Ville de Saguenay et présidente de la Commission des arts et de la culture, ainsi que par toute son équipe. Au moment où j’écrivais cette chronique, les organismes qui bénéficieront du soutien de ce programme n’étaient pas rendus publics – hormis Ecce Mundo, cité en exemple par le maire. Mais on sait que 37 activités seront soutenues dans toutes les sphères de notre culture, qu’on parle de patrimoine, d’œuvres d’art public, de littérature et de poésie, de théâtre, d’arts visuels, de concerts…</p><p>J’avoue avoir une bonne raison de lever mon chapeau au maire, aussi, dans toute cette histoire. Quand une journaliste lui a demandé si la programmation prévoyait des spectacles grandioses comme ceux qui ont attiré des foules au Festival d’été de Québec, il l’a rebutée. Saguenay, Capitale culturelle du Canada, ce ne sera pas un attrait touristique, semble-t-il. «C’est notre monde à nous autres qu’on veut aider!» a-t-il défendu avec la verve qu’on lui connaît. Bravo. </p><p>Sauf qu’en attendant de savoir qui entre dans la catégorie de «notre monde à nous autres», je suis sceptique. Je ne sais pas pourquoi, je reste avec l’impression que certains organismes devront se contenter de regarder tout ça de loin, de trouver ça bien beau, mais de ne pas pouvoir y toucher. <br />Comme si la ville venait de recevoir un superbe cactus en cadeau.<br /><b><br />Des détails sur le cactus</b><br /><br />L’œuvre qui accompagne cette chronique est une peinture d’<b>Alison McCreesh</b>. Actuellement en périple aux Territoires du Nord Ouest, elle alimente le blogue dessiné <i>Alison a fini l’école</i> (<a href="http://alisonmccreesh.canalblog.com" target="_blank"><i>alisonmccreesh.canalblog.com</i></a>), une autofiction relatant ses propres aventures à travers l’Amérique. Issue du baccalauréat interdisciplinaire en art (BIA) de l’Université du Québec à Chicoutimi, elle avait entre autres attiré l’attention lors de la première édition de <i>La relève s’impose</i>, un symposium dédié à la relève artistique organisé par le Centre national d’exposition.</p>