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Complètement Martel

Comment tu fais Robert?

 

Salut Robert,

Bien qu'on se connaisse à peine, je me permets de t'écrire cette lettre. Tu remarqueras que je te tutoie, car on s'est quand même rencontrés deux fois. La première, c'était avant le spectacle de Leonard Cohen à l'Auditorium Dufour, et pour dire vrai, je t'avais trouvé très sympathique. Aussi, je ne te le cacherai pas, booker Cohen à Chicoutimi fut vraiment un coup fumant. Bon, je l'avoue, je suis parti pendant le rappel, mais une soirée comme ça, ça se doit de s'arroser, et comme les dépanneurs ferment à 23h, mieux vaut ne pas trop tenter sa chance.

J'ai souvenir aussi de t'avoir croisé quelques jours plus tard au club vidéo, mais ça s'est limité à ça. Je t'avais adressé un regard sans trop insister, mais ne t'en fais surtout pas, je ne suis pas du genre à le prendre perso quand les gens ne me replacent pas. Vraiment pas.

Bref, si aujourd'hui je prends le temps de t'écrire, tu le devineras, c'est un peu beaucoup en lien avec cette histoire du Festival international des rythmes du monde qui a amplement circulé dans les médias au cours des derniers jours. Vois-tu, malgré ses défauts, je l'aime bien, ton festival. Ce n'est pas un secret, mis à part Jorge Ben, Os Mutantes, Fela Kuti et Jingo, je ne suis pas le plus grand des inconditionnels de la musique du monde, mais ça ne m'a jamais empêché d'apprécier certains des invités du FIRM. Que veux-tu, Robert, je suis plus du genre GG Allin, Buzzcocks, Johnny Thunders ou Pavement. Disons que mes goûts personnels ne fittent pas trop avec ceux du grand public. Mais t'inquiète, je vis très bien avec ça.

En tout cas, sans vouloir créer un malaise, peux-tu me dire comment tu fais, Robert? Parce qu'avec l'histoire de la faillite du Théâtre du Saguenay et ce qui est arrivé avec l'Opéra – Cabaret urbain, me semble que ça ne doit pas être évident de mettre les créanciers en confiance? Si je pense à ça, c'est que ces temps-ci, je fais des démarches pour m'acheter une maison, et je réalise que pour que les banques daignent te prêter quelques sous, tu as intérêt à être irréprochable. Quand on dit qu'ils checkent tout, c'est loin d'être une joke. Là, tu me vois sûrement arriver avec mes gros sabots, mais 340 000 piastres, c'est quand même presque trois fois la maison que je spotte présentement!

Remarque que je ne sais pas trop comment ça fonctionne quand on se fait aider par la Ville, mais faut croire que ce n'est pas comme avec les banques. Il y a aussi le fait qu'un festival et une maison, ce sont deux trucs complètement différents. Faudrait surtout pas mélanger les Apple avec les PC.

Si je veux autant savoir que ça comment tu fais, ce n'est pas parce que j'essaie de trouver des poux dans l'espoir de sortir un gros scoop juteux qui me mettrait sur la mappe. C'est pas mon genre. Je laisse ça à d'autres. En gros, c'est que je fais des calculs, et je me dis que 340 000 piastres, ça pourrait facilement dépanner au moins 20 artistes locaux pour une bonne année. Qu'on se comprenne, avec 17 000$ de revenu en un an, tu ne t'achètes pas un condo, mais c'est déjà pas mal mieux que ce que la plupart de nos artistes professionnels de la région gagnent. Outre le fait que c'est ultimement utopique, reste que là, on pourrait vraiment parler d'une capitale culturelle.

Ne va pas croire que je suis en train de te dire que les 340 000$ d'aide ne devraient pas revenir au FIRM. Je te dis juste que tant qu'à faire, y a sûrement une centaine de mille piastres quelque part dans les coffres de la Ville qui pourraient donner un sacré coup de pouce à nos artistes indépendants. Je ne suis pas économiste, mais me semble qu'au fond, ce serait juste de l'argent qui serait directement réinjecté dans la collectivité. Tu en sais quelque chose, un artiste, ça paie un loyer, ça paie aussi des locaux, ça mange, ça se gaze quand ça a un char, ça s'habille. Bref, tu vois un peu l'affaire.

C'est donc pour ça que je t'écris, Robert. Pas pour chialer, mais pour avoir des trucs et des conseils. Moi, ça va, j'ai ma job, mais chaque semaine, je m'entretiens avec des artistes professionnels de la région et j'aimerais ben ça que dans cinq ans, ils puissent encore me faire triper en entrevue. Je trouverais ça plate de les voir gaspiller leur talent en devenant cireurs de chaussures, ou pire, qu'ils s'exilent vers l'eldorado du show-business pour des raisons strictement financières.

Ça ne t'engagerait à rien, mais ça serait vraiment apprécié de bien du monde. Alors, vas-tu nous donner un de tes trucs? Allez, dis-nous comment tu fais, Robert.

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