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De la main gauche

Gauche-droite, gauche-droite, gauche-droite

Vous voyez le nom qui coiffe chacune de mes chroniques? «De la main gauche». J’ai choisi cette petite phrase afin de désancrer la perception qu’a un vaste pan de la population: un homme d’affaires, ce que je suis avant tout, ne peut avoir un discours progressiste et se soucie avant tout de la liberté individuelle avant le bien commun.

Cette façon de nous qualifier d’un côté ou de l’autre nous enferme, il me semble, de plus en plus dans un dialogue de sourds, un monologue qui alimente l’incompréhension, le durcissement des positions de tout un chacun. Il me semble que ça commence à ressembler à un prélude à des jours moins heureux, que nous semblons avoir oubliés, ceux des bottes bien cirées qui bruissent sur le pavé, un pied après l’autre.

Monologue donc, parce que l’on cantonne les compétences, les objectifs et les moyens de chaque côté du spectre, comme des compétences ou des attributs exclusifs. Comme si la violence et le racisme ne pouvaient émaner que de la droite, comme si l’éducation gratuite pour tous ne pouvait être qu’un rêve de la gauche, qui ne saurait pas compter et ne rêverait que d’État-providence sans prendre en compte les impacts financiers.

On a entendu des propos qui sous-entendent tous la même chose: on va se positionner afin de tirer le meilleur de chacun des côtés, histoire de plaire à un plus large électorat. Combien de fois avons-nous entendu des partis politiques tenter de se définir sur le spectre gauche-droite et nous dire: «Nous avons le cœur à gauche et la tête à droite» ou «Nous sommes pour une gauche efficace»? Bref: «Nous sommes une droite de cœur».

Je ne suis pas un intellectuel – je me le fais d’ailleurs souvent rappeler par ceux qui rigolent de mes réflexions inspirées de Simplet. Ça ne m’empêchera pas de vous dire que je pense que nous sommes arrivés à la fin de notre mécanique politique actuelle.

Une mécanique où l’on change de direction à chaque élection, ou chacun souhaite implanter sa réforme, où les intérêts de segments importants de notre population sont mis en veilleuse périodiquement. Une mécanique qui compresse pour mieux réinvestir quelques mois avant que ça compte. Où les décisions ne sont rationnelles qu’en fonction d’élections prochaines. Où le pouvoir est concentré auprès de quelques personnes proches du grand manitou, influencées par les lobbys les plus efficaces. Et un pouvoir qui n’a souvent comme influence que celle de déterminer vaguement la direction à prendre, avant que la machine n’accapare le reste. Cette réalité est vraie au municipal, au provincial, au fédéral. Elle est vraie ici et ailleurs.

Bref, une mécanique politique bien usée. «On n’a rien inventé de mieux que le capitalisme», dit-on, en rappelant les échecs des systèmes socialistes, englobés dans le fourre-tout démoniaque du communisme. Comme si nous étions tenus au statu quo mécanique parce que l’utopie incarnée par la Russie était morte et enterrée. Ça n’a strictement rien à voir.

Alors, on s’y prend comment? Je ne prétends pas avoir la réponse à cette question, mais je vais me permettre quelques pistes de réflexion. Quelques lacunes nous empêchent d’avoir un système politique plus efficace visant un meilleur dialogue entre les citoyens de toutes classes et de toutes allégeances. On pourrait déjà commencer par permettre une meilleure représentativité des différentes strates de notre population.

D’abord, le mode de scrutin. Élire un gouvernement majoritaire avec moins de 35% des voix qui aura carte blanche pendant un ou plusieurs mandats m’apparaît dépassé. Il existe de nombreuses versions d’un mode de scrutin proportionnel. Pourquoi ne pas établir les objectifs que l’on viserait, les écueils que l’on veut éviter et proposer quelque chose en conséquence?

Ensuite, la gouvernance. Devoir choisir parmi des députés élus qui sera ministre alors que des individus extrêmement compétents pourraient être responsables de ministères gérant des milliards de dollars annuellement, est-ce vraiment ce qui est le mieux pour nous comme société? Ne pourrions-nous pas aussi mettre en place un Conseil des Sages pour chacun des ministères, constitués des ressources les plus compétentes en la matière, et qui pourrait jouer un rôle important sur la détermination des orientations et des moyens pour y arriver?

Puis, l’imputabilité. Quelles sont les variables concrètes sur lesquelles on veut avoir de l’impact dans notre société? Comment les mesure-t-on et quels objectifs transmet-on à ceux qui en ont la responsabilité? Je m’étonne toujours des budgets anémiques attribués à la récolte de statistiques qui nous permettaient de mieux gérer et de calculer les impacts réels des politiques mises en place.

Et puis, bien entendu, la mécanique comme telle. Peut-on imaginer par exemple une meilleure utilisation du temps de nos députés que les heures passées en chambre à se répondre de manière partisane?

La question nécessite des réflexions bien plus exhaustives, j’en conviens. On effleure à peine un sujet si complexe dans une chronique de 900 mots. Mais j’aimerais connaître vos idées pour réinventer notre parlementarisme et le rendre plus collaboratif, plus constructif, plus en lien avec notre siècle. Quelque chose me dit que les avancées technologiques nous y aideront beaucoup.

Nous entrons dans une nouvelle ère qui nécessite une révision en profondeur de notre système démocratique. Pour éviter son implosion, il faut diminuer le cynisme ambiant et augmenter la confiance qu’on lui accorde.

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