Desjardins

L’année de Mario

Tel son homonyme du célébrissime jeu vidéo, Super Mario a finalement atteint le tableau final, la dernière étape de sa croisade vers le pouvoir. Sur son chemin de Damas le menant aux prochaines élections, le chef adéquiste aura ouvert les yeux, mais surtout les bras, devant les forces tentatrices de la droite, changeant si subitement son fusil d'épaule que, avouons-le, on aura eu peine à le suivre.

Aujourd'hui, cependant, on connaît bien la position de Mario qui, à défaut de proposer dans son programme des données tangibles, a entrepris un abrupte virage vers le côté obscur de l'échiquier politique. Celui dont, paraît-il, on ne revient jamais. À moins de s'appeler Guy Bertrand ou Luke Skywalker.

Mario viendra-t-il nous arracher des griffes des infâmes souverainistes du PQ? Nous sauvera-t-il d'une mort certaine par l'ennui sous le règne d'un Jean Charest monochrome? Ou n'aspire-t-il en fait qu'au rôle d'encanteur du bien public?

En surfant sur la vague mondiale du néolibéralisme, le jeune vieux député de Rivière-du-Loup a au moins le mérite d'avoir changé la donne, d'avoir refondu les règles d'un jeu sclérosé. Il n'est pas étranger à la récente volonté du gouvernement d'assainir la fonction publique, pas moins qu'aux variations stylistiques des coiffures de Charest au cours des derniers mois.

Quant à savoir si, comme l'indique notre titre en couverture, Mario représente une menace ou une promesse de rédemption pour le Québec, rien n'est moins sûr. Entre les jeux d'image et les réels enjeux politiques, la campagne électorale – déjà en cours – risque au moins d'être l'une des plus palpitantes depuis des lustres. Mais le devons-nous vraiment à Mario Dumont ou à l'écoeurite aiguë des Québécois qu'il a, par opportunisme, choisi d'incarner?

Bye-bye 2002

Outre la montée fulgurante de l'ADQ, 2002 fut aussi marquée par le spectre d'une éventuelle guerre en Irak, la psychose de possibles attaques bioterroristes, la faillite de .com et les désordres financiers, sans oublier les snipers ou la crise du logement. Histoire de faire le point, quelques personnalités viendront, dans ce numéro, mettre en exergue quelques faits et mouvements de fond qui ont marqué cette dernière année.

Parmi eux, le prolifique auteur de L'Argent du monde, Jean-Jacques Pelletier, met ici en lumière les rouages des véritables causes de la descente aux enfers de l'économie, ponctuée de nombreux scandales, tous plus éclatants les uns que les autres. Un texte passionnant qui, en quelques lignes, fait le tour de la question pour la retourner vers nous-même. Brillant.

Retranchés dans des sous-sols d'églises et autres salles communautaires, de nombreux citoyens ont peiné à trouver un logement en juillet dernier. En 2002, Québec s'est même retrouvée au sommet de la liste des villes canadiennes où il est le plus difficile de se trouver un chez-soi. Comment l'expliquer? Sommité en matière d'urbanisme, le chroniqueur Réjean Lemoine trace quant à lui les grandes lignes historiques du développement de Québec, exposant les raisons d'une crise du logement qui perdure. Une entrevue où Lemoine dresse un portrait clair de la situation et salue les actions entreprises par les groupes de pression.

Le sexe fait tellement vendre qu'il apparaît aujourd'hui comme condition sine qua non de toute bonne campagne de marketing. Le plaisir à tout prix, le cul comme seul objectif; des annonces de shampoing à Je regarde moi non plus, le désir d'une "réussite" sexuelle domine la production culturelle et médiatique. Nelly Arcan, auteure du roman à succès Putain, condamne ici la démesure du phénomène.

Selon l'historien français Emmanuel Todd, l'Empire états-unien serait finalement sur le déclin. Auteur d'un essai sur la décomposition du système américain, Todd expose les faiblesses de nos voisins qui, contrairement à ce qu'on serait tenté de croire, se feraient présentement damer le pion par les autres puissances du monde, leurs projets de guerre faisant écran aux difficultés économiques qu'ils rencontrent. Le point.

Finalement, Charles-Philippe David déterre les racines d'une anxiété croissante devant la montée de l'antiaméricanisme, alors que Richard Martineau délire joyeusement sur l'inextinguible magnétisme de la célébrité, désormais disponible en kit…

Mais c'est sur ces voeux de l'écrivain et mari de la gouverneure générale, John Ralston Saul, que nous terminerons ici la présentation de ce numéro spécial dans lequel vous trouverez aussi, élément non négligeable, les favoris et les victimes accablées de tous nos critiques en musique, théâtre, cinéma et arts visuels.

Au final d'un plaidoyer pour une plus grande participation citoyenne, monsieur Saul lance cet appel qui pourrait servir de base idéaliste – les plus cyniques parleront d'utopie – à la nouvelle année: "L'individu doit exister en double, en étant à la fois celui qui reçoit des services et celui qui est engagé, agressif, qui dit non et qui demande des changements."