<p>Alors comme ça vous courez? Ou sinon, chose certaine, vous vous apprêtez à pédaler ferme, c’est sûr, puisqu’on l’entend et le lit partout: la course folle vers Noël est amorcée.<br />J’ai d’ailleurs pu le constater, pas plus tard que dimanche dernier: un bouchon long comme ça se coagulait sur l’autoroute Laurentienne, un peu après midi. Tout ce beau monde, bumper à bumper, direction le power center. Une course au ralenti décomposée en petits mouvements saccadés, comme la reprise d’une arrivée au 100 mètres. <br />Quitte à prendre la posture (prévisible) du chroniqueur revenu de tout, sauf peut-être du centre d’achats, je vous l’annonce: j’ai officiellement lâché le peloton. Je roule loin derrière, la voiture-balai aura beau m’intimer d’abandonner, je poursuis lentement ma route en regardant défiler le paysage jusqu’à la fin du parcours, pénard. <br />Je précise que je ne juge pas. Je décroche, c’est tout. Je ne mets pas une croix sur Noël non plus, seulement sur le peloton dopé au crédit qui cherche à atteindre la plus haute marche du podium de la débilité collective. <br />Si j’aurai un sapin, des cadeaux, et tout le tremblement? Ne vous inquiétez pas pour ma fille, ma blonde, voire pour moi-même, il y aura un sapin, quelques petits cadeaux, mais pas de tremblement, justement. Pas de stationnement de centre d’achats bondé où l’on réprime l’envie de faire voir des étoiles à son prochain sur l’air de <em>White Christmas</em>, pas de file d’attente au Canadian Tire le samedi après-midi, pas d’enfilade de fêtes de famille aux quatre coins de la planète. <br />En fait, mon Noël, je le veux comme dans un roman de Modiano. Un peu gris, un peu ennuyant-chic, diront ceux qui connaissent l’auteur. Mais ce n’est pas tout à fait cela que je veux dire.<br />Je m’explique.<br />Dimanche, en revenant du ski, je m’effondre sur le divan. Le jour est tombé tandis que nous quittions Lac-Beauport. Sur la ville, le ciel qui absorbe l’éclairage urbain est mauve, sans étoiles. Décor catatonique, figé dans le froid. Ne reste qu’à laisser la journée agoniser doucement. <br /> <br />Je prends un livre sur le dessus de la pile: Patrick Modiano, <em>Du plus loin de l’oubli</em>. Un titre qui se charge d’ironie au bout de quelques paragraphes, alors que je lève les yeux du bouquin et me demande à voix haute: coudon’, je ne l’ai pas déjà lu celui-là?<br />C’est que tous les romans de Modiano se ressemblent un peu. Toujours l’impression qu’il nous rejoue la même partition, juste un poil différent d’une fois à l’autre: des variations sur les mêmes thèmes de la mémoire, de la nostalgie, du temps qui s’écoule avec une lenteur presque exaspérante. <br />Toujours la même musique, donc, un refrain qui revient d’une histoire à l’autre, qui te hante comme un souvenir de mélancolie. On dirait des phrases qui avancent et reculent, puis tanguent un peu, un tango fatigué sur la piste de danse d’un bar, longtemps après le last call.<br />C’est ce que je veux dire quand je parle d’un Noël Modiano. C’est cette musique-là que je veux pour les Fêtes. Le prévisible de Modiano. Le temps qui se dilate, s’arrête et l’ennui qui vient avec. <br />Je veux des jours Modiano. Indistincts. Le lundi qui ressemble au mercredi qui ressemble au samedi. Je veux des souvenirs mêlés, des impressions, cette petite musique, disais-je, qui joue pareil comme il y a 15 ans, pareil comme l’an prochain. Une répétition, un air connu. Play it again, Sam. <br />Au moment d’écrire ceci, j’en suis à la page 92 du bouquin, toujours aucune idée si je l’ai déjà lu ou non. Pas grave, je continue. Pour la musique, l’air connu.<br />Pour ce sentiment de décalage d’avec le monde qu’il me procure. Play it again, Sam. <br />Et c’est ainsi que je vous souhaite Noël cette année. Comme une portion d’éternité, un léger flottement de la vie qui vous ferait oublier la mort. <br /> <br />LA NOSTALGIE – Je n’en reviens juste pas. Jamais vu autant d’atrocités décoratives dans un même périmètre que dans mon nouveau quartier.<br />Alors comment expliquer que cela m’amuse, et me réjouisse, même?<br />Vous vous en doutez, j’ai une théorie sur la question. C’est en rapport avec le temps, mais n’ayez crainte, rien à voir avec les élucubrations mathématiques de Paul Piché. <br />Le temps, parce que dans mon quartier, les résidents ne semblent pas avoir renouvelé leurs décorations depuis au moins 20 ans. Et c’est justement ce qui me plaît de ces machins, souvent agglomérés façon baroque hydroélectrique. Ce qui m’amuse chez ces anges en plastoc qui soufflent dans des trompettes dont la peinture s’écaille, ces pères Noël décatis et les bougies dont les rouges ont fondu au rose, c’est le souvenir. Le rappel de la jeunesse, une idée de l’enfance un peu fripée, mais agréable, confortable. <br />C’est pareil pour la musique des années 80 sur laquelle les gens de ma génération buzzent depuis trois ou quatre ans. Même les plus atroces mièvreries noyées de nappes de synthés deviennent soudain sources de plaisirs à peine coupables. Wham, Culture Club, Hall & Oates, Ah-Ha, Europe. Toutes ces merdes réhabilitées pour faire le party. Amusantes parce qu’elles nous sont familières. <br />Ma théorie? Elle n’est pas nouvelle, ne révolutionne rien, mais d’y penser évite de se ridiculiser publiquement comme l’a fait Piché. <br />Suffit de se rappeler, c’est tout simple, que le mauvais goût est soluble dans la nostalgie. <br /></p>
Une découverte.
Un coup de coeur.
Un cadeau pour vous, monsieur Desjardins, pour vous récompenser d’avoir aligner la plus belle série ininterrompue de superbes chroniques en 2007.
Alors, roulement de tambour, je vous offre un hyperlien musical :
http://www.postedecoute.ca/catalogue/album/stephane-maleteau-quebecois-mondial-celebraxion-reflexion
Et j’espère que, vous aussi, tout comme moi, vous faites partie du pari des partys !
lol
Et chantons tous :
« Viva los Tabarnacos !
Viva los Tabarnacos !
Comment avoir un hymen à l’amour ?
Si on a pas le sens de l’humour ? »
Félicitation pour votre prix !
Et une bonne main d’applaudissement !
Vous avez trop raison ;-)
Moi aussi dans le moment je ris, je regarde les gens s’arracher les cheveux du crane, se tamponner en voiture, se crier après dans les centres d’achats, et tout ça pour la joie de Noël!!
HA, ha, ha! Quand vous aurez évolué un peu, vous ferez comme moi, magasinez en ligne et recevez TOUT vos cadeaux a domicile. Laissez Poste Canada, Purolator, FedEx et UPS se casser la gueule pour vous. Ils sont payés pour le faire!
Moi, tous mes cadeaux sont déjà achetés et ils commencent a arriver.
Je vie la joie de Noël en emballant des cadeaux, pas en « rushant » dans les centres d’achat comme une poule pas de tête (analogie qui colle a certains d’ailleurs!).
Lâchez votre paranoïa de Québécois consanguins et ÉVOLUEZ! Servez-vous de ce qui existe, l’internet c’est pas juste pour les « anglas » pis les « immigrés ».
Le rite migratoire de Noël
Dans la cohue générale, je m’arrête un instant, histoire de reprendre mon souffle. Mes vêtements sont trop lourds, j’ai chaud. La sueur ruisselle sur mon front comme sur celui de l’athlète qui vient de courrir cent marathons. Autour de moi, les gens se bousculent, se heurtent sans s’excuser. Se faufilent malhabilement à travers la marée humaine qui déferle comme à chaque année à pareille date, dans tous les temples du pays.
La frénésie s’est emparée du monde. Une idée fixe s’est installée à demeure dans la tête de tous mes congénères. Comme un rituel incontournable, semblable aux grandes migrations animales qui rassemblent périodiquement tous les individus d’une même espèce. Et qui les mènent irrémédiablement, dans un grand pélerinage collectif, au lieu sacré ou s’accomplira leur destin.
Comme ces saumons, rouges de désir, qui ont si longuement attendus ce moment précis ou ils partiront pour la grande aventure. L’ultime aventure qui les ramènera à travers tous les périls, là ou ils sont déjà venus, et là ou ils reviendront! À la source même de la vie, là ou ils pourront, à leur tour, perpétuer ce cycle mystérieux qui donne un sens à leur existence.
Comme eux, je me suis engagé dans cette course folle. Sans y penser, sans en questionner l’origine ou la finalité. Sans en envisager les conséquences. Le rituel est plus fort que ma raison. J’ai beau savoir que cette quête est vaine et dangereuse. J’ai beau comprendre que des gens en souffriront! Que la planète devra en payer un lourd tribut, tout cela n’a plus de sens devant cet appel si profondément inscrit dans mes gênes.
Le temps des fêtes est arrivé. Mon horloge biologique me le confirme. Alors, je joins la harde. Comme un zombie, mes pas me mènent au lieu mythique. Pas une tempête, pas une maladie, ni même un embouteillage ne m’empêcheront d’accomplir mon destin. La ruée m’entraîne dans son tumulte.
Lentement, je reprends mes sens. J’émerge dans la ruche, au beau milieu de l’allée. Des gens me pressent, me contournent, me pilent sur les pieds. Faut maintenant que j’y ailles! J’ai toujours pas trouvé tous ces fameux bidules qui rendront les miens heureux de ce bonheur qu’on déballe en se disant qu’on s’aime.
Et en se souhaitant Joyeux Noël!
Le romancier E.L. Doctorow écrit que face à cet univers en expansion qui se contient et se dépasse en même temps » (…) se trouve une vérité d’une horreur si monumentale- ce contexte qui est en dernière analyse celui de nos efforts, cette conclusion, si hideuse à considérer, de nos intelligences historiques- que même en se tournant vers Dieu on ne peut atténuer la misère d’une infinité si profonde, si désastreuse, si désespérée. »
Dans ma famille, je suis le gardien des rituels. Je décore la maison de deux chandeliers et des lumières qui scintillent sur le perron. Je place le sapin artificiel dan le salon et la crèche de mon père sous l’arbre. Les accessoires ont plus de trente ans de vie et je ne les changerais pas pour tout l’or du monde. Je maintiens cette tradition sous le regard amusé des autres. Tout cela est kétaine; je le sais, c’est moi qui passe cinq heures à poser ces dérisoires décorations.
Je pose les bas de Noël sur la cheminée et les emplis. Je suis un nostalgique et je m’assume. Si je ne le fais pas, personne ne le fera. Je connais mon rôle et les autre s’attendent à ce que je le joue.
Pourquoi me prêter à un tel exercice ? Un peu, beaucoup en réponse à nos vies lancées dans cet univers sans sens. Quinze milliards d’années vs notre vie, tout ne peut être que dérisoire.
Je crée un espace-temps particulier, je définis les contours. Le geste est plus important que le contenu. Je dis tout bas que ma tribu familiale existe, qu’elle est faite de rituels et de nouveautés. L’immensité de l’univers nous jette un grand froid dans le dos, je réchauffe un peu les mains.