Entre guillemets

Girouette inc.

Ça me fait sourire: la Ville de Shawinigan a décidé de charcuter de moitié la subvention du Rendez-vous des arts de la rue. Du 200 000 $ initial promis pour 2008, il ne restera que 100 000 $. Cette décision met en péril l'événement; la directrice générale, Léna Sauvageau, et André Buisson, président du conseil d'administration, se sont donné jusqu'à aujourd'hui, jeudi, avant d'accepter ou non de piloter le projet avec moins de sous, donc de façon plus artisanale.

Vous me direz qu'il n'y a rien de drôle là-dedans. Effectivement, je vous l'accorde, même si je trouve que ce n'est pas une mauvaise décision en soi de réduire leur subvention – année de transition ou pas, la première édition s'est, oui, terminée avec un surplus budgétaire de 300 $, mais son contenu, à part le splendide feu d'artifice, n'avait rien de très étincelant; cela me laissant un peu perplexe pour l'avenir. En fait, ce qui provoque chez moi un léger rictus, c'est surtout le double discours tenu par la mairesse Lise Landry.

 

Bienvenue en politique!

Récemment, lors de la soirée Arts Excellence (je vous en avais d'ailleurs glissé un mot dans une chronique), madame Landry avait déclaré, dans un élan patriotique qui m'avait fort touchée, qu'à une certaine époque plus noire économiquement, les Villes ne se gênaient pas pour diminuer l'aide accordée au secteur culturel. Selon elle, il ne fallait jamais couper dans la culture puisque c'est l'âme d'une ville. À ce moment-là, il n'était nullement question de la fermeture de l'usine Belgo et de tous les rebondissements budgétaires qui en découleraient ni de la perte, au profit de Gatineau, des Jeux du Québec de 2010. Tous les luxes et les discours parfumés à l'eau de rose étaient alors permis.

Douce ironie du sort, c'est seulement quatre semaines après que la mairesse ait défendu avec éloquence le rôle de la culture dans la société que le conseil municipal a décidé de dégonfler la subvention de la deuxième édition du Rendez-vous des arts de la rue. La raison: Shawinigan est en crise (ce qui est tout à fait vrai) et on a appris que les organisateurs (Yves Dolbec et compagnie) du Festival de théâtre de rue ont signé une entente avec l'arrondissement Lachine à Montréal, à raison d'une aide de 120 000 $ par année. Si eux peuvent le faire… N'empêche que ce changement de vision me déçoit beaucoup. Un jour, la culture est l'âme d'une cité, l'autre, une épine dans le pied. Non, ça ne colle pas. J'espère juste que la boucherie ne se fera pas juste du côté des arts et spectacles. Car une fois que la Belgo aura mis la clef dans la porte, ses citoyens auront besoin de ventiler et de rêver pour réussir à passer à travers l'impasse. Et c'est là que la culture, ce catalyseur d'idées, entre en ligne de compte. Si elle n'est pas au rendez-vous, que se produira-t-il? Sans doute le pire: rien!

 

Ailleurs…

Si on se demande parfois quelle place occupe la culture à Shawinigan, on peut dire qu'elle ne se fait pas discrète à Trois-Rivières. Et certains de ses promoteurs sont pour le moins remarquables. Là, je pense au Théâtre des gens de la place et à sa nouvelle production à l'humour noir charbon mise en scène par Marc-André Dowd, Le Père Noël est une ordure. L'histoire tourne autour d'une permanence téléphonique SOS Détresse-Amitié où débarquent le soir de Noël des personnages marginaux et tordus. Si jamais vous avez envie de vous libérer du stress d'avant les Fêtes, cette pièce est un excellent remède. Les représentations se poursuivent jusqu'au 15 décembre à la Maison de la culture. À voir absolument.