Errances

De l’importance du CALQ

Le jeudi 16 janvier marquait le 500e jour au pouvoir du Parti québecois. Le Mouvement pour les arts et lettres n’a pas manqué de le rappeler à Pauline Marois et ses acolytes par l’envoi d’un communiqué rappelant que le gouvernement péquiste avait promis d’injecter 13 millions de dollars de plus au budget du Conseil des arts et lettres du Québec, facilitant ainsi le financement de nombreux projets et artistes, partout dans la province.

On lit ceci et on trouve ça très beau et un peu décourageant, en bout de ligne: «Par son soutien, le CALQ a un impact structurant sur la création, l’innovation et le dynamisme du secteur des arts et des lettres québécois. La bourse et la subvention moyennes aux artistes et aux organismes sont inférieures à ce qu’elles étaient il y a dix ans», nous affirme le Mouvement pour les arts et lettres. Mais qu’en est-il, réellement?

Autrement dit, pourquoi le CALQ? Allez expliquer dans un souper de famille, entre deux bouchées de dinde ou entre le café Baileys et la tarte aux pommes, que votre déplacement de recherche en Colombie ou votre premier roman sera financé par le Conseil des arts et lettres du Québec, donc par ceux qui vous écoutent attentivement. Allez expliquer qu’une bonne partie des livres qu’ils se sont procurés à leur librairie ou – gang d’impies – au Costco a été produite grâce à un petit coup de main fourni par le CALQ. De quoi se faire dire que c’est donc beau la vie d’artiste.

Laissez-moi vous expliquer un brin en quoi le CALQ est nécessaire; parce que c’est bien le cas: il s’agit d’une nécessité pour le milieu culturel. Oh, bien sûr, vous surviveriez si le CALQ n’existait pas. Mais dans quel monde? Dans quel bassin culturel? Je crois qu’il y a dans cette remise en question un élément qui m’enrage; la même colère qui me prend lorsqu’on remet en cause le potentiel de la culture, l’utilité de celle-ci et de ses artisans.

Penchons-nous sur ce que le CALQ apporte aux auteurs et au milieu littéraire.

Entre le 1er avril et le 31 août 2012, le CALQ a accordé 439 286$ de bourses en littérature.

En développement (déplacement, recherche et création, spectacles littéraires, studios et ateliers-résidences), on recensait un total de 197 336$, montant qui a servi à financer les travaux d’auteurs et écrivains tels que Nicole Brossard, Hélène Dorion, Lise Gauvin, Louis Lemelin, Robert Lalonde, Catherine Mavrikakis, Anthony Phelps, Camille Bouchard, Hélène Monette, Fred Pellerin, pour ne nommer que les plus connus du lot.

Dans la catégorie mi-carrière (déplacement, recherche et création), ce sont 240 400$ qui ont été accordés. On parle ici de Samuel Archibald, Josephine Bacon, Perrine Leblanc, Kim Thuy, Véronique Cyr, Grégory Lemay, etc. Tous des auteurs dont nous nous sommes entichés ou avons encensés au cours des dernières années. Enfin, la catégorie relève a permis à Naomi Fontaine de recevoir une bourse spéciale de 1550$. Voilà qui complète les montants du printemps et de l’été 2012.

On continue parce que l’heure est à sonner l’alarme devant l’immobilisme des dirigeants. Entre le 1er septembre 2012 et le 31 mars 2013, le CALQ a accordé des bourses de 713 571$ en littérature.

Je pourrais vous énumérer à nouveau les auteurs qui ont su en bénéficier, mais le constat demeure le même, énumération d’auteurs ou pas: ces petits montants, distribués à des dizaines de créateurs, couvrent à peine, voire pas du tout, les travaux qu’ils entameront, pour lesquels ils devront prendre une pause dans leur emploi du temps – parce que oui, des auteurs et des écrivains, ça travaille et ça ne fait pas qu’écrire.

Le Mouvement pour les arts et lettres nous rappelle les promesses du Parti québécois: «le 23 août 2012, alors que la campagne électorale battait son plein, le PQ énonçait l’engagement suivant dans un communiqué de presse: «Un gouvernement du Parti Québécois s’investira dans le rayonnement de la culture et le soutien aux artistes. Le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) sera augmenté de 13 millions de dollars pour atteindre 100 millions par année. Cette augmentation servira entre autres à soutenir le CALQ dans la mise en place d’une stratégie numérique, le défi majeur de l’industrie culturelle aujourd’hui.»

Pourtant, malgré l’augmentation du coût de la vie, la valeur des bourses du CALQ n’a pas bougé depuis 10 ans et «le taux de réponse favorable a chuté de 39% à 28%. Dans le même temps, soit entre 2001-2002 et 2012-2013, la subvention moyenne aux organismes artistiques a diminué de 8%», nous confirme le Mouvement pour les arts et lettres.

Il est toujours douloureux de discuter chiffres lorsqu’on aborde l’art et la culture, comme si ces deux mondes vivaient une incompatibilité immuable. Le fait demeure que ces chiffres et ces montants sont nécessaires à la création et au foisonnement du milieu culturel québécois, qu’on le veuille ou non, et qu’ils causent des maux de tête aux créateurs, tout en freinant le déploiement créatif local et international.