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Grandes gueules

La pédophilie est-elle soluble dans la démocratie?

Romancier, Les Racines du mal (Série Noire)

En réponse à la polémique engendrée par l’appel de Voir de créer un réseau de hackers anti-pédophiles.

Il y a de cela quelques années, en pleine guerre de l’ex-Yougoslavie, alors que j’habitais à Paris, j’avais lancé l’idée de la constitution d’un réseau de guerre cybernétique contre tout ce que l’humanité véhicule de crasse, de stupidité et d’ignorance.

Dans ce qui allait être mon premier roman, j’avais imaginé un tel CyberFront, dont les attaques auraient visé en premier lieu les sites totalitaires du monde entier, quelles que soient leur couleur et leurs supposées idéologies. Sans les nommer, j’avais pointé sur la carte quelques objectifs probables: République de Yougoslavie, Chine populaire, la liste n’est pas exhaustive.

Dans ce même roman, le personnage principal finissait par se demander si une telle organisation de hackers n’allait pas devoir se mobiliser prochainement contre les criminels de guerre civils. J’entendais par là non pas ceux qui officient à l’occasion des guerres civiles, mais ceux qui ouvrent désormais tranquillement à l’abri des douces, confortables et pacifiques démocraties. Tueurs en série, sectes psychopathes, clubs de pédophiles, tout ce flot de merde humaine qui profite à plein de la terrible et insoluble problématique qu’affrontent dès leurs origines les grandes démocraties modernes: le fait que non seulement la liberté n’est pas profitable à tous mais qu’elle s’avère même nuisible à la plupart.

Quelle surprise de voir mes prédictions se réaliser, ici, à Montréal, là où la vie et mes fictions m’ont fatalement entraîné!

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J’ai quitté la France parce que je ne supportais plus de vivre dans une république bananière où aucune banane ne peut pousser. Les démissions répétées du pays devant l’abjection, rouge ou brune, laissaient et laissent toujours présager le pire pour le siècle prochain.

Je réside au Canada depuis environ un an; je croyais me retrouver dans une démocratie lucide, où les flics n’ont pas le droit de vous arrêter, ni même de vous demander vos papiers dans la rue, si vous n’avez pas commis de délit.
Je croyais, en contrepartie, que ce régime de liberté était compensé par le principe que, selon moi, toute Justice se doit de respecter, et que les Romains ont synthétisé en une simple et puissante formule: Dura lex, sed lex (La loi est dure, mais c’est la loi).
Revenons une seconde sur la décision de la Cour suprême de Colombie-Britannique et sur la polémique qu’elle a engendrée: tout vient précisément de la phénoménale erreur (ou mystification) idéaliste qui consiste à croire (ou à faire croire) que l’imagination n’est pas réelle, comme si nos cerveaux, et leurs productions, n’appartenaient pas à ce monde mais à une pure transcendance, parfaitement évanescente.

Le problème réside dans cette évaluation idéaliste de l’ouvre d’art: reflet passif du monde dans une sphère esthétique supérieure. Or, précisément l’art, c’est ce qui crée des morales et des paradigmes nouveaux pour et dans ce monde-ci. Affirmer que c’est une atteinte à la liberté artistique que de prohiber la circulation et la propriété de photos-romans interactifs où des enfants de six ans se font défoncer l’anus par des braquemarts de footballeur est une simple et pure escroquerie.

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Si désormais l’Amérique du Nord se met à faire siens les pires travers des Zéropéens, comme ce répugnant «idéalisme» chrétien, ou social-démocrate, qui, là-bas, nous empêche aujourd’hui de pendre Milosevic et les anciens dictateurs communistes d’Europe de l’Est (comme nos parents l’avaient fait à Nuremberg avec les porcs nazis); et qui, ici, vous fait désormais considérer la pédophilie et la pornographie infantile comme ces «différences» auxquelles chaque «individu» a «droit», alors permettez-moi juste d’émettre cet avertissement: ça va être la guerre.

Dans un système aussi outrageusement darwinien que le vôtre, il était inévitable que des initiatives comme celle de votre périodique surgissent. Elles sont selon moi les signes avant-coureurs d’une reprise en main de la morale par les citoyens eux-mêmes, qui, on le voit aujourd’hui aux USA, refusent à la fois le délire sectaire des chrétiens fondamentalistes, et le délire non moins sectaire des bourre-le-mou post-soixante-uitards.