Grandes gueules

Cannabis: un mythe qui a la vie dure

"La théorie selon laquelle le cannabis conduit à l’héroïne parce que la majorité des héroïnomanes ont fait usage de cannabis doit être écartée car elle s’appuie sur un faux raisonnement: l’immense majorité des héroïnomanes ont peut-être fait usage de cannabis, mais l’immense majorité des usagers de cannabis ne prennent pas d’héroïne."

– Rapport de la Commission d’enquête sur l’usage des drogues à des fins non médicales (Rapport Le Dain).

Une des affirmations favorites des prohibitionnistes actuellement répandue par les corps policiers (et par certains médias) est la prétention que le cannabis serait devenu une drogue dure à cause de l’augmentation du taux de THC.

Quel est l’intérêt d’insister sur cette augmentation du pourcentage de THC? Simple: faire croire à la population que le cannabis fumé aujourd’hui est plus dangereux que celui fumé dans les années 70. Or, c’est de la foutaise!

Qu’est-ce qu’une drogue dure? Une drogue dure est celle dont la surdose peut facilement être mortelle. Or, on n’a jamais constaté d’intoxication mortelle par le cannabis chez l’homme. Si l’on fume, la dose nécessaire pour s’enivrer est d’environ 10 mg de THC. Il faut environ 40 000 fois cette dose pour tuer une souris!

Le THC n’est pas toxique; des malades au système immunitaire affaibli en tirent plus de bénéfices que d’inconvénients. Sous sa forme naturelle, le cannabis ne sera jamais une drogue dure. Il faudrait en fumer ou en ingérer des kilos pour en mourir.

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On peut mourir d’overdose de presque tous les médicaments trouvés dans la pharmacie familiale. Dans les années 70, les effets secondaires des anti-inflammatoires (contre l’arthrite, l’arthrose et les rhumatismes) causaient la mort de 16 000 patients par année aux USA.

Si le cannabis québécois est plus fort en THC aujourd’hui, ce n’est pas grâce à de l’équipement hautement sophistiqué, comme le prétend la police, mais plutôt grâce aux variétés cultivées.

Ce sont aujourd’hui en majorité des hybrides de cannabis originaires d’Afghanistan, du Pakistan et des plateaux himalayens du Nord de l’Inde et du Népal. Ces variétés sont mieux adaptées à nos climats et à l’éclairage artificiel que les plants originaires des tropiques cultivées dans les années 70. Ce ne sont donc pas la haute technologie et la sophistication des installations coûteuses accessibles seulement au crime organisé qui permettent la production d’une marijuana de qualité supérieure: c’est la bonne vieille technique ancestrale de sélection naturelle et d’hybridation pratiquées par les jardiniers depuis la sédentarisation de l’homme!

Encore une fois, la police fait preuve de son ignorance au sujet du cannabis…

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Le cannabis cultivé aujourd’hui au Québec est plus fort en THC que celui des années 60 et 70, c’est un fait. Ce que la police oublie de mentionner, c’est que presque personne ne fumait le Québec Green, parce qu’il était trop faible, faisait tousser et qu’il fallait en fumer une quantité industrielle pour obtenir l’effet recherché…

Les consommateurs fumaient de la marijuana mexicaine, le fameux Acapulco Gold (de 5 à 10 % de THC); ou, lorsqu’ils en trouvaient, de la sensimilla colombienne (à 12 ou 15 %, l’équivalent du Québec Gold actuel). Mais les cannabinophiles des années 70 fumaient surtout du hachisch marocain ou libanais (à 15 ou 25 %), ou du népalais, du kashmir ou de l’afghan (jusqu’à 40 % de THC).

Le cannabis d’aujourd’hui est plus fort qu’avant en THC. Mais c’est plutôt une bonne nouvelle. Dans les années 60, les consommateurs fumaient du hachisch plus fort que le cannabis québécois. Ils ont délaissé le hachisch importé pour un produit local quatre ou cinq fois moins fort en THC, tout en évitant une fuite de capitaux vers l’étranger.

C’est une forme d’autonomie en agriculture dont le gouvernement devrait tirer parti, plutôt que de continuer à gaspiller les fonds publics dans une guerre socialement et économiquement contre-productive!

Selon le National Post de mai 2000, 92 % des Canadiens appuient la légalisation du cannabis à des fins médicales, et 64 % appuient la légalisation totale à des fins récréatives.

Il faut légaliser le cannabis! C’est urgent.