Impertinences

Go, Équipe Québec!

À l’occasion du 400e anniversaire de la ville, c’est Québec qui recevra en 2008 le Championnat du monde de hockey sur glace. Quelle belle occasion, pour une fois, que le Québec y soit représenté par son équipe à lui. C’est l’idée que tente de pousser le comité "Équipe Québec", dont fait partie le virevoltant Me Guy Bertrand.

L’idée a fait l’objet d’un débat à l’émission Au-dessus de la mêlée, le lundi 16 octobre à la télé de Radio-Canada. En guise de mise au jeu, il y a eu les résultats d’un sondage sur l’idée. Un vrai, de Léger Marketing, avec échantillonnage et tout. Tenez-vous bien, 72 % des Québécois souhaitent la création d’Équipe Québec! C’est donc clairement la cause la plus populaire que Me Bertrand ait défendue depuis longtemps.

Vérification faite auprès de la Fédération internationale de hockey, les statuts de l’organisme ne permettent la participation que des États indépendants. Même fin de non-recevoir à Hockey Canada. Pourtant, on n’est pas aux Olympiques. Le Royaume-Uni envoie quatre équipes à la Coupe du monde de soccer: Angleterre, pays de Galles, Écosse et Irlande du Nord. Et l’État américain de Porto Rico participe de façon indépendante aux compétitions sportives internationales. Il y a aussi des exemples au rugby. Autrement dit, si on voulait vraiment, on pourrait.

Denis Coderre, qui a tout de même eu le guts de participer au débat, est contre l’idée d’une Équipe Québec alors que tous les autres (dont Pierre Falardeau, fallait voir ça!) étaient pour. Selon Coderre, les partisans de cette idée font de la politique avec le sport, ce qui faisait bien rigoler Falardeau. Comme si les Olympiques n’étaient pas politiques. Comme si cette orgie de drapeaux à chaque deux ans, qui voit toujours quelques Québécois couronnés écouter, émus, le Ô Canada! décorés de feuilles d’érable, n’était pas de la propagande et du nation-building.

Le député Coderre dit qu’il ne faut pas "diluer le produit", que les Québécois ont leur place au sein de l’équipe canadienne. Or, tous ceux qui suivent le moindrement ce sport savent à quel point c’est faux. Et si c’était de chances de gagner des médailles qu’il s’agissait, pourquoi ne pas se joindre à l’équipe américaine? Parce que le Canada existe déjà. C’est donc uniquement l’argument de l’inertie.

Mais avec 72 % de gens qui appuient le projet d’une équipe québécoise, il n’y a aucune raison que l’inertie l’empêche. Qu’est-ce qui l’empêche donc? La peur.

Les fédéralistes, c’est-à-dire la majorité des Canadiens du ROC et les quelques rares vrais fédéralistes québécois à faire partie du 22 % qui s’oppose à l’idée (même 48 % des anglophones sont en faveur, plus que les 46 % qui s’y opposent!), ont peur de ce que ça pourrait provoquer.

On a peur que l’événement déclenche trop de passions, que l’appui du Québec à sa vraie équipe soit trop fort pour que le Canada ne le remarque pas. Déjà, juste les réponses au sondage devraient faire réfléchir… Et puis, avec un Ribeiro, un Luongo, un Mellanby, c’est tout le Québec qui serait derrière cette équipe, pas juste les francophones… Ça aussi, ça doit faire peur…

Imaginez maintenant que, portés par la ferveur du public, inspirés par la nouveauté de travailler en français, avec une bonne attaque inventive, des défenseurs corrects qui se dépasseraient et un Roberto Luongo qui arrêterait tout… Imaginez que nos boys d’Équipe Québec gagnent?

Vous le voyez, le party?

Maintenant, imaginez l’autre scénario. Québec célèbre son 400e anniversaire. La France et toute l’Amérique sont conviées à la fête. Le monde du hockey s’y retrouve pour le Championnat du monde du seul sport qui passionne les Québécois. Et nous irions y appuyer Équipe Canada, avec trois, quatre joueurs québécois. Maintenant, imaginez-les gagner. Feuille d’érable et Ô Canada all over again… Prout…

Si le Québec peut avoir une place à l’UNESCO, pourquoi pas dans un championnat de hockey? Et cette idée n’est pas nécessairement indépendantiste. Vous imaginez, si Harper permettait que le Québec ait son équipe? C’est lui qui en récolterait toute la gratitude. Et en poussant le dossier, Charest aurait donné aux Québécois une des plus belles occasions de célébrer en tant que Québécois de leur histoire. Et si l’événement crée un précédent et que la formule revient à tous les championnats du monde, il est possible que ça suffise à bien des Québécois, comme indépendance.

Bien sûr, je ne crois pas. J’espère et je crois que l’existence d’une Équipe Québec pourra servir à réveiller les Québécois quant à ce qu’ils peuvent faire ensemble, à créer une confiance, un esprit d’équipe. Mais ce qui est clair, c’est qu’on en a assez de ne jamais pouvoir célébrer une victoire en tant que Québécois. Que notre fierté soit étouffée. Que chaque fois qu’on fait quelque chose de bon, quelqu’un vienne coller un drapeau du Canada dessus. Ça peut se faire dans le Canada ou ça peut se faire en dehors. Mais 72 % des Québécois le veulent. Et ça, il me semble que c’est une réponse claire à une question claire…