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Impertinences

Charlebois retrouvé

Robert Charlebois est sans doute l’artiste le plus symbolique de l’évolution du Québec des dernières décennies. (En passant, je n’ai pas du tout envie de parler de cette controverse sur ce que Charlebois aurait dit au sujet de la relève musicale au Québec. J’ai l’impression, comme Monique Giroux l’a dit en recevant le chanteur cette semaine, que c’est une balloune prise hors contexte et j’en ai un peu assez de cette mode du déchirage de chemise par médias interposés.)

Charlebois a été le premier chez nous à ploguer sa guitare sur l’Amérique, réveillant chez le public québécois une âme rock’n’roll qui ne s’est jamais démentie par la suite. Il a ensuite été l’un des plus brillants surfers de la vague nationaliste. Puis, il s’est perdu dans la mièvrerie pop des années 80, s’est laissé tenter par la franchouillardise du gros marché de nos cousins, est devenu complètement cynique sur la question nationale, s’est lancé en affaires en faisant mousser les ventes de bières à forte teneur en images patrimoniales pour ensuite vendre la business à un Ontarien et revenir à ses premières amours.

En chemin, le Garou original aura donc déçu beaucoup de monde politiquement, musicalement et même… industriellement! Mais le pire, c’est qu’on ne pouvait même pas lui en vouloir parce qu’il nous avait prévenus. Il nous l’avait dit qu’il n’était rien qu’un gars ben ordinaire, et de si belle façon…

Mais le revoilà, reconnecté sur sa bonne vieille drive avec en plus le sain recul face à tous ces détours. Ce qui me réjouit le plus, c’est d’entendre avec quelle candeur il avoue qu’il a dérapé pendant plusieurs années, qu’il a fait du mauvais stock, et de voir qu’il en rit aujourd’hui. Et avec quelle ouverture d’esprit il a travaillé avec la gang de La Tribu, en toute franchise, pour se remettre sur la mappe. On dirait que Charlebois ayant épuisé d’avance toutes les déceptions qu’il pouvait nous faire ressentir, il ne lui reste plus qu’à nous surprendre agréablement. Cette réconciliation est plus que bienvenue.

C’est bizarre mais ça m’a fait penser à Dédé Fortin. Dédé le perfectionniste torturé, qui prenait toutes les causes à coeur sans jamais lâcher. Admirable, certes, mais lourd à porter, on dirait. Et je me demande: si Dédé avait eu le courage de nous décevoir, de traverser un passage à vide, de faire, avec ou sans son groupe, du mauvais stock, d’aller faire minette aux Français, de ne plus être le symbole qu’il a été d’un bout à l’autre, peut-être serait-il encore ici aujourd’hui.

On devrait se dire ça chaque fois qu’un artiste qui nous a déjà fait triper nous déçoit. Attention, ne pas le "flusher" tout de suite, c’est peut-être juste une mauvaise passe…

SALUT, MARTINEAU

Ah, Richard Martineau. Celui que l’on aime détester. Dans mon entourage, peu de personnages médiatiques déclenchent autant les passions. Depuis mon arrivée au Voir, certains lecteurs m’ont même encouragé à jouer des coudes pour prendre sa place. Quelle n’était pas leur surprise quand je leur apprenais que c’était justement lui qui m’avait suggéré comme collaborateur au Voir

Cela dit, j’avoue que, moi aussi, il m’a souvent fait bondir. Je trouve qu’il simplifie, qu’il caricature, qu’il joue à faire pomper le monde, et que, pour ce faire, il a souvent fait preuve de mauvaise foi. Mais je trouve surtout qu’il a du guts et que c’est rare. Je trouve aussi que c’est un homme curieux de tout, très ludique, et qu’il est un des rares à cultiver le sens du débat quasi sportif qui manque si cruellement ici, y compris dans les émissions de télé censées s’en faire une spécialité. Martineau s’est souvent décrit comme un esprit indépendant, en voulant pour preuve qu’il frappait à gauche comme à droite. Je pense que c’est avant tout une preuve d’agressivité. Mais ce n’est pas plus mal…

Bonne chance au Journal de Montréal. J’aurai désormais une raison de plus pour le lire sans l’acheter…

PRÉCISION SUR L’ENTREVUE DE DOMINIQUE POIRIER AVEC JUSTIN TRUDEAU

La semaine dernière, je déplorais le côté exagéré des emphatiques remerciements de Dominique Poirier à la fin de son entrevue avec Justin Trudeau. J’ai appris que ça tenait en grande partie à un effet de montage. L’entrevue originale était beaucoup plus longue et, dans la première partie, le jeune Trudeau y parlait des problèmes de maniaco-dépression de sa mère. Mais dans la version que j’ai vue, abrégée pour ne garder que l’aspect politique de la discussion, les remerciements sont restés. Hors contexte, ça en beurrait épais pour pas grand-chose, alors que c’était le ton approprié pour quelqu’un qui vient de parler d’un sujet intime et délicat. Ça ne change rien à ce que je pense de Justin Trudeau et de l’attitude des médias à son endroit, mais quand un élément de preuve s’avère ne pas en être un, il faut le retirer du dossier. Voilà qui est fait.

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