L’écho des Cantons

La légendaire naïveté elfique

-Pardon. Où sont les bureaux de Voir?

-C’est au bout du couloir.

-Merci.

C’était l’Halloween. Je n’ai donc pas trop réagi lorsque deux elfes m’ont poliment abordé dans un corridor alors que je partais en quête d’un allongé salvateur. Une fois de retour, gobelet à la main, mes collègues m’ont avisé (sourire en coin) qu’un couple de gothiques-elfiques-je-ne-sais-trop-quoi m’avait laissé sa documentation. «Je crois qu’ils font de la musique médiévale. Une affaire de Donjons et dragons, avec des épées pis tout le kit.» Les Elfes de la vapeur, c’est leur nom, leur concept (www.leselfesdelavapeur.com).

Ma dépendance au café m’avait permis d’éviter la confrontation. Alléluia. Merci le vice.

J’ai jeté un œil (sourire en coin) sur le dossier du duo, mais je l’ai rapidement écarté. Si vous êtes un lecteur de Voir, vous savez sans doute qu’une implicite vision éditoriale guide nos choix de sujets. Tout comme la psycho-pop et le scrapbooking, les elfes n’en font pas partie.

Notez: si vous m’accusez de discrimination fantastique, je répliquerai avec mon dé à 20 faces.

La vie en Estrie, quotidienne régionale de TVA, ne semble pas avoir la même visée éditoriale. Après que le couple eut été reçu en entrevue à l’émission, le clip s’est retrouvé sur Internet (via YouTube) pour ensuite devenir viral grâce à quelques vigilants blogueurs et aux très poreux réseaux sociaux. Dans le temps de le dire, Les Elfes de la vapeur sont devenus «tendance».

Cet engouement ne relève aucunement des bienfaits de la musique elfique, mais du côté surréaliste de cet échange entre une animatrice bien intentionnée aux prises avec deux jeunes un peu trop confiants, mais surtout, beaucoup trop naïfs. J’ai visionné, et sans vergogne, j’ai bien rigolé.

N’allez pas me dire que le duo sort gagnant en visibilité et en notoriété à la suite des milliers de clics suscités par le phénomène. «Parlez de moi en bien ou en mal, mais parlez de moi» n’est pas une idée qui donne une plus-value au projet des Elfes de la vapeur.

En allant s’asseoir sur les fauteuils en cuir de La vie en Estrie, le couple ne se doutait sûrement pas qu’il entrait dans la gueule du loup. Les médias comptent trop peu de bergers. Les moutons (elfiques ou non) devraient voir ça comme une leçon.

Vaut mieux rester dans sa forêt enchantée que de devenir la nouvelle risée.