Ondes de choc

Bip! Bip!

Ainsi, Ronald Reagan, le cow-boy solitaire qui résumait tous les problèmes du monde à un duel entre le Bien et le Mal, s’en est allé sur son petit poney.

Avec lui, c’est toute une époque qui disparaît. Celle de la guerre froide, des gros méchants Russes et du Complot communiste international.

À l’époque, la vie était simple. Les méchants habitaient tous à la même adresse. Vous vouliez leur foutre votre poing sur la gueule? Vous saviez à quelle porte sonner. Comme les extraterrestres dans la série Les Envahisseurs, qui étaient tous affublés d’un petit doigt rigide, les ennemis de la liberté étaient facilement identifiables: ils sentaient tous la vodka. Vous n’aviez qu’à humer leur haleine pour les reconnaître.

Tout juste s’ils ne portaient pas une cape noire.

Mais aujourd’hui, les choses se sont diablement compliquées. Les guêpes ont quitté le nid et pris la clé des champs.

On a beau bombarder leur nid et le remplir d’insecticide, ça ne donne strictement rien. Le Mal vit à l’heure d’Internet. Il ne se cache plus derrière un rideau de fer ou de bambou: il est décentralisé, informel et transnational.

La logique de la guerre froide, qui structurait toute la pensée politique des contemporains de Ronald Reagan, est désormais obsolète. C’est un objet de musée, au même titre que La Soirée du hockey ou les lecteurs de cassettes huit pistes.

Une seule personne utilise encore ce vieil instrument de mesure pour naviguer dans les eaux troubles de la politique internationale: George W. Bush.

L’autre cow-boy.

Bush ne parle pas de l’Empire du Mal, comme Reagan, mais de l’Axe du Mal. Autre formule, même logique. À savoir que les ennemis de la liberté logent tous à une adresse fixe. Et qu’il suffit de leur envoyer une grosse bombe dans un colis pour s’en débarrasser.

Parfois, on a l’impression que c’est Wile E. Coyote qui dirige la Maison-Blanche. Vous savez, le coyote miteux qui court toujours après le Road Runner dans les cartoons de Looney Tunes? Ses plans finissent toujours par se retourner contre lui. Il lance une roche à l’aide d’une catapulte? Elle lui tombe dessus. Il fabrique une bombe? Elle lui explose en pleine face. Il achète un avion supersonique? Il s’écrase sur le flanc de la montagne.

C’est la même chose avec Bush.

Il bombarde l’Irak? Le membership d’Al-Qaida décuple. Il déforme délibérément des données recueillies par ses services de renseignement? Il met la CIA sur la sellette. Il fait fi des traités internationaux? Il perd l’appui de ses vieux alliés et attise le sentiment antiaméricain aux quatre coins de la planète.

Et chaque fois que la merde frappe le ventilateur, que fait George W.? Il agit comme Wile E. Coyote: il ouvre son parapluie et ferme les yeux. En espérant que la grosse roche qui tombe du haut de la montagne ne lui fera pas trop mal…

Quand j’étais jeune, je me demandais toujours pourquoi le pauvre coyote n’arrivait jamais à mettre la main au collet de l’insupportable Road Runner. Mais un jour, j’ai compris.

C’est parce qu’il achetait toujours ses gadgets de la même compagnie: ACME. S’il avait essayé une autre compagnie, il aurait peut-être été plus chanceux.

Idem avec Bush. S’il cessait d’utiliser une carte obsolète pour s’orienter (une mappemonde médiévale remplie de monstres et de dragons), il réussirait peut-être à se sortir du bois et à retrouver son chemin.

Mais non: le bonhomme ne veut rien savoir. Il fait comme si le rideau de fer et le mur de Berlin ne s’étaient jamais écroulés. Tout juste déplacés sur l’Axe du Mal…

ooo

Ma chronique de la semaine dernière a suscité de nombreuses réactions. Plusieurs lecteurs se sont dits agréablement surpris de me voir (enfin) prendre le chemin des colombes, après avoir défendu le point de vue des faucons.

"Il est temps de faire votre mea-culpa", de m’écrire Olivier Bruel.

Qu’est-ce que vous pensez que ma chronique de la semaine dernière était, mon cher Olivier?

Un autre lecteur, Stéphane Perron, me souhaite quant à lui un "bon retour".

Je ne vous ai jamais vraiment quittés, Stéphane. J’ai juste voulu voir si l’herbe était plus verte dans la cour du voisin. Et je me suis égaré…