Ondes de choc

Encore une fois si vous permettez

Je vous jure, je ne voulais plus parler de ce sujet. Trois chroniques sur le même thème, c’est assez. Et puis j’en ai ras le bol de me faire traiter de raciste par des gens qui ne comprennent ni du cul ni de la tête.

Mais voilà, samedi matin, j’ai ramassé les journaux qui traînaient sur le seuil de ma porte et je suis tombé sur la manchette du Devoir:

"PRESSIONS SUR QUÉBEC EN FAVEUR D’UNE COUR ISLAMIQUE. Après l’Ontario, le débat sur la charia se transpose au Québec. Depuis quelques semaines, la mouvance islamiste fait des démarches auprès du ministre de la Justice, Jacques P. Dupuis, pour que celui-ci officialise l’instauration d’une instance d’arbitrage et de médiation qui rendrait ses décisions en vertu de la charia, la loi islamique."

Et voilà, c’était reparti.

Je me sens comme Michael Corleone dans Le Parrain 3: "I want to get out, but they keep pulling me back in."

Les islamistes du Québec (je dis bien islamistes, pas Arabes ou musulmans) tentent donc de profiter de notre Charte des droits pour sortir de leur trou et véhiculer leur idéologie rétrograde et antiféministe.

Vous me direz que je fais beaucoup de bruit pour rien, que cette cour islamique n’aura pas force de loi et que les décisions qu’elle prononcera ne deviendront définitives qu’une fois entérinées par les tribunaux du Québec. Mais comme l’affirmait dans le même texte Elahé Choukrai, membre du conseil d’administration de la Fédération des femmes du Québec et fondatrice de l’Association des femmes iraniennes de Montréal: "On n’a nul besoin d’institutionnaliser la médiation par des gens qui disent représenter les musulmans du Québec. Moi, je pense que leur objectif est de mettre un pied dans la porte et que ce n’est qu’un premier pas… La suite est à venir!"

Vous vous souvenez du film Broadcast News? Albert Brooks y lance une phrase mémorable à Holly Hunter: "Lorsque le diable viendra nous visiter, il n’aura pas de grosses cornes. Il ne fera pas de mal, il ne blessera pas un seul être vivant. Il va juste s’arranger pour abaisser nos niveaux d’éthique. Juste un tout petit peu. Et le reste suivra…"

Eh bien c’est exactement ce qui risque d’arriver si Québec donne le feu vert au projet de cour islamique. Cette décision créerait une brèche dans notre système de valeurs, brèche que les extrémistes ne se gêneront pas d’utiliser pour soumettre leurs femmes, leurs sœurs et leurs filles.

J’exagère? Du tout.

Prenez l’histoire des piscines municipales. Dans ma chronique du 25 novembre, je disais qu’on avait tort de permettre aux centres sportifs de créer des horaires séparés pour les hommes et pour les femmes, afin de plaire aux islamistes. Ces lignes m’ont valu une volée d’insultes. Je suis fermé, je ne comprends rien aux autres religions, changer les horaires d’une piscine, ce n’est quand même pas la mer à boire, etc.

Or, dans le dernier numéro de Topo, l’excellente revue littéraire française, on interviewe Chahdortt Djavann, la célèbre romancière et essayiste iranienne, sur cette question. Voici sa réponse:

"On sait parfaitement qu’aujourd’hui, il existe un système de répression directe dans les banlieues, des menaces et des intimidations pour forcer les jeunes filles à porter le voile. On établit un climat de peur. Prenez les piscines municipales. Le problème commence dès que l’on accepte de pratiquer des horaires séparés pour les femmes dans les quartiers. Pourquoi? Parce que plus une seule femme d’origine musulmane n’osera se rendre dans une piscine mixte. C’est une répression très sournoise. On va lui dire que si elle veut vraiment nager, c’est possible, il y a des heures pour cela. Mais si elle choisit d’aller à la piscine mixte, on la traitera de pute. Comme nous sommes dans un pays démocratique, c’est au nom de la liberté que les islamistes exigent des horaires réservés aux femmes. Ensuite, par un mécanisme de répression interne, ils parviennent à imposer ces horaires à toutes les femmes d’origine musulmane dans les quartiers."

Pour Chahdortt Djavann, pas de doute: on ne rigole pas avec les islamistes. Vous leur donnez un pouce, ils vous demandent un mètre.

C’est bien beau, la liberté de religion. Mais il ne faudrait pas que cette liberté s’exerce sur le dos des femmes.