Ondes de choc

Le retour du refoulé

Un de mes amis est allé faire son épicerie, l’autre jour.

Une fois arrivé à la caisse, le commis lui a demandé s’il voulait un sac en papier ou en plastique.

"En plastique", a répondu mon ami. Il était à vélo, et il voulait accrocher son sac après les poignées de sa bécane – chose qu’on ne peut pas faire quand on se promène avec un sac en papier.

Le commis l’a regardé avec un air bête. "Et la Terre? Avez-vous pensé à la Terre, monsieur?"

Mon ami a explosé.

"OUI, J’AI PENSÉ À LA TERRE! C’EST POUR ÇA QUE JE SUIS VENU FAIRE MON ÉPICERIE À VÉLO! PEUX-TU MAINTENANT ME CRISSER PATIENCE ET ME DONNER MON SAC?"

Mon ami n’est pas du genre à s’énerver. C’est un gars calme, affable, gentil. Mais là, il n’en pouvait plus.

Remarquez, je le comprends.

Plus moyen de faire un pas, maintenant, sans se faire donner des leçons. Ne mangez pas du fast-food, ne fumez pas, ne prenez pas votre char, ne sortez pas sans votre casque, ne laissez pas vos enfants regarder la télévision, ne passez pas trop de temps devant Internet, ne prenez pas plus qu’un verre de vin par repas, faites de l’exercice, surveillez votre poids, lisez les ingrédients avant d’acheter un produit, fuyez les gras trans, respectez la religion des autres, évitez de dire des propos qui pourraient être perçus comme étant racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, blablabla…

Vous n’en avez pas ras le bol, vous?

Ce climat de puritanisme étouffant explique en partie le succès du Grand Prix.

Le Grand Prix, c’est le festival de tout ce qui est interdit. C’est l’excès, le trop-plein, l’orgie. Les gros chars, la grosse bière, les gros seins, les gars avec du poil sur le dash, les bars de danseuses, le cul, le fric, les gros cigares…

En fait, on pourrait dire que l’esthétique Grand Prix est aux Blancs ce que le gangster rap est aux Noirs: une façon de célébrer tout ce qui est tabou, tout ce qui est mal vu.

Bref, tout ce qui a longtemps été associé à l’univers du mâle…

Car il faut l’avouer, nous vivons dans une société de plus en plus féminisée. Les valeurs traditionnellement associées aux hommes (la compétition, la vulgarité, la rudesse, l’audace, l’indépendance, le je-m’en-foutisme, la virilité, le risque) n’ont plus la cote. L’ère est au sentimentalisme, à la douceur, à l’intériorité, à la précaution. Il faut marcher sur des oeufs, se raser le thorax, mettre des genouillères avant d’enfourcher son vélo, manger de la salade, sentir bon, promener bébé dans sa poussette, tourner sa langue dans sa bouche sept fois avant de parler…

Bref, il faut faire tout ce que maman nous disait de faire.

Même Tony Soprano, le chef fictif de la mafia du New Jersey, consulte un psy!

Je ne dis pas que je tripe sur le rap sexiste et que je m’ennuie du temps où les gars pouvaient se comporter comme des goujats. Je dis seulement qu’il faut mettre ces phénomènes culturels dans leur contexte.

Un ado, c’est une bombe chimique, une explosion de testostérone, ça bouillonne, ça percole, ça part dans tous les sens. Or, ces temps-ci, la testostérone est aussi mal vue que les gras trans.

Et qu’est-ce qui arrive quand on met un couvercle sur une marmite? La marmite saute.

Le gangster rap, c’est ça: un couvercle de marmite qui saute. Idem pour le Grand Prix – à la différence que la marmite n’a pas 17 ou 18 ans comme dans le cas du gangster rap, mais 40 ou 45.

Est-ce que les paroles sexistes de certains groupes de rap me choquent? Oui. Est-ce que le bling bling hyper-macho des adeptes de la Formule 1 m’exaspère? Bien sûr.

Mais ces phénomènes ne me surprennent pas.

Ce sont les rugissements d’une bande de lions qui en ont ras le bol de vivre dans un monde de minous…

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