Ondes de choc

Miaou

"On ne peut échapper à la dureté de l’Histoire en faisant étalage de bons sentiments."

Pascal Bruckner

Il paraît que le Canada doit retirer ses troupes de l’Afghanistan parce que la guerre, c’est mauvais ("La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal", comme disait un personnage de La Guerre des tuques, d’André Melançon…).

Bon, O.K., d’accord. Mettons que c’est vrai.

On fait quoi, alors, pour calmer les talibans qui menacent les femmes et les enfants?

On leur envoie une pétition? Des fleurs? Un panier de fruits?

On organise un spectacle-bénéfice avec Richard Séguin et Mara Tremblay?

On fait chanter Quand les hommes vivront d’amour par Florent Vollant et Lynda Thalie?

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, un journaliste a demandé à Winston Churchill quelle avait été sa contribution la plus importante dans le conflit.

"J’ai rugi", a-t-il répondu.

Il faut dire que c’était une autre époque. Aujourd’hui, Churchill (qui buvait comme un trou et fumait comme une cheminée, deux crimes qui, si la tendance se maintient, seront bientôt passibles d’une peine de prison) passerait pour un dinosaure, une bête, un monstre.

En effet, l’heure n’est plus aux lions, mais aux minous.

Une bande de zélés barbus et enturbannés traitent leurs femmes comme des animaux de somme? Pas de problème, on va s’asseoir avec eux et on va discuter.

Comme si on pouvait avoir une discussion rationnelle avec des gens qui basent chacun de leurs gestes sur un livre écrit il y a des milliers d’années! Comme si on pouvait avoir un échange d’idées avec des illuminés qui croient que des vierges les attendent au paradis!

Comme s’il y avait des compromis à faire sur une valeur aussi fondamentale que l’égalité entre les sexes!

Comme si on pouvait négocier le non-négociable, accommoder le non-accommodable!

En 1940, on disait: "Oui, la guerre fait des victimes, mais parfois, on n’a pas le choix, il faut prendre les armes pour défendre la paix. On ne peut pas faire d’omelette sans casser des oeufs."

Aujourd’hui, on dit: "Pourquoi manger des oeufs quand on peut consommer des protéines sous forme végétale? Après tout, c’est vivant, un oeuf, ça vient d’une poule, on n’a pas le droit de maintenir des animaux dans un état d’esclavage pour bouffer leurs oeufs, c’est dégueulasse, c’est inhumain…"

À l’ère des hommes qui se maquillent, se pomponnent et s’épilent, la guerre fait figure d’anachronisme. C’est vulgaire, grossier. Tous ces hommes remplis de testostérone qui prennent des fusils et se roulent dans la boue pour défendre leur territoire et protéger leur drapeau, c’est horriblement ringard. Peuvent pas faire comme tout le monde et régler leurs problèmes en discutant tranquillement dans une salle climatisée? Et puis le look camouflage, désolé, les amis, mais ça fait 10 ans que c’est "out", il faut de la couleur, du rose, du fuchsia, du mauve!

Trêve de plaisanterie: oui, la guerre, c’est sale, c’est violent, c’est tragique.

Mais comme l’a dit Bernard Kouchner: "La guerre est une très mauvaise solution. Mais il y a pis qu’une très mauvaise solution, c’est de laisser en place un dictateur qui massacre son peuple."

Ou comme l’a écrit Denis Jeambar, directeur de la rédaction de L’Express: "Gavé de confort, le monde occidental ne veut plus courir le moindre risque. Même pas celui de se battre pour défendre ses idéaux."

George W. Bush a effectivement menti pour justifier son intervention militaire en Irak. Mais ça ne veut pas dire que toutes les guerres sont le fruit de manipulations obscures, perfides et malhonnêtes. Il ne faut pas mettre toutes les luttes armées dans le même panier! Il faut juger les conflits à la pièce, un par un, et non défendre le pacifisme à tout prix, coûte que coûte, les yeux fermés et la main sur le coeur.

C’est bien beau, la gentillesse, le consensus, la médiation, la persuasion (bref, toutes ces valeurs rose bonbon que l’on s’évertue à qualifier de "féminines"), mais arrive un moment où le pacifisme n’est qu’une pauvre excuse pour justifier notre lâcheté et notre égoïsme.

Pour paraphraser Churchill: il y a un temps pour miauler, et un temps pour rugir.

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