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Petits velours

Sans fard aucun

Je suis de celles qui reviennent à Sex and the City comme au latté à la citrouille épicée lorsque le taux d’ensoleillement vient à baisser. Un soupçon de réconfort sucré dans l’hiver qui s’installe tranquillement, le goût de vivre à travers d’autres tandis que le froid et la fatigue me menottent à la mollesse de mon divan. Écrire que j’attendais une série comme M’entends-tu? depuis longtemps serait, à ce stade, un gros euphémisme.

Elles sont trois: Ada, Fabiola, Caro. On fait vite de s’attacher à ces filles qui préfèrent clairement la Labatt 50 aux cosmopolitains, à ces belles imparfaites qui parlent la bouche pleine, calfeutrent leurs failles avec du papier collant. Elles sont vraies, décoiffées. Elles ont un peu de sauce au coin de la bouche en mangeant leurs burritos. Elles nous ressemblent.

M'entends-tu (Courtoisie: Télé-Québec)
M’entends-tu (Courtoisie: Télé-Québec)

Florence Longpré (la Gaby Gravel de Like-moi!), Mélissa Bédard (Star Académie) et Ève Landry (Jeanne dans Unité 9) cassent le moule auquel elles auraient pu rester confinées, bousculant allègrement les si stricts codes du casting. Elles interprètent des rôles infiniment plus complexes et riches que ce qu’il nous est habituellement donné de voir à la télévision. M’entends-tu?, c’est l’histoire de celles qu’on ne raconte jamais, de ces vies fauchées d’avance. Accablées sous le poids de leurs noms de famille et des erreurs des autres, elles sont devenues, l’une pour l’autre, la sœur et la mère qu’elles n’auront jamais pu avoir. Elles se sont choisies.

Florence Longpré, improvisatrice notoire, scénariste en plus du reste, signe ici une vibrante fable sur l’amitié. Nicolas Michon et Pascale Renaud-Hébert l’ont épaulée dans l’écriture, cosignant avec elle une tragi-comédie féministe qui laisse enfin une place de choix à des acteurs racisés, habituellement bornés aux clichés. C’est une œuvre dégoulinante d’humanité et fraîche, en osmose avec notre temps.

Et puis, au final, qu’on boive de la bière tablette ou de la vodka chère, nos romances finissent toujours par nous saouler. On ne naît pas égales, c’est vrai, mais l’amour et ses peines nous rattrapent toutes, autant que nous sommes. Sur les ondes de Télé-Québec et en ligne dès le 15 décembre.

Coq au vin

La voix de Kirouac résonne déjà allègrement sur les pistes de danse de la Belle Province, captant au passage l’attention des foreurs du rap québ. La dernière pépite en date? C’est lui. Paul Provencher, dit Poulet (un sobriquet hérité de ses années comme mascotte à Brébeuf), s’associe au faiseur de rythmes KodakLudo pour créer des pièces nappées de références aviaires et autres cocoricos retentissants.

Kirouac chevauchant son précieux Bixi (Courtoisie: Barbara Lajeunesse)
Kirouac chevauchant son précieux Bixi (Crédit: Caerus, Michael Nguyen )

Tandis que d’autres façonnent leur street cred d’anecdotes de pacotille, le MC des beaux quartiers joue la carte de l’humour animalier, de la gourmandise (il adore les bagels) et de l’écoresponsabilité – genre. Kirouac, autrement dit, c’est pas mal l’antithèse du gangsta rap. Plutôt que de frimer en voiture, Paul pédale fièrement sur son Bixi dans le vidéoclip de l’hymne homonyme.

J’roule sur Parc mais j’ai pas mes cartes
Mais j’ai pas mon permis
J’vais être le dernier à passer mes cours de conduite
Mais j’ai mon Bixi faque don’t give
On est à Montréal

À l’aube de 2019, Kirouac et Kodakludo mettent le cap sur d’autres horizons et s’apprêtent à lever le voile sur leur second EP réalisé en tandem. Ledit maxi sortira en janvier et s’intitule Amos, en hommage à la saga de Bryan Perro, au dénommé Daragon. Une offrande musicale divisée en quatre pistes pour autant d’éléments, une contrainte qui sied bien au champ lexical ludique de ce pince-sans-rire aux ambitions festives.

Des effusions de joie et un goût de la bringue qui atteignent leur paroxysme sur Eau, une nouvelle chanson des plus funky qui porte l’empreinte du guitariste Will Murphy, un héritier de Nile Rodgers. Paul Poulet y ose un assemblage de mots séduisants et même lubriques, dans la plus pure tradition disco. Une plongée en eaux douces sur des rythmes dignes de Chic ou d’Earth, Wind & Fire.

Beaucoup sont appelés, l’étau se resserre sur les recrues du hip hop local qui se bousculent au portillon, mais Kirouac impose son style à la bonne franquette et fait tranquillement sa marque. Nul doute qu’une maison de disques saura mettre le grappin sur lui dans un futur proche.

 

Hiver scandinave

On la connaît d’abord pour ses Moomins (francisé: Moumines), créatures fantasques aux allures d’oursons et d’hippopotames, d’étranges hybrides, de mignons personnages qui verront grandir moult générations d’enfants depuis leur venue au monde dans les années 1940. Tove Jansson est une illustratrice légendaire, une icône de la littérature jeunesse. Or, son œuvre ne s’y limite vraiment pas.

Son univers, si morose et mystique à la fois, aura été forgé d’expériences diverses, de ses études aux Beaux-Arts, mais aussi de la Seconde Guerre mondiale. La comète qui filait au-dessus de Moominland n’était, en fait, pas moins qu’une métaphore pour évoquer les désastres d’Hiroshima et de Nagasaki. Il y avait ce côté grave et sombre chez elle, dans tout ce qu’elle touchait. Au cours de sa prodigieuse carrière, la Finlandaise donnera dans la caricature politisée et antifasciste, les fresques d’inspiration Art déco et les romans pour grandes personnes. Des pans de sa vie qui resteront tristement relégués au second plan.

La Peuplade réédite ces jours-ci l’un de ses derniers ouvrages, un livre originellement paru en suédois en 1989. À travers les pages de Fair-Play, Madame Jansson dépeint le quotidien de deux artistes, glorifiant les petites manies qui les lient, le confort de la routine.

(Courtoisie La Peuplade)
(Courtoisie La Peuplade)

C’est un récit tendre qui donne à rêver d’amour et de lenteur. On y suit deux femmes imprégnées de leurs projets, de minutieuses artisanes, deux recluses qui partagent leur vie tout en veillant à préserver leur si fertile solitude, leur jardin secret. Une histoire toute simple, d’une douceur exquise, à lire au coin d’un feu dès le 29 janvier.

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