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Prise de tête

Un peu d’aide pour se préparer aux examens

On voit déjà se pointer la fin de la session et, avec elle, la période des examens.

C’est le bon moment de vous parler de l’art de s’y préparer, en vous disant un peu ce que la recherche crédible enseigne à ce sujet malheureusement mal connu et peu pratiqué.

On a en effet réalisé de nombreux travaux sur la manière dont les élèves étudient et se préparent aux examens. Ce qu’on a découvert est désolant, mais ne vous étonnera pas beaucoup.

En général, ils et elles lisent le texte (ou le manuel) qu’on leur a assigné en surlignant les passages jugés importants; les élèves feront peut-être aussi un résumé du texte, qu’ils laisseront ensuite reposer jusqu’à peu de temps avant l’examen. Ils le reliront alors, en se concentrant sur les passages surlignés.

C’est cela qu’on appelle le bachotage, ou le bourrage de crâne.

Misère du bachotage

Or, ces stratégies sont peu efficaces, essentiellement pour deux raisons.

Pour commencer, surligner en lisant, c’est juger prématurément de ce qui est important, sans avoir une vue d’ensemble de ce qui mérite d’être retenu.

Ensuite, et surtout, procéder ainsi, en ne revenant sur ce qui doit être compris qu’au moment où approche l’examen, c’est aller à l’encontre de précieux principes du fonctionnement de la mémoire, pourtant connus et maintes fois vérifiés depuis plus d’un siècle. Ils pointent vers une des plus efficaces stratégies d’étude: l’apprentissage distribué.

Tout cela remonte en fait aux travaux d’Hermann Ebbinghaus (1850-1909).

L’effet d’espacement et l’apprentissage distribué

Ebbinghaus, un des fondateurs de la psychologie expérimentale, a étudié sur lui-même le fonctionnement de la mémoire, en s’efforçant, sous diverses conditions, de retenir différentes choses, notamment des syllabes sans signification.

Sa principale découverte est appelée l’effet d’espacement. En un mot, cet effet nous dit qu’on retient plus facilement si on laisse passer du temps entre deux périodes d’étude. Un exemple aidera à comprendre, soit celui de retenir une séquence de 12 syllabes sans signification. Ebbinghaus parviendra à les mémoriser en les étudiant 68 fois de suite. Mais s’il espace ses séances, 38 répétitions suffiront!

On comprend pourquoi le bachotage n’est pas optimal, même s’il peut permettre de s’en tirer à l’examen.

Cette stratégie est encore déplorable pour une autre raison. C’est qu’on veut généralement se souvenir le plus longtemps possible de ce qu’on a appris, et pas seulement être en mesure de le replacer à l’examen. Or, avec le bourrage de crâne, ce qu’on a appris est vite oublié. Ebbinghaus s’était aussi intéressé à cet aspect de la mémoire et avait montré que l’espacement était bénéfique sur ce plan également.

Il résulte de tout cela deux conseils pratiques.

Le premier est qu’il ne faut surtout pas bachoter et qu’il faut plutôt se préparer aux examens en revenant à plusieurs reprises sur ce qu’on doit étudier. Un corollaire de ce principe, pour l’enseignant.e, serait de donner plusieurs petits tests plutôt qu’un (ou en sus d’un) seul gros examen…

Le deuxième est que ces espacements devraient aussi être déterminés selon la durée dont vous souhaitez vous souvenir de ce que vous aurez appris. En un mot: les espacements devraient être assez longs pour faire en sorte qu’on utilise un nombre minimal de répétitions et assez brefs pour assurer que la mémorisation perdure.

Il existe, mais je ne l’ai pas essayé, un logiciel qui prétend vous aider à déterminer ces espacements selon diverses variables (supermemo.com).

Le psychologue D. Willingham suggère quant à lui une règle simple: on devrait viser des espacements représentant entre 10% et 20% de la durée de rétention désirée.

Mais ce n’est pas tout ce que la recherche enseigne.

Deux autres stratégies simples, éprouvées et efficaces

Quoique pas aussi efficaces que les stratégies d’apprentissage distribué, ces deux autres stratégies ont elles aussi leurs valeurs. On pourrait les appeler l’approfondissement par élaboration et l’auto-questionnement. Elles sont à utiliser durant la lecture de textes, qu’elles rendent plus active et plus riche.

L’approfondissement par élaboration consiste à s’efforcer de relier ce qu’on a lu à ce qu’on sait déjà: cela augmente la compréhension et aide aussi à retenir les informations nouvelles.

L’auto-questionnement consiste à se demander périodiquement, en lisant un texte, pourquoi et pour quelles raisons ce qui a été avancé l’a été – et à l’expliciter. On s’efforce, en fait, à tous les quelques paragraphes lus, de (se) demander pourquoi cela a du sens; pourquoi cela est vrai; pourquoi ceci (plutôt que cela) est acceptable. Cela aussi augmente la compréhension et la mémorisation.

Un exemple, que j’emprunte à D. Willingham, illustrera tout cela. Soit le passage suivant: «En 1650, le centre de gravité de la civilisation occidentale était passé de l’Italie à l’Europe du Nord. La raison en est évidente: les routes commerciales mondiales n’étaient plus les mêmes depuis la découverte et l’exploitation des Amériques.»

Par approfondissement par élaboration, sachant quand Colomb arrive en Amérique, on pourra se dire que cette exploitation du territoire a lieu au cours des quelque 150 ans qui suivent. Par auto-questionnement, on se demandera pourquoi la raison invoquée permet de comprendre le changement de centre de gravité survenu – et on trouvera peut-être de quoi confirmer son hypothèse dans le texte.

Sur ce, bonne étude!

Pour en savoir plus 

Dunlosky, J., Rawson, K. A., Marsh, E. J., Nathan, M. J. et Willingham, D. T., «Improving Students Learning with Effective Learning Techniques: Promising Directions from Cognitive and Educational Psychology», Psychological Science in the Public Interest, 2013, 14(1), pp. 4–58.