Prise de tête

Faut vraiment qu’on se parle d’éducation

Le Parti libéral du Québec mène en ce moment des consultations sur la réussite éducative, en invitant les gens à répondre à un questionnaire sur le site internet du ministère et en tenant de brèves rencontres publiques durant lesquelles groupes et personnes peuvent aller s’exprimer. Le public peut aussi proposer un mémoire ou encore rédiger un texte intitulé: «Si vous étiez ministre».

On ne peut être contre la vertu. Mais on doit être contre la petite vertu. Et cette consultation est, à mes yeux, bien décevante. Nous avons droit à mieux et il est de notre devoir collectif d’exiger mieux. Ce mieux, ce serait ce que je propose d’appeler une commission Parent 2.0. Et voici pourquoi j’avance cette proposition.

Le mieux, pour le comprendre, est de prendre un peu de recul historique.

Petit rappel historique

À la fin des années 1950, le système d’éducation du Québec a un sérieux besoin de mise à jour. S’il possède des collèges classiques qui ne sont pas sans mérite, il reste notamment peu démocratique, sexiste, élitiste, insuffisamment ouvert sur la culture et la science moderne, sans rien dire de la dominante présence de la religion et du religieux qui se fait partout sentir et de la relative pauvreté de la formation des enseignantes et des enseignants.

Une mise à jour s’impose et tout le monde ou presque en convient. Elle aura lieu et donnera naissance au système actuel, avec, entre autres, ses polyvalentes, ses cégeps, ses universités du Québec, l’abolition du cours classique et des écoles normales, son ministère de l’Éducation et son Conseil supérieur de l’éducation.

Ce spectaculaire résultat, on le doit à la commission Parent, créée par le gouvernement libéral de Jean Lesage en 1961 dans le contexte de la Révolution tranquille qui réfléchit, parcourt la province et le monde, écoute et tranche en faisant des propositions concrètes et réfléchies. Ces travaux durent jusqu’à la publication du cinquième et dernier tome, en 1966.

Le Québec fait, grâce à la commission Parent, son entrée dans la modernité en éducation et le place résolument sous le signe de la démocratisation. Ce fut, il faut le dire, un travail remarquable, habile, informé et généreux.

Sans défauts? Non, inévitablement. D’autant que le monde change et change même très vite à compter de ces années. Trente ans plus tard, au milieu des années 1990, une mise à jour s’impose et tout le monde, ou presque, en convient. Il faut cette fois encore consulter, prendre le pouls de la population, écouter, avant de proposer et de décider.

Ce furent les États généraux de l’éducation.

Leçons sur l’échec des États généraux

La consultation est moins ambitieuse et sans doute aussi moins exhaustive et moins approfondie que le fut celle menée par la commission Parent. Mais de fortes demandes en ressortent clairement.

Les observateurs avertis conviennent généralement que la principale demande de la population va dans le sens d’un rehaussement du curriculum de l’école québécoise et vers un retour à ce qu’on pourra appeler un recentrement sur les fondamentaux.

Il n’aura pas lieu.

Et pour comprendre ce qui suit, on doit introduire l’idée de capture de la réglementation, par quoi on désigne ces moyens par lesquels des gens qui feront l’objet d’une réglementation parviennent à devenir les seuls – ou du moins les principaux – décideurs de cette même réglementation.

Voici un exemple tristement actuel de capture de la réglementation: des entreprises seront, comme d’autres instances et d’entières populations, soumises aux règles convenues par un traité de libre-échange; mais elles parviennent à prendre une part si démesurément grande dans la rédaction du traité que celui-ci les avantage outrageusement.

Dans le cas qui nous occupe, la capture a été faite par le ministère de l’Éducation et par les facultés universitaires d’éducation et a consisté à répondre à une demande de rehaussement du curriculum par une réforme de la pédagogie, centrée sur les compétences, les projets, le constructivisme et plusieurs autres idées situées dans cette orbite.

L’imposition de ces idées ne s’est pas faite sans heurts ni sans vives contestations et le fut dans un contexte de plus en plus vicié et polémique. Au total, les résultats de la réforme de l’éducation issue des États généraux ont été décevants, voire à certains égards très décevants.

Et nous en sommes là. Mais les années ont passé et de nombreux autres problèmes sont apparus, du préscolaire à l’université. Par exemple: analphabétisme, décrochage, pauvreté du curriculum, inégalité des chances, place de la formation générale, définition de la nature et de la mission des cégeps et des universités. Ils soulèvent des questions vastes, immenses, qui appellent une réflexion en profondeur qui demandera du temps, du sérieux, qui exigera de nous de ne pas nous contenter de rapiéçage. Il s’agit de décider collectivement de ce que nous entendons être l’éducation, de ce que nous attendons de nos écoles, de nos cégeps et de nos universités.

Pour cette raison, il nous faut retourner à la table de travail et entreprendre un travail long et sérieux. Voici, modestement, quelques idées sur la manière de s’y prendre.

Rêvons de Parent 2.0

Je rêve…

On mettrait sur pied une commission indépendante des partis politiques, composée de gens qu’on ne pourrait soupçonner de partisanerie.

Une des graves lacunes des États généraux aura été, comme l’avait aussitôt vu Lise Bissonnette, de ne pas avoir de comité scientifique consultatif, lequel aurait été l’arme la plus efficace contre la capture de la réglementation en montrant que les solutions proposées ne passent pas le test de la plausibilité scientifique. On adjoindrait donc à cette commission un comité scientifique.

On lui donnerait du temps et on lui permettrait de consulter la population; tous les groupes, toutes les personnes et toutes les institutions désirant être entendus.

On lui donnerait une liste de questions (à laquelle il serait possible d’en ajouter) auxquelles on attend des réponses.

Et on ne demanderait pas d’obtenir ces réponses demain, mais on donnerait à cette commission le temps qu’il faut pour faire sa lourde et noble tâche, décisive pour notre avenir collectif.

Je rêve, bien entendu…

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