Roulette russe

Pas tous des monstres

Je suis un homme faible. Du moins, je l’ai cru longtemps.

Gamin, je regardais sûrement comme vous ces films avec Arnold Schwarzenegger, Chuck Norris, Steven Seagal, Stallone et autres gros bras du grand écran. Des années à me dire que je n’étais pas un homme. Pas comme la société le voulait.

Je suis un homme faible. Je suis sensible et ne possède pratiquement aucune virilité, ou du moins se concentre-t-elle que dans ma pilosité faciale. Un homme, ça devrait être viril partout, pas juste dans sa barbe.

Non seulement, dans ma jeunesse, je ne me reconnaissais pas dans l’imaginaire hollywoodien de l’homme, mais je ne me reconnaissais pas plus dans les images masculines autour de moi. Je ne voulais pas devenir macho. Je ne voulais pas devenir sportif. Je ne voulais pas être un conquérant.

Je suis un homme faible. Je ne voulais pas ressembler à ces hommes que les femmes autour de moi dénigraient. Ces hommes forts, rustres, débordant d’assurance, mais n’ayant aucune empathie et aucune compréhension du monde.

Je me suis pratiquement tenu qu’avec des filles toute ma vie. Ç’a pris du temps avant que je me fasse des amitiés masculines. Je n’ai jamais douté de mon genre ou de mon orientation, bien que j’y aie réfléchi – parce que tout le monde devrait le faire. Je ne suis pas une femme, je suis «masculin», mais suis-je un homme? La société m’a longtemps fait croire que non.

Maintenant à la mi-trentaine, je ne me considère plus comme un homme faible. Je ne suis toujours pas cet homme viril, conquérant, fier et insubmersible, mais ça fait maintenant un moment que je me fiche des moules sociaux. Fuck les genres, comme dirait l’autre.

Dans la fiction, ce moule mène à Han Solo, à James Bond, à Tony Stark ou à Rambo. Dans la vie, je crois que ce moule mène malheureusement plus souvent à des Marcel Aubut, DSK ou Donald Trump. Ça donne cette illusion que l’homme doit dominer le monde, son voisin, tout, et qu’il peut donc faire ce qu’il veut, s’il a du pouvoir.

Depuis que la #cultureduviol a pris la une des médias cet automne, je réfléchis beaucoup à ma relation avec les femmes, à l’image de l’homme dans la société. J’en reviens toujours à faire des liens entre cette culture du viol et cet homme qu’on promeut partout et que je ne suis pas.

Même si je ne suis pas ce genre d’hommes, et que je ne veux pas l’être, suis-je sans tache? Mon aversion envers la cruise et mon incapacité à toucher une fille sans qu’il y ait de l’affection me lavent-elles automatiquement de tout soupçon? Mon absence totale de violence (sauf envers un ordi qui plante) me permet-elle d’avoir la conscience tranquille? La conclusion serait facile. Trop facile.

À l’inverse, croire que tous les hommes qui collent à cette image virile en viennent à commettre des actes dégradants, irrespectueux ou inhumains serait aussi une conclusion trop facile.

Il faut combattre cette image de l’agresseur qui est un être profondément malsain se cachant dans une ruelle sombre et attendant qu’une femme sans défense ne passe. Ou cette image du patron véreux qui n’engage que des secrétaires aux jupes courtes.

Les statistiques nous démontrent plutôt que l’agresseur est souvent un ami ou un membre de la famille. C’est souvent une personne que l’on estime, que l’on apprécie. Et au trop grand nombre d’agressions qui se font, il ne peut y avoir qu’un trop grand nombre d’agresseurs.

Sauf que voilà, la plupart des agresseurs ne sont pas des monstres. La plupart, je crois, agissent sans savoir qu’ils font mal, qu’ils agissent mal. Ce qui n’excuse et ne minimise pas le geste, mais qui démontre simplement qu’il faut casser cette caricature du monstre.

Le terme «culture du viol» fait souvent peur parce qu’il fait croire que tous les hommes sont des monstres en puissance. Une étiquette que la majorité des hommes refusent. Et que plusieurs femmes refusent de donner à tous les hommes. Avec raison.

Au contraire, ce terme démontre que même les plus attentionnés des hommes peuvent se tromper dans leur comportement, encourager une vision culturelle où l’homme domine la femme, ou aller jusqu’à commettre des gestes qui blessent parfois à vie des victimes.

C’est une expression qui, plutôt que de pointer les pires de notre société, nous renvoie à nos banalités, à nos normes. À nos mauvaises manies qui créent une pornographie où la femme est toujours au service de l’homme, qui font que beaucoup de personnes, hommes et femmes, ne savent pas quand des mots ou des gestes deviennent de l’insistance et vont trop loin.

Autant il faut combattre cette image que les victimes seraient des putes, autant il faut combattre celle que les agresseurs seraient automatiquement des monstres.

L’idée n’est pas de faire une chasse aux sorcières, mais de changer les mentalités. Dénoncer la culture du viol ne signifie pas de vouloir castrer tous les hommes, mais plutôt d’améliorer notre vie en société, nos relations intimes.

Si les agresseurs de tout acabit étaient moins démonisés, si on acceptait mieux aussi l’idée du pardon, les dénonciations se feraient plus naturellement. Les femmes pourraient plus facilement partager leur souffrance, libérer leur conscience, nommer leur agresseur si elles veulent le faire et ainsi tourner la page.

Les hommes qui commettent ces gestes auraient moins peur de demander pardon et d’admettre leurs erreurs – petites ou innommables. Pas pour banaliser ce qu’ils ont pu faire, mais pour permettre à la société d’évoluer.

Pour qu’il y ait moins de souffrance autour de nous.

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