Roulette russe

Être un petit gars

Selon le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, il faut laisser les petits gars être des petits gars, pis les petits gars, ça aime ça se battre. On en déduit que les petites filles, elles, aiment autre chose. Comme jouer à la princesse, j’imagine.

C’est comme ça, c’est sûrement dans nos gènes, dans l’ADN de chacun des sexes (parce que déjà, on suppose ici qu’il n’y a que deux genres et que la nature coupe tout ça au couteau). Si un garçon et une fille grandissent en dehors de notre société, dans la forêt, ou sur une île perdue, et qu’on les place du jour au lendemain devant des camions Tonka et des Barbies, j’imagine que le garçon prendra les camions et la fille, les poupées, si c’est comme ça, être un petit gars et être une petite fille.

L’instinct va sûrement prendre le dessus même s’ils ne savent pas c’est quoi. Comme une pulsion sexuelle incontrôlable. Du moins, pour les garçons, ces pulsions, ç’a l’air, sont dures à contrôler. Il paraît, en tout cas.

Faudrait surtout pas croire que ça vient de l’éducation que l’on donne à nos enfants et aux stéréotypes que l’on répète partout sans réfléchir.

Si notre ministre de l’Éducation tombe sur un garçon qui n’aime pas se battre, va-t-il lui demander s’il est vraiment un petit gars? Va-t-il le traiter de «tapette»?

Le poids de la norme est si lourd qu’il peut nous envelopper jusqu’à nous étouffer. En plus, la norme, elle est expansionniste, tel un sombre méchant dans un univers super-héroïque, elle ne cherche qu’à tout avaler sur son passage sans autre but que de tout avaler sur son passage.

Si les petits gars aiment se battre, les femmes, elles, sont humaines, sensibles et aimantes. On se réfère souvent à cette image et je ne suis pas plus à l’aise avec ça. Même si ce sont de belles qualités, ça demeure une image normée et formatée de ce que devrait être une certaine identité sexuelle.

Par exemple, parfois, pour vendre la parité à l’Assemblée nationale, on entendra ce discours que la femme, en politique, amènerait une vision humaine à la gestion de l’État.

C’est vrai que Margaret Thatcher était très sensible. Ses politiques ont amené plein d’humanité au Royaume-Uni. Marine Le Pen est aussi reconnue pour ses visions pleines d’amour envers son prochain. Si elle devient présidente, la France deviendra assurément une contrée sensible et ouverte.

D’ailleurs, j’ai beaucoup aimé cette réplique d’Élodie Cuenot, dans une entrevue avec ma collègue Catherine Genest: «T’as pas envie de te coller en cuillère avec Marine Le Pen pour regarder un film de filles!»

En plus d’enfermer la femme dans son rôle de mère (sinon, d’où viendraient ces qualificatifs?), on enferme aussi, du coup, l’homme dans un rôle de rigidité, de rationalité et de sévérité.

La parité repose sur le simple principe que nos instances, consultatives ou démocratiques, devraient être à l’image de notre société. Ça adonne que celle-ci a une proportion similaire de femmes et d’hommes. C’est un simple principe de représentativité. Ça n’a pas rapport avec ce que les hommes ou les femmes devraient avoir comme qualité ou comme défaut, comme personnalité ou comme valeurs.

L’Assemblée nationale aurait une variété de valeurs et de visions parce qu’elle serait plurielle en général. Parce qu’elle aurait un ratio raisonnable d’hommes et de femmes, mais idéalement aussi de personnes trans, de personnes handicapées et d’immigrants.

Le manque de cœur des gouvernements ne vient sûrement pas par la trop grande présence d’hommes (même s’ils aiment tant se battre), mais bien par une trop grande présence de profils similaires. On a beaucoup d’avocats, d’entrepreneurs, de gestionnaires, d’économistes et de politiciens de carrière dans les partis. Selon le Bulletin de la Bibliothèque de l’Assemblée nationale (vol. 42, no 1), lors de la 40e législature (en septembre 2012), 76% des élus et élues avaient ce profil. Plus des deux tiers étaient des gestionnaires.

Un peu moins de gens qui se prennent pour l’élite ferait plus de bien, comme des professeurs, des gens des milieux communautaires, des infirmiers, des artistes, des philosophes, des historiennes, etc. Bref, un peu plus à l’image de la société.

D’autant plus que l’intelligence, la compétence et le célèbre «gros bon sens» n’appartiennent pas à un corps de métiers ou à des diplômes (ni à un sexe, à une orientation sexuelle ou à une religion). Tout comme le cœur.

Je fantasme, tiens: pourquoi pas, aussi, des parents qui sont restés à la maison élever leurs enfants (d’autant plus qu’on ne cesse de comparer les ministres à de bons pères de famille alors qu’ils n’ont, on le sait, jamais le temps d’être à la maison… qu’est-ce qu’ils y connaissent, finalement)? Et pourquoi pas des sans-diplôme (comme moi)?

Peut-être pour ça que les titres comme «maître», «docteur» ou «honorable» me gossent.

Ce n’est ni impressionnant ni flatteur, c’est juste prétentieux. C’est du bling-bling oral. Le gangsta a sa dent en or, l’élite a son titre. C’est du pareil au même.

Être docteure, concierge, serveur, artiste, ministre ou éducatrice; être un gars, une fille, fluide ou cisgenre, tout ça, ce ne sont que des étiquettes, ça ne définit pas la valeur et les goûts d’une personne.

Cesse de prétendre être quelque chose, sois-le. Et assume-le.

Surtout, «parce que je suis un gars» ou «parce que je suis avocat» n’est jamais une explication à un comportement. Jamais.

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