Roulette russe

Le monopole du pénis

Je ne sais pas ce qu’il se passera entre le moment où j’écris ces lignes et où vous aurez ce texte entre vos mains. Est-ce que le mouvement #MoiAussi se sera essoufflé? Aurons-nous une centaine de nouvelles poursuites? La moitié du vedettariat québécois sera-t-il tombé?

Je n’en ai aucune idée, mais d’une certaine façon, je l’espère bien. Pas que je désire voir de gros noms tomber. En soi, je m’en fiche un peu si les personnes dénoncées sont «importantes», connues ou inconnues; j’espère simplement que ce réveil en est un vrai, qu’on ne pèse pas à nouveau sur snooze, comme on l’a déjà fait tant de fois par le passé.

Soulignons, quand même, qu’après chaque mouvement d’indignation, de moins en moins de personnes se rendorment. Plusieurs demeurent même très alertes, renforçant, chaque fois, les nouvelles vagues comme celles de #MeToo de cet automne.

Ce n’est pas non plus que je souhaite que toutes et tous les agresseurs ou harceleurs passent par la justice. Cette décision ne m’appartient pas, et ne nous appartient pas: elle appartient aux victimes. Notre rôle, comme ami.e, comme frère ou sœur, comme collègue, comme société, est de les soutenir dans leur décision. Je respecterai toujours la décision des victimes de se lancer ou non dans le lourd et mal adapté processus judiciaire.

Je ne suis pas animé par une soif de vengeance, mais par une soif de respect et d’amour. D’une part, prendre soin des victimes, d’autre part, faire un examen de conscience individuelle et collective, puis éduquer. Et changer les choses, surtout.

Personnellement, j’aimerais aussi que cette réflexion dépasse le cadre des agressions sexuelles et du harcèlement sexuel. Toute la question du besoin de dominer l’autre, en général, doit être réfléchie.

Il faudra un jour avoir cette réflexion sur la domination dans le sexe. Je ne parle pas ici des relations bien définies dans le sadomasochisme, mais bien de ce qui est considéré comme normal dans la porno, où l’homme se contrefiche si la fille jouit, où la finalité ne repose que sur l’éjaculation masculine, où ça ressemble plus à un viol qu’à une relation sexuelle.

Je ne ferai pas semblant que je n’écoute jamais de pornographie, ça serait hypocrite. Toutefois, depuis mon adolescence, je suis mal à l’aise avec la majorité de la production pornographique. Je me suis déjà demandé si j’étais asexuel, si j’avais un problème avec le sexe. Finalement, ce n’est pas avec le sexe que j’ai un problème, mais avec sa représentation habituelle, où il y a cette étrange domination.

Dès que la femme, en fait, n’est pas traitée en égalité, dès qu’elle sert de simple jouet à faire venir l’homme, je décroche. C’est donc dire que je n’accroche pas souvent.

Quand je fais l’amour avec une femme, bien honnêtement, ce qui m’importe est de lui donner du plaisir. C’est le rapport intime, la proximité, l’échange. Éjaculer ou non, pénétrer ou non, c’est secondaire pour moi. Ce n’est qu’une manière parmi d’autres de créer cet échange intime, de faire l’amour.

Sauf que voilà, la majorité de la porno tourne autour du pénis qui éjacule. Qu’on se comprenne bien: à chacun ses genres et ses goûts. Je suis bien conscient que mon propos est cisgenre et hétérosexuel, mais justement, pourquoi voudrais-je voir un pénis éjaculer? Pourquoi voir une femme soumise devrait-il m’exciter?

Même en solo, parfois, la femme reproduit cette forme de soumission. Ça démontre à quel point c’est enraciné. Les moments où l’homme tente de donner du plaisir à la femme sont souvent montrés comme de courts préliminaires. Ça en dit long sur l’importance et le respect qu’on accorde au plaisir féminin.

Il existe une pornographie où tout ce qu’on voit, c’est le visage d’une fille en train de jouir. Ça, ça m’allume beaucoup plus que la majorité de la production XXX. En plus, il y a plus de chance que ça soit plus respectueux, souvent filmé par d’autres femmes, ou par elle-même. Il existe de la porno féministe, et c’est souvent bien meilleur.

Inévitablement, il faudra aussi réfléchir à l’image masculine. Dans la porno et dans l’imaginaire, l’homme doit être puissant. Être toujours prêt à être en érection. Être dominant. Éjaculer avec vigueur. L’homme doit mener la relation sexuelle. La sexualité masculine ne se résume vulgairement qu’au pénis (gros, long et puissant, de surcroît). Bref, comme si le pénis était un dieu et que tous et toutes devaient le vénérer.

Cette image qui ne correspond pas à la réalité crée inévitablement quantité de frustrations et de problèmes d’estime chez plusieurs hommes. Et ça, ça crée des distorsions et des problèmes relationnels, et donc des relations malsaines.

Prenons l’idée de l’éjaculation précoce. Qui a décidé que c’était précoce? Qui a décidé que la relation sexuelle devait s’arrêter à ce moment-là? Pourquoi ne pourrait-elle pas se poursuivre autrement? Pourquoi la relation ne pourrait-elle pas simplement s’adapter selon les particularités des partenaires?

Arrêtons de ne résumer la sexualité masculine qu’à son pénis. Pour certaines personnes, ça passe sûrement par là, mais cessons de faire comme si c’était là la seule avenue. Ouvrons grand les portes à la diversité sexuelle, pas seulement dans les genres et les attirances, mais aussi dans sa façon de la pratiquer concrètement.

Je suis tanné de voir la femme réduite à un objet sexuel. Je suis tanné de voir l’homme réduit à une brute éjaculatrice. Casser ces mythes est essentiel pour briser la culture du viol.

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