Solo de clavier

Un nouveau concurrent de taille

Cet été, on soulignera le 10e anniversaire de l’étiquette rock locale Slam Disques lors d’un concert-hommage bien mérité aux FrancoFolies qui réunira O Linea, Charlie Foxtrot et On a créé un monstre. Le label Constellation, lui, repousse les célébrations entourant ses noces de cristal tant les Godspeed You! Black Emperor et autres Colin Stetson sont occupés cette année. La vénérable Analekta, elle, souffle 25 bougies en 2013 alors que les Bonsound, Dare To Care/Grosse Boîte et Audiogram, de leur côté, tiennent le cap. D’accord, C4 se réoriente vers l’événementiel, mais garde tout de même Galaxie – et quelques surprises – dans la manche de son blouson de jean. Bref, outre la venue de Lisbon Lux (qui vient de livrer un maxi pour Le Couleur), le terroir musical alterno-entre-guillemets est relativement calme et au beau fixe. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, quoi… jusqu’à tout récemment.

Voyez-vous, un nouveau concurrent de taille se glisse dans l’arène: Ste-4, une maison de disques issue de la cuisse gauche de Musicor (donc du Groupe Archambault, Québecor, TVA, patati et patata). Sans faire dans le maraudage, le label s’adressera quand même à une niche qu’on s’arrache – les jeunes mélomanes friands de nouveautés – et profitera, bien évidemment, des différents avantages de la maison mère, ce qui pourrait chambouler l’équanimité locale, en plus de (re)présenter de «nouveaux artistes» au grand public. Pierre Marchand, patron d’Archambault Musique, nous en parle, justement.

«Parfois, les gens me disent: “C’est facile, vous avez Star Académie”, mais en fait, on ne l’a plus depuis que j’y ai été juge», rectifie Marchand. «Je trouvais que c’était plus logique que les Productions J lancent leur propre label, eux qui ont mis au monde ce “bébé”, afin que la mise en marché se fasse par les gens qui l’ont conçu.» Ainsi, au cours des dernières années, Musicor est passé du statut un brin réducteur d’étiquette se contentant de distribuer les produits dérivés de la fameuse téléréalité à un label à l’écurie tout de même diversifiée. «Depuis, Musicor n’a mis sous contrat que quelques artistes de Star Académie: Brigitte Boisjoli et Émilie Lévesque, notamment… et on a gardé Annie Blanchard et Marie-Mai, bien sûr!», glisse-t-il avant d’éclater de rire.

Pourquoi inaugurer une nouvelle étiquette alors? Parce que, bien franchement, Marchand n’est pas con. «Bien honnêtement, Musicor est un label “variétés”, une étiquette très grand public, qui touche sûrement les gens âgés de 35 ans et plus. Ce n’est pas un défaut ni une qualité, c’est un constat», tranche le bonhomme, aussi conscient de la réputation de l’entreprise abritant les deux maisons de disques. Lorsqu’on lui demande pourquoi Ste-4 entretenait un certain «flou artistique» sur sa filiation, Marchand ne bronche pas. «Notre “plan” était de ne pas associer Musicor à Ste-4, de peur qu’il y ait des préjugés. “Ah! Musicor est derrière!”, “Ah! C’est un label de Québecor!”, etc. Au départ, on voulait lancer ce label avec de nouveaux artistes et voir ce que les gens allaient penser des artistes et non pas du nom qui y est rattaché. Nous sommes tous pareils. Avant de déballer un envoi de Bonsound, de Musicor ou de Dare To Care, on a tous une certaine attente du produit. C’était la même chose dans ma jeunesse quand je suivais les parutions de Virgin ou 4AD, par exemple. Ainsi, même sans connaître l’artiste, on est porté à acheter le disque, car on apprécie le label derrière. Je viens de cette époque-là et j’y crois toujours.»

En attendant une première parution officielle, notons déjà la présence de Rod le Stod (qui a dévoilé quelques pièces – aujourd’hui disparues – sur le Bandcamp de l’étiquette), Pépé et sa guitare (information confirmée par son entourage) ainsi que Joseph Edgar, qui faisait mousser, à la fin avril, une première chanson de son album à venir cet automne.

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