Capter le vif des sujets
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Capter le vif des sujets

Dirty Oil de Leslie Iwerks s'intéresse aux dessous de l'industrie des sables bitumineux. En première canadienne au WIFF.

Alors que les films de science-fiction technologiques battent des records et se hissent dans la course aux Oscars, leur antithèse formelle, les documentaires, gagnent toujours du terrain dans la faveur populaire. Au tournant de la première décennie des années 2000, il semble que cette forme cinématographique et télévisuelle soit essentielle pour ses qualités informatives, à l'heure des grandes corruptions, manipulations, crises et autres tragédies naturelles. Devant de tels documents, le spectateur se reporte souvent à son devoir citoyen d'être avisé, de comprendre le monde, de prendre la pleine mesure d'une réalité, etc. Or, comment peut-il en consommer à sa faim alors que les grandes compagnies de production et les salles de cinéma l'encouragent si peu…

 

Une bouffée d'idées

Devant ce constat, mais aussi pour aider une industrie canadienne en déconfiture, le cinéaste et producteur de la région Robert Rooney (aidé par sa femme Brenda) lance cette semaine le tout nouveau Festival du film international de Wakefield (dont le sigle WIFF, en anglais, est des plus évocateurs…), qui se consacrera principalement au cinéma documentaire, dans tout ce qu'il a de vibrant, percutant et indispensable.

Investissant le deuxième étage du Café Molo de la municipalité de La Pêche, l'événement propose, pendant huit dimanches consécutifs, une série de films primés, suivis de discussions avec réalisateurs, producteurs, experts, etc. Pour faire la sélection des films, Robert Rooney a fouillé dans les programmes de festivals mondiaux, à la recherche des films les plus «récents, excitants, chauds, pertinents», de résumer Brenda Rooney au bout du fil. Du nombre, quatre documents sont canadiens: Antoine, de Laura Bari, suit les aléas quotidiens d'un garçon de cinq ans né prématurément et aveugle; Last Train Home, de Lixin Fan, aborde l'exode de 130 millions de Chinois à l'occasion du Nouvel An chinois; Act of God, de Jennifer Baichwal, traite du phénomène des éclairs, du tonnerre et de la foudre; alors que L'Encerclement. La Démocratie dans les rets du néolibéralisme, de Robert Brouillette, aborde l'idéologie néolibérale et ses différents mécanismes. La première édition est complétée par The Yes Men Fix the World d'Andy Bichlbaum, The Age of Stupid de Franny Armstrong et The Betrayal d'Ellen Kuras. En ouverture ce 7 février: Dirty Oil, un documentaire-choc sur les sables bitumineux du nord de l'Alberta, narré par l'actrice canadienne Neve Campbell. Pour connaître l'horaire des films: http://www.wakefieldfilmfestival.ca/.

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En plus d'ajouter au rayonnement du village de Wakefield, déjà légendaire – avec son pont couvert, son Black Sheep Inn, son Moulin, son Festival des récoltes, son sceau équitable, sa petite communauté tissée serré, etc. -, le WIFF pourra profiter, dès 2011, du nouveau centre culturel de 200 places qui y sera construit. «Il nous apparaissait propice que le WIFF se tienne à Wakefield: la communauté a toujours soutenu ses artistes et le pionnier du cinéma documentaire indépendant au Canada, Budge Crawley, a eu son studio à Chelsea des années durant! Tous les éléments étaient donc rassemblés», constate Brenda Rooney. Le festival vient en outre remplir un vide qu'a laissé en 2007 un autre événement cinématographique à vocation spécifique de l'Outaouais, le Festival Images et Lieux de Maniwaki, qui se consacrait au cinéma rural. Cette fois encore, une occasion de voir des films exceptionnels qui ne circulent pas dans les circuits habituels.