Voix publique

Welcome to Kandahar, Bushland

En ce dimanche de Pâques, six soldats canadiens ont été tués à l’ouest de Kandahar. La journée la plus meurtrière pour l’armée depuis que le pays s’est mis le bras dans le tordeur afghan en 2002.

On aurait cru que ça délierait les langues, qu’on aurait plus d’analyses critiques du rôle du Canada dans ce bourbier. Que non. À quelques exceptions près, le débat semble avoir été dépolitisé. Contrairement aux méchants Américains qui ont "envahi" l’Irak, on semble croire ici que le Canada, historiquement plus pacifique, serait quant à lui en Afghanistan pour les "bonnes" raisons.

Et de nous ressortir la cassette: "Ça va mieux, on le fait pour la démocratie, contre les talibans, contre Al-Qaida." Le problème, c’est que ça ne marche pas. Demandez-le aux Russes et aux Anglais, qui s’y sont cassé les dents bien avant le Canada et l’OTAN.

L’ÉCHEC

L’Afghanistan, c’est "touchez à vos risques et périls". C’est un pays incontrôlable, dont la frontière ultra-poreuse avec le Pakistan – hyper-corrompu – laisse aussi passer les armes, le trafic du pavot, et pire encore.

Avez-vous remarqué qu’au début, lorsque des ministres fédéraux se pointaient à Kandahar pour une visite-"surprise", on pouvait les sortir de la base militaire et que maintenant on ne peut plus?

C’est que la situation est devenue plus dangereuse. Si c’est plus dangereux, c’est que ça ne s’améliore pas, ça se détériore. Un signe: la plupart des morts de soldats canadiens sont survenues depuis 2006. Et on sait maintenant que les attentats iront en se multipliant.

Si la situation s’est détériorée, c’est que cette opération est un échec, une défaite militaire, qui nourrit les mêmes talibans qu’elle devait combattre. Nous voilà donc plusieurs milliards de dollars plus tard, face à un mur, des morts et des mutilés en sus chez les Canadiens et les Afghans.

LE MENSONGE

On nous ment en nous disant qu’on gagne, alors qu’on perd. Pourtant, beaucoup de Canadiens sont opposés à la présence de leur armée en Afghanistan. Mais qui parle pour eux? Le chef du NPD, Jack Layton, demande le retrait immédiat des troupes, mais Stéphane Dion se contente de dire qu’il les sortira en 2009, s’il devient premier ministre. Mais si Dion parlait plus haut et plus fort, il aurait l’appui du NPD et de beaucoup de citoyens.

Pendant ce temps, Stephen Harper manipule et cache la vérité. La présence du Canada en Afghanistan n’a plus rien à voir avec la "démocratie". C’est une mission devenue impossible.

On peut comprendre la décision des libéraux d’y aller en 2002 après l’attentat contre le World Trade Center. Mais refuser aujourd’hui d’en sortir face à un échec aussi patent, c’est nier la réalité pour mieux appuyer la guerre idéologique que mène George W. Bush contre le "terrorisme international".

Pendant que la ministre Josée Verner insulte notre intelligence en répétant ad nauseam qu’au moins "les "tites" filles vont à l’école", une chose est claire: si Harper gagne la prochaine élection, la mission canadienne sera prolongée bien au-delà de 2009. Préparez les cercueils et sortez le carnet de chèques.

En 2003, George W. Bush envahissait l’Irak, repaire d’armes de destruction massive dont Saddam Hussein alimentait Al-Qaida. Un mensonge sur toute la ligne. Quatre années plus tard, l’Irak a versé dans la guerre civile, les massacres quotidiens et les décapitations-spectacles. Dans ce bain de sang, même la pendaison de Hussein était un bruit de fond.

LE CALME PLAT

Les Irakiens et les soldats américains tombent comme des mouches. Ce qui explique pourquoi tant d’Américains "ordinaires" et de parents de soldats morts en Irak crient leur écoeurement publiquement. Ici, c’est le calme plat. Peu de soldats canadiens sont morts jusqu’à maintenant -heureusement – et les tueries en Afghanistan sont moins spectaculaires qu’en Irak.

Pourtant, la politique américaine sur laquelle Ottawa est aligné est un échec, en Irak, en Afghanistan ainsi qu’au Proche-Orient. En réaction, l’extrémisme y est plus fort et ces régions, plus instables que jamais. L’anti-américanisme s’est muté en anti-occidentalisme. Et l’extrémisme prend lentement racine chez de jeunes musulmans nés en Europe. Ai-je besoin de mentionner l’Iran?

Sur le plan socioéconomique, le tout est également un fiasco total. Les États-Unis y ont engouffré l’équivalent de plusieurs programmes universels d’assurance-maladie. Le Canada y dépense ce qui aurait pu mettre fin aux listes d’attente en santé. Ajoutant à l’absurde, on apprend qu’Ottawa devra aussi payer pour l’ouverture de quatre ou cinq hôpitaux afin de traiter le stress post-traumatique de ses soldats revenus d’Afghanistan…

Quant au pétrole, difficile d’en sortir d’un Irak en plein chaos. Ce qui remplit de joie l’Arabie Saoudite, grande amie des Bush.

Dans son livre The Way It Works, Eddie Goldenberg, l’éminence grise de Jean Chrétien, révèle comment W. Bush, heureux des succès initiaux en Afghanistan, avait lancé à Chrétien: "Jean, together, we’ve been kicking some real ass in Afghanistan!"

C’était en 2002. Aujourd’hui, en 2007, c’est un échec. Il faut sortir de là. Un point, c’est tout.