Voix publique

Clair comme de l’eau de roche

C'est clair comme de l'eau de roche: l'influence du Québec au sein de la fédération canadienne fout de plus en plus le camp.

Certains s'en réjouiront. D'autres s'en désoleront. Mais seul un troupeau d'autruches professionnelles prétendrait le contraire.

Quelques indices:

1) En démissionnant avec fracas de son poste de "lieutenant québécois" de Michael Ignatieff, Denis Coderre dénonçait la "garde rapprochée torontoise" du chef libéral, incapable de "comprendre ce qui se passe au Québec". Pourtant, conseillers, avocats et financiers "torontois" en menaient déjà large sous Paul Martin et Stéphane Dion.

2) Autant le chef libéral que le premier ministre conservateur fonctionnent avec très peu de Québécois dans leur cour immédiate.

3) Sous prétexte de mieux "refléter" la croissance démographique de certaines provinces, le gouvernement Harper s'apprête à tenter d'augmenter le nombre de sièges à la Chambre des communes de 308 à 342. S'il réussit, le Québec n'aurait toujours que 75 sièges. Mais l'Ontario passerait de 106 à 127, l'Alberta, de 28 à 34 et la Colombie-Britannique, de 36 à 43. Le Québec verrait donc son poids politique au sein du Parlement glisser de 24,3 % à 21,9 %.

Pour Harper, l'objectif est double. Il se rapprocherait d'une majorité en augmentant le nombre de sièges en Alberta et en C.-B. Même en Ontario, où ses appuis grimpent hors des grands centres urbains. Le tout, bien sûr, sans le Québec. Si l'on ajoute son intention d'éliminer le financement public des partis s'il est réélu, le PLC et le Bloc s'en trouveraient d'autant plus affaiblis.

QUELQUES RAISONS

Quelle est la raison de cette perte d'influence? La réalpolitik. Hormis quelques paranos patentés, à Ottawa, on ne croit tout simplement plus à la possibilité d'un troisième référendum au Québec. De fait, le PQ affirme depuis des années ne plus vouloir en tenir un sans une garantie bétonnée de victoire. Ce qui sent les calendes grecques. Quant au PLQ, depuis Meech et Charlottetown, il n'ose plus rien demander, de peur de provoquer un autre "refus" du Canada anglais et, donc, une montée de la souveraineté. La recette parfaite pour une impasse.

Résultat: la peur du PQ de perdre un référendum combinée à la peur du PLQ d'en provoquer un font que plus personne à Ottawa n'a peur du PQ ou du PLQ! Bonjour le rapport de force… Ottawa peut donc se contenter d'offrir une reconnaissance purement symbolique de la "nation" québécoise. En plus, non seulement personne ici ne s'en plaint, mais tous les partis s'en sont même félicités.

Cette réalpolitik, à laquelle il faut ajouter la résilience du Bloc, fait que les chefs libéraux et conservateurs ont de moins en moins besoin de conseillers québécois. Le What does Québec want? les intéresse de moins en moins parce que la question du Québec menace de moins en moins la pérennité du Canada. Sans compter que son poids politique et démographique au sein du pays amorce en même temps un déclin certain. Quant au "cas" Ignatieff, avouons aussi que sa méconnaissance du Québec est proprement abyssale…

PIERRE FALARDEAU: UN HOMME UNIVERSEL

Et toi, qu'en dirais-tu, mon cher Pierre? Si je pouvais encore avoir le plaisir de piquer une bonne jasette avec toi sur l'avenue du Mont-Royal, je suis pas mal sûre que tu me dirais quelque chose comme: "C'est bien beau tes analyses, Josée. Pis j'aime bien ça les lire, tu le sais. Mais c'est juste une preuve de plus que si le Canada est un bien beau pays, qu'est-ce que tu veux que je te dise, c'est juste pas le mien. C'est juste pas le nôtre. Ils donnent rien. Les gagnants donnent rien! Mais c'est justement parce qu'ils donnent rien qu'un jour, ça passera plus." Pierre, tu ne perdais jamais espoir.

Et comme d'habitude, nous entendant jaser et nous obstiner gentiment quelque part entre la Caisse pop et la boulangerie, des passants se joindraient à notre discussion. Comme d'habitude, ils seraient vachement impressionnés de parler avec Pierre Falardeau – un homme qu'ils aimaient parce qu'ils sentaient tout de suite combien tu les aimais, toi, sans même les connaître. Jamais tu n'as fait sentir à qui que ce soit qu'il ne valait pas ton temps. Si je te disais "généreux" de ta personne, je commettrais un euphémisme scandaleux…

Pierre, tu es un homme universel. Et on ne te l'a pas assez dit. Ton universalité prenait racine dans ton amour et ton respect pour ton propre peuple, avec ses forces et ses faiblesses. Après tout, comment aimer le reste du monde si on déteste ce qu'on est?

Tu le sais, j'aimais te dire que tu es doux comme un agneau, mais pas mouton pour deux sous! Comme ton grand ami et complice, Julien Poulin.

Au revoir, Pierre. Tu vas me manquer. Tu vas nous manquer terriblement. Avec Gaston Miron et d'autres, ça commence à en faire pas mal trop de cette trempe qui sont passés de l'autre bord de la vie.

(*) À redécouvrir: son dernier Elvis Gratton: La Vengeance d'Elvis Wong. Descendu en flammes par les critiques, c'est en fait un regard dévastateur et monty pythonesque sur les médias québécois, la convergence à la sauce Power & Quebecor, de même que sur l'uniformisation de l'"information". Ce que Bob Gratton, devenu patron de Gesca pour le film (!), appelle d'ailleurs de la "formation"…