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Voix publique

Perdre ses repères

Bien des Québécois ont la boussole électorale détraquée. De deux choses l’une. Ou l’électorat n’est plus qu’une girouette décervelée défiant toute analyse rationnelle. Ou ses humeurs changeantes s’expliquent.

Et elles s’expliquent. En fait, elles sont le reflet de ce que les «grands» partis politiques lui offrent. Eux-mêmes de plus en plus changeants. Des partis dont les repères ont foutu le camp.

Prenons le PLQ. Il n’a plus de «libéral» que le nom. Sous Jean Charest, un pur produit du sérail Mulroney, il a pris des airs résolument conservateurs. Sur tous les tableaux. Dérives éthiques comprises.

Le PQ? Depuis le référendum, on peine à le reconnaître. C’est que Lucien Bouchard, un autre poulain de l’écurie Mulroney, lui aura infligé de multiples virages. À droite avec des compressions sauvages en santé et en éducation. Sur la souveraineté, en la balayant sous le tapis comme un vulgaire mouton de poussière.

Même ses trois successeurs l’ont vue comme un boulet électoral. Un sujet tout juste bon à divertir les réunions partisanes.

Au point où le PQ mijoterait même une campagne de publicité sans la moindre référence à son option. La boucle post-référendaire semble bel et bien bouclée.

Comme quoi, un parti se faisant aussi discret sur sa raison d’être n’a pas à se surprendre de voir ses appuis diminuer au gré des élections.

Devant ces deux grands partis vidés de leurs repères, l’électorat devient volatil. À l’extrême. Et la personnalité des chefs, de plus en plus déterminante.

En 2007, face à un Jean Charest et un André Boisclair aussi impopulaires l’un que l’autre, Mario Dumont n’avait eu qu’à faire quelques bruits sur les accommodements raisonnables pour ravir l’opposition officielle au PQ.

Ce printemps, le tsunami orange marquait le rejet du Bloc qui, sans référendum à l’horizon, perdait déjà, lui aussi, ses repères.

Aujourd’hui, la nature ayant horreur du vide, c’est au tour de François Legault et Charles Sirois de se dire l’incarnation du «changement».

Et ce, même si leurs idées goûtent le soufflé libéral accompagné d’un léger coulis adéquiste. Même si, comme M. Charest, ils sont les dignes représentants d’un milieu des affaires convaincu que l’État et la question nationale prennent toujours trop de place.

Donc, oublions la théorie voulant qu’un «vrai» débat gauche-droite ait supplanté le débat sur la question nationale. Que ce soit en 2007 avec l’ADQ. En 2011 avec le NPD. Ou en 2012, peut-être avec Legault & Sirois.

Car pour qu’il y ait «débat», encore faudrait-il qu’il y ait ici une gauche et un centre gauche aussi organisés et jouissant d’autant de tribunes que la droite et le centre droit…

Oublions aussi la théorie sur la chute du PQ attribuée à son option «dépassée». De toute manière, depuis 1996, il ne s’engage plus à la réaliser. Est-ce donc l’option qui bat de l’aile? Ou est-ce son parti qui, à force de tergiverser, n’est plus perçu comme son véritable véhicule?

Et voilà même qu’émerge un concours de popularité entre Pauline Marois et Gilles Duceppe. Selon un sondage, la première fait croupir le PQ à 18% alors que le second plante Legault-Sirois avec 37%.

Pourtant, l’électorat n’est pas fou. Il magasine. Il le fait parce que les deux grands partis ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils ont été.

Le danger est que si aucun ne réussit à trouver ou retrouver ses repères – une vision et, pourquoi pas, même un rêve – des vendeurs de miroirs aux alouettes recyclés prendront vite leur place.

C’est ce qui arrive lorsque les repères disparaissent. Reprend alors la chasse aux sauveurs qui, de toute manière, finissent toujours ici par se sauver!

Au Gala de l’ADISQ, Fred Pellerin citait Gilles Vigneault en ces mots: «L’idéal, quand il est porté par une seule personne, il se rend jamais ben loin. Il faut que l’idéal devienne collectif pour avoir de l’avenir.»

Or, pour qu’un idéal soit partagé et ait des chances de se réaliser, on ne s’en sort pas. Il arrive un moment où quelque part, un parti politique doit aussi s’en faire le porteur…

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