Voix publique

Des vessies pour des lanternes

On dit que la politique est l’art du possible. Sous son pire jour, c’est aussi l’art de faire passer des vessies pour des lanternes.

Prenez la défection du député péquiste François Rebello au profit de la CAQ. Un beau cas d’espèce.

Une conversion certes peu surprenante puisqu’il était déjà de la garde rapprochée de François Legault du temps où, ministre du PQ, il ambitionnait très fort d’en devenir le chef.

Le problème est qu’en expliquant son geste, M. Rebello semblait prendre pas mal de monde pour des valises. Ou pas loin…

Primo, en louangeant les talents d’«entrepreneur» de M. Legault. «Un modèle pour les Québécois», a-t-il dit. Comme si la politique était une business. Comme si gouverner un État et gérer une compagnie aérienne étaient de la même eau.

Secundo, en jurant la main sur le coeur que sa motivation est de «battre Jean Charest»; «tirer parti de nos forces au Québec pour nous renforcer» [sic]; «entreprendre un Québec vert»; et garder les «portes ouvertes» pour la souveraineté.

Battre Jean Charest? Bien sûr. Mais ce que ne dit pas M. Rebello est que la première cible de M. Legault, c’est en fait le PQ.

Le véritable combat de la CAQ vise à remplacer le PQ comme un des deux grands partis de pouvoir du Québec. Point. Que M. Legault le fasse en prenant le pouvoir dès la prochaine élection ou la suivante.

Le moment de cette dernière défection témoigne en effet d’une stratégie musclée. Une telle annonce faite en début d’année, à deux semaines d’un conseil national crucial – le tout pendant que Pauline Marois, déjà en état de siège, est en vacances -, cela n’a pas tout à fait des airs de hasard.

Même si l’adversaire péquiste est déjà affaibli, le coup porte.

L’ADQ, la CAQ en fera une bouchée. Quant au Parti libéral, il est protégé de l’hécatombe par sa base anglo et allophone. C’est dans la talle péquiste que la CAQ fait le plus de ravages. Des ravages facilités, il faut le dire, par la grave crise qui ronge le PQ depuis le printemps 2011. Mais aussi par le ras-le-bol ambiant et l’extrême visibilité médiatique dont jouit M. Legault depuis plus d’un an.

La politique, c’est aussi l’art de profiter de ses alliés objectifs et des faiblesses de ses adversaires.

Sur la souveraineté, M. Rebello étire au maximum l’élastique de la crédulité. Disant qu’il y croit toujours, il ajoute, sans rire, que si le Québec se «renforce» sous la CAQ pendant les dix ans où M. Legault veut balayer la question nationale sous le tapis, les portes seraient alors grandes ouvertes pour l’indépendance.

Comme si pendant tout ce temps, il n’y aurait pas une sérieuse accélération de la marginalisation du Québec au sein du Canada. François Legault parle même maintenant d’un moratoire de 15 ans!

Pour se justifier, M. Rebello clame que la «stratégie souverainiste n’a pas fonctionné». Or, le problème est justement que le PQ n’a PAS de stratégie claire. Et ce, depuis quinze ans déjà.

Ajoutés au nouveau moratoire caquiste, tout ça donnerait trente ans de sommeil profond sur la question nationale. M. Rebello croit-il vraiment que l’option souverainiste se réveillerait ensuite par magie comme une Belle au bois dormant prête pour son prince charmant?

Ce discours, c’est celui du «bon gouvernement» où la simple vertu de faire de l’argent ou de «bien» (?) gérer des hôpitaux, des écoles et des routes donnerait aux Québécois le goût de se faire un pays. Les 40 dernières années ont pourtant démontré qu’il n’existe aucun lien de cause à effet entre la manière dont on est gouverné et les appuis à la souveraineté.

Tenter de créer un pays, c’est plutôt affaire d’action politique, d’objectifs clairs, de débats publics, de travail de persuasion, de préparation, d’acceptation du risque et de circonstances externes.

La défection des Rebello, Ratthé et Charette, de même que les démissions des Curzi, Lapointe, Beaudoin et Aussant sont des épiphénomènes. Des manifestations de la division qui revient hanter ce parti dès que ses dirigeants perdent de vue sa raison d’être.

Une division entre ceux qui voient le pouvoir comme devant servir à faire avancer leur option et ceux qui, dans les faits, voient leur option comme un obstacle à la prise du pouvoir.

L’arrivée de la CAQ et la menace réelle qu’elle pose au PQ ont sonné le réveil de cette division originelle. Et ça ne fait que commencer.

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