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Voix publique

Une victoire à la Pyrrhus?

Gilles Duceppe rentré dans ses terres, Pauline Marois peut envisager un conseil national passablement tranquille.

En récompense pour avoir «gagné» la guerre de six jours livrée entre elle et l’ex-chef bloquiste par médias et lieutenants respectifs interposés, Mme Marois fut inondée d’éloges.

Même si tous les chefs de partis doivent un jour affronter des adversaires intérieurs et extérieurs, elle fut sacrée la résiliente des résilientes, la guerrière des guerrières.

Mais si on faisait un peu plus d’analyse et un peu moins de «human interest», comme disait Michel Chartrand, on comprendrait ceci. Si elle a gagné, c’est en partie grâce aux ambitieux qui voudraient bien prendre sa place un jour et qui, voyant la tête de M. Duceppe sortir de l’eau, ont préféré appuyer la chef péquiste pour mieux bloquer le chemin à l’ex-chef bloquiste. Sans compter une partie du caucus péquiste nettement plus anti-Duceppe que pro-Marois.

On verrait aussi à quel point tout ce spectacle ressemble à une victoire à la Pyrrhus. Une victoire obtenue au prix de dissensions accrues sous un vernis d’unité de façade. Une victoire qui pourrait mal finir le soir de l’élection.

Car «règlement de comptes» il y a eu avec M. Duceppe de la part de ceux qui ont coulé à La Presse des allégations d’usage «douteux» de fonds publics lorsqu’il était chef du Bloc. Et ce, à une semaine du conseil national du PQ.

Ce coulage vient-il d’un clan ou l’autre de la «famille» souverainiste? L’hypothèse est plausible. S’ajoutant aux multiples coups fourrés publics, il risque pourtant de profiter à terme à la CAQ et au PLQ.

Car si la valse des sondages fera des steppettes dans toutes les directions dans les prochains mois, la tendance lourde depuis plus d’un an est ce qu’elle est.

Hormis quelques pointes, à moins d’un revirement majeur, le PQ n’est plus perçu comme l’alternative au gouvernement Charest. Et pour une bonne part des 40% d’électeurs souverainistes, ni comme un véhicule déterminé à agir pour l’avancement de son option.

Pourtant, ce problème de fond ne date pas d’hier. Bernard Landry admoneste aujourd’hui Pauline Marois pour sa «gouvernance souverainiste» trop floue, trop hésitante. Or, il a versé dans les mêmes travers lorsqu’il était premier ministre.

Ce ne fut qu’une fois relégué à l’opposition et voyant son leadership contesté par Pauline Marois et François Legault, qu’il poussa pour un nouveau programme plus «pressé» côté référendum. Ce programme, son successeur André Boisclair le porterait ensuite, mais à son corps défendant et sans la moindre crédibilité pour le faire.

Puis vint la «gouvernance souverainiste» de Mme Marois – une approche autonomiste basée sur le rapatriement de quelques pouvoirs d’Ottawa et une offensive identitaire pouvant se faire avec ou sans souveraineté. D’où le divorce politique de l’an dernier entre Mme Marois et Jacques Parizeau. D’où les démissions des Beaudoin, Lapointe, Curzi et Aussant. D’où les espoirs de certains, fondés ou non, que M. Duceppe aurait fait autrement.

Pour tout dire, le flou flotte depuis Lucien Bouchard. Une fois devenu PM en 1996, il décida de ne plus bouger sur la souveraineté sans que de mystérieuses «conditions gagnantes» n’apparaissent. Depuis, ses successeurs ont fait dans le même flou artistique.

Si les caquistes, libéraux, sondeurs et certains éditorialistes peuvent ânonner ad nauseam que les Québécois ne veulent plus entendre parler de la question nationale, c’est au moins en partie parce que le PQ lui-même ne ressort sa propre option que lorsque son chef se sent menacé dans ses propres rangs.

Au fil des ans, le PQ s’est amputé de sa raison d’être. Depuis, il n’a cessé de perdre des votes.

2012 sera une année électorale. Or, une fois Gilles Duceppe écarté, que fera la chef péquiste de sa «victoire»? Le nouveau comité sur la souveraineté qu’elle vient juste d’annoncer sera-t-il solide ou un «hochet à militants», comme dirait M. Parizeau?

Mme Marois va-t-elle s’accrocher à sa gouvernance souverainiste? Si oui, elle peinera à rallier une partie des mécontents dans ses rangs et dans un électorat qui, contrairement à ce qu’on entend, n’est pas un monolithe sur cette question.

En 2009, aux funérailles de Pierre Falardeau, son fils Jules s’était adressé au PQ et au Bloc en ces mots: «Vous étiez censés être notre levier vers l’indépendance; si vous ne le faites pas, vous n’avez aucune raison d’exister. Vous devez regagner la confiance des Québécois.»

Le 2 mai 2011, un des deux partis tombait déjà.

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