Ne manquez rien avec l’infolettre.
Godzilla : Fils de pub
Cinéma

Godzilla : Fils de pub

Quand un film sort dans 7363 salles en Amérique du Nord (dont 62 à Montréal!), ses créateurs mêmes savent qu’ils n’ont pas un chef-d’ouvre entre les mains. On appelle ça la méthode "Take the money and run".
Quand un film coûte 120 millions de dollars et que les studios en dépense 50 de plus pour la campagne de publicité, c’est le syndrome Big Mac: on salive comme un chien de Pavlov, on avale ça tout rond, c’est gros, ça goûte rien, on rote, et, cinq minutes plus tard, on a encore faim et légèrement mal au cour.

A cause des essais nucléaires qu’ils ont faits en Polynésie, les Français (ce drôle de peuple qui crache sur le café américain et râle à propos de tout et de rien, dixit Godzilla) ont donné naissance à une créature mutante, un lézard «plus grand que la Statue de la liberté», qui ressemble étrangement à un T-Rex. La bestiole traverse la moitié de la planète, débarque à New York, saccage Manhattan, dépose une bonne centaine d’oufs dans Madison Square Garden, saccage à nouveau New York, meurt prise dans les filets du pont de Brooklyn, tandis que sa progéniture tente d’envahir la ville, avant d’être pulvérisée par l’armée américaine. Méchant karma!

On ne demande pas à des films comme Godzilla d’être crédibles. Qu’un monstre préhistorique gros comme la Place Ville-Marie aille de Papeete à New York incognito, d’accord; qu’il parvienne à se cacher dans le métro, passe encore; qu’il se reproduise tout seul, OK; que les trois millions de New-Yorkais vivant sur l’île de Manhattan soient évacués en quelques heures, pourquoi pas; que Matthew Broderick incarne une sommité en biologie, je veux bien: on ne demande pas à des films comme Godzilla d’être crédibles.
Mais, cette fois-ci, Roland Emmerich et Dean Devlin (le tandem derrière Independance Day et Stargate) ont vraiment bâclé leur affaire et traite le spectateur (une fois qu’il a déboursé ses huit dollars réglementaires) comme la cinquième roue du carrosse. Stargate était une série B de luxe, une bande dessinée d’aventures au premier degré. Independance Day, avec son patriotisme triomphant et ses effets spéciaux spectaculaires, avait encore un peu d’humour et d’ironie. Dans Godzilla, tout ce qu’il reste, ce sont les effets spéciaux (oui, le lézard géant a l’air vrai, c’est la moindre des choses à ce prix-là), et la désagréable impression qu’on s’est fait avoir sur toute la ligne.

Godzilla n’est même pas un film pourri, c’est un film ennuyant. Impardonnable, au royaume du divertissement. Aucun suspense, aucun humour. Au bout d’une demi-heure, on a vu la créature sous toutes ses coutures, et on s’emmerde profondément à suivre la pseudo histoire d’amour entre le jeune biologiste et son ancienne blonde qui veut devenir reporter, qui tente d’avoir des information de son ex, se demande pourquoi elle l’a plaqué, et patati et patata.

En gentille fille qui se prend pour Barbara Walters, Maria Pitillo est insipide (Sigourney Weaver elle-même n’aurait rien pu tirer de ce personnage inexistant); Matthew Broderick écarquille constamment les yeux, et semble se demander ce qu’il fait là; Jean Reno a les yeux injectés de sang, et a l’air de s’ennuyer encore plus que dans Mission Impossible; il pleut sans arrêt dans ce film à côté duquel Blade Runner ressemble à La Mélodie du bonheur); la musique de David Arnold est insupportable. Et tout ça dure deux heures vingt.
La cerise sur le sundae, c’est la dernière image qui nous montre un ouf ayant survécu à l’explosion finale. Au secours: il va y avoir une suite! Tous aux abris!

Voir calendrier
Cinéma exclusivités