High Art : Héro in
Cinéma

High Art : Héro in

La photographe héroïnomane au centre de High Art – gagnant du meilleur scénario au dernier Festival de Sundance – signe des photos qui ressemblent beaucoup au film de Lisa Cholodenko: des photos qui semblent (comme l’explique un personnage) à la fois naturelles et calculées, apparemment prises sur le vif mais pourtant parfaitement composées. C’est d’ailleurs normal, dans la mesure où High Art explore – avec une lenteur soigneusement calculée et un naturel étonnant – l’espace qui sépare la passion du calcul, l’art de l’artifice, et la réalité des apparences.

Pour ce faire, Lisa Cholodenko nous invite à suivre le parcours de Syd (Radha Mitchell), une jeune assistante à la rédaction d’un magazine de photo branché, qui se désintéresse rapidement de son amant (Gabriel Mann) lorsqu’une fuite d’eau l’amène à visiter fréquemment l’appartement de sa voisine (Ally Sheedy), une ex-photographe vedette, qui a tourné le dos aux pressions du métier pour vivre avec une ex-star des films de Fassbinder (Patricia Clarkson) et un petit cercle d’amis givrés en permanence. Séduite par Lucy, ses photos et son univers, Syd entreprend d’orchestrer sa résurrection professionnelle. Mais l’amour, les difficultés du métier et leurs visions différentes de l’art compliqueront rapidement une relation qui semblait pourtant simple au départ…
D’emblée, High Art séduit par sa maîtrise étonnante et son sens du détail. Tous les éléments, de la photo de Tami Reiker aux ambiances sonores de Shudder To Think, témoignent d’une maîtrise discrète et d’un regard intelligent et précis. De même, le scénario, l’interprétation et la mise en scène font preuve d’un grand sens du détail et de beaucoup de justesse. Il y a cependant des limites à ce que le style peut faire pour donner de l’intérêt à une histoire sans grand relief.

Si la forme du film impressionne et séduit constamment, son contenu plaît mais passionne rarement. Ouvre subtilement maîtrisée mais plutôt lente, mise en scène avec rigueur mais sans temps forts, High Art – dont le rythme étale semble sous l’emprise des drogues – est un film intéressant mais décalé, prisonnier de la torpeur fascinante dans laquelle sont plongés ses personnages. On en sort avec l’impression d’un film admirablement construit mais curieusement éthéré, qui s’évapore en laissant le souvenir du malaise qu’il a distillé…