La culture dans tous ses états : Avec un grand Q
Cinéma

La culture dans tous ses états : Avec un grand Q

Présentée à la Cinémathèque québécoise, la collection «La culture dans tous ses états» entend couvrir la culture québécoise au sens large, l’inscrire dans son contexte social et politique, et en faire un survol historique.

Découpée en épisodes d’une cinquantaine de minutes, cette série ambitieuse n’arrive pas toujours à dépasser le cadre télévisuel, mais lorsqu’elle y parvient, ça donne de fascinants petits films. Alors que, pour l’instant, neuf documents ont été terminés, on prévoit en produire d’autres sur les contes et légendes, le théâtre et la presse écrite. La culture de masse fera l’objet d’une série composée d’épisodes consacrés à la radio, la télévision, le cinéma, la chanson; tandis que deux films, l’un sur la culture anglo-québécoise, l’autre sur l’héritage et les perspectives d’avenir de la culture québécoise, viendront clore cette rétrospective tous azimuts.

D’ici la fin du mois, on pourra donc voir Dansez maintenant!, de Claude Desrosiers (sur les danses contemporaines); Musiques pour un siècle sourd, de Richard Jutras (sur les musiques contemporaines); La Mémoire des murs, de Simon Poulin (sur l’architecture); La Qualité du plaisir, de Jacques Marcotte (sur les musiques et danses traditionnelles); et Les Mots voyageurs, de Carole Laganière (sur le roman).

Avec un cinéaste attaché à un sujet, la série est inévitablement inégale. Cette semaine, on pourra découvrir L’Objectif subjectif, de Jean Beaudry (sur la photographie), et Fresque, d’Alain Corneau (sur la peinture). Si le premier est signé par un réalisateur chevronné (Jacques et Novembre, Les Matins infidèles), le second est malheureusement le plus faible de l’ensemble. Didactique au sens le plus plat, et sans regard précis, le film d’Alain Corneau (aucun rapport avec le réalisateur de Tous les matins du monde!) se contente de faire un rapide historique, et donne la parole à plusieurs créateurs, sans qu’une vision ne se dégage de ce qui est dit.

En suivant trois photographes – Raymonde April, Gilbert Duclos, Pierre Guimond – aux univers radicalement différents, Jean Beaudry réalise un film plus sensible, mais qui, là encore, est alourdi par l’obligatoire survol historique, et s’attarde trop sur «l’affaire Duclos», qui traite d’une question légale et éthique importante (le droit de photographier des individus dans des lieux publics), mais qui prend, ici, trop de place.
Parmi les documents qu’on a pu voir, deux ressortent du lot: Le Verbe incendié, de Denis Chouinard (sur la poésie), et Écrire pour penser, de Marcel Jean (sur l’essai). Le réalisateur de Clandestins, et le journaliste, auteur, cinéaste, enseignant ont réellement fait ouvre de créateurs en prenant à bras-le-corps les sujets imposés. Tout en gardant l’oil sur ce qu’ils ont à dire, Chouinard et Jean ont imprimé leur point de vue sur ces deux formes de littérature. Dans Le Verbe incendié, ce sont les extraits – magnifiquement filmés – lus par Pascale Montpetit, Anne-Marie Cadieux, François Papineau ou Frédéric Pierre; dans Écrire pour penser, ce sont quelques images volées – poétiques et simples – qui donnent sa respiration à ce film où les idées n’ont pas peur de prendre la place qui leur revient.

Les éditeurs ne font plus lire les manuscrits des poètes aux prêtres, mais, de Nelligan à Denis Vanier, la poésie sera toujours révolutionnaire et subversive. Le Speak White de Michèle Lalonde est toujours autant d’actualité…

Au service des mots, ces deux films font image en liant le présent au passé, et en montrant clairement la filiation entre une jeune tradition et la pratique d’aujourd’hui. Qu’il s’agisse de Clément Marchand ou de François Charron; de Pierre de Vadeboncour ou de François Ricard; d’Alain Grandbois ou de Suzanne Jacob; d’Alfred DesRochers ou de Louise Dupré, ces poètes, ces essayistes, ces hommes et ces femmes de lettres et d’idées ont tenté de dire ce que nous sommes. «Nous, Québécois (…), avons été transplantés directement du village de campagne au village planétaire. Nous ne sommes jamais arrivés en ville.» Cette observation de Jean Larose pourrait s’appliquer à chacun de ces films qui témoignent d’une culture dont la jeunesse même – avec ce que ça suppose de verdeur, de naïveté, de fraîcheur, de dynamisme – constitue la force et la faiblesse. Une culture qui, tel un enfant trop vite grandi, évolue à une vitesse folle, sans prendre le temps d’évaluer le chemin parcouru.

Sous tous ses aspects, la culture québécoise est l’expression vibrante, multiforme et changeante d’une collectivité. Vigoureuse, mais fragile par essence, inutile, mais vitale, elle doit être défendue, célébrée, et discutée. Inégale et essentielle, cette série en fait partie, ne serait-ce que par sa volonté de s’inscrire dans un courant historique, sans sacrifier aux modes ponctuelles, et par son désir de témoigner de voix singulières et plurielles, face à une uniformisation sans cesse menaçante.

Du 7 au 31 janvier
A la Cinémathèque québécoise

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